ONG syrienne : Le commandant du Hezbollah n’a pas été tué par des rebelles islamistes
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ONG syrienne : Le commandant du Hezbollah n’a pas été tué par des rebelles islamistes

L’Observatoire syrien dit que l’opposition dément toute implication dans la mort de Badreddine, affirme qu’il n’y a pas eu de bombardement récent sur l’aéroport où il a été tué

Photo d'illustration : Des membres du groupe terroriste chiite libanais Hezbollah assistent aux funérailles de Mustafa Badreddine, commandant du Hezbollah tué en Syrie, dans le quartier de Ghobeiry dans le sud de Beyrouth, le 13 mai 2016. (Crédit : Anwar Amro/AFP)
Photo d'illustration : Des membres du groupe terroriste chiite libanais Hezbollah assistent aux funérailles de Mustafa Badreddine, commandant du Hezbollah tué en Syrie, dans le quartier de Ghobeiry dans le sud de Beyrouth, le 13 mai 2016. (Crédit : Anwar Amro/AFP)

Un groupe de surveillance syrien a réfuté les affirmations faites samedi par le Hezbollah, disant que son haut commandant en Syrie avait été tué la semaine dernière par des bombardements d’islamistes extrémistes.

L’Observatoire syrien des droits de l’Homme, basé à Londres, a déclaré samedi que les groupes constituant l’opposition syrienne démentaient toute implication dans la mort de Mustafa Badreddine, ajoutant que des sources au sein de l’armée syrienne avaient également déclaré qu’aucun projectile n’avait récemment été lancé sur l’aéroport international de Damas.

« Il n’y a pas eu de bombardement […] ces derniers jours. L’opposition syrienne n’a pas de lien avec la mort », a déclaré le dirigeant du groupe, Rami Abed a-Rahman.

Plus tôt samedi, le Hezbollah avait annoncé que Badreddine avait été tué par des groupes islamistes rebelles.

« L’enquête préliminaire a montré qu’une explosion a ciblé l’une de nos positions près de l’aéroport international de Damas, entraînant le martyre de notre frère, le commandant Mustafa Badreddine, dont la mort a été causée par un bombardement d’artillerie mené par les groupes takfiri [sunnites extrémistes] présents dans cette région », a déclaré le Hezbollah dans un communiqué.

Le Hezbollah n’a pas cité de groupe en particulier et il n’y a eu aucune revendication de l’attaque. Cependant, le groupe a juré dans son communiqué de ne pas abandonner la guerre face à ceux qu’il a décrits comme des « gangs criminels » en Syrie.

« Le résultat de l’enquête ne fera qu’augmenter notre détermination et notre volonté à poursuivre le combat contre ces gangs criminels jusqu’à ce qu’ils soient vaincus, était-il écrit dans le communiqué. C’est la même bataille contre le schéma américano-sioniste dans la région, que les terroristes mènent. »

L’annonce contredisait une série d’informations de médias arabes affirmant qu’une nation sophistiquée, probablement Israël, était responsable de la mort du commandant.

Plut tôt dans la journée, un quotidien libanais lié au groupe avait affirmé que Badreddine avait été tué par un missile guidé qui n’était utilisé que par des nations sophistiquées. Al-Akhbar avait annoncé que Badreddine venait de terminer une réunion avec d’autres commandants près de l’aéroport de Damas jeudi soir quand l’explosion a eu lieu. L’armée utilisée pour le tuer, selon l’article, était extrêmement sophistiquée.

Le journal affirmait qu’un missile guidé avait exposé à quelques mètres de Badreddine. La majorité de ses blessures seraient internes, causées par l’onde de choc de l’explosion, et que de faibles quantités d’éclats avaient été trouvées dans son corps.

Pendant ce temps, le journal koweitien Al-Rai affirmait samedi qu’Israël était responsable de l’assassinat, disant qu’un avion de l’armée de l’air israélienne avait tiré le missile qui avait touché Badreddine.

La chaîne de télévision de Beyrouth Al-Mayadeen, proche du Hezbollah, avait initialement annoncé que Badreddine avait été tué par une frappe israélienne mais avait ensuite rétracté son article. Il n’y a pas eu de commentaire d’Israël.

Al-Akhbar notait que le groupe chercherait non seulement à se venger de la mort de son haut commandant, mais aussi à envoyer un message fort, qu’il ne permettra pas de cibler ses membres hauts placés sans punition.

Imad Mughniyeh (Crédit : CC BY-SA, Wikimedia Commons)
Imad Mughniyeh (Crédit : CC BY-SA, Wikimedia Commons)

Le Hezbollah portrait vendredi le deuil de Badreddine, son commandant le plus haut grade à mourir depuis qu’il s’est lance dans la guerre civile syrienne. De hauts fonctionnaires du Hezbollah assistaient vendredi à une cérémonie dans une salle du sud de Beyrouth, où les membres de la famille de Badreddine recevaient des condoléances. Il a été enterré aux côtés du chef assassiné du Hezbollah, Mughniyeh.

Badreddine, 55 ans, a été le cerveau de l’implication du groupe dans la guerre civile syrienne, qui a été cruciale pour préserver le pouvoir du président Bashar el-Assad contre les rebelles, mais a un prix élevé pour la force de guérilla chiite soutenue par l’Iran, avec la perte de plus de 1 000 combattants.

Selon la Deuxième chaîne israélienne, il était également le cerveau de l’attentat à la bombe du bus de Burga en 2012, qui avait ciblé des touristes israéliens en Bulgarie. L’explosion du 18 juillet avait tué cinq Israéliens et un chauffeur de bus local, et blessé des douzaines d’autres personnes.

Sa mort a été un coup dur porté au Hezbollah, le privant d’un commandant avec des décennies d’expérience. Mais les observateurs pensent que le groupe ne va probablement pas revenir sur son intervention en Syrie, où ses combattants se trouvent aux côtés de l’armée d’Assad sur de multiples fronts.

La mort de Badreddine est le coup le plus dur porté au groupe depuis l’assassinat en 2008 de son prédécesseur et beau-frère, Imad Mughniyeh, qui a été tué par une explosion à Damas. Après ça, Badreddine est devenu le plus haut commandant militaire du Hezbollah et le conseiller du dirigeant du groupe, Hassan Nasrallah.

Le nom de guerre de Badreddine, Zulfiqar, était le nom de la double épée de l’imam Ali, le cousin et gendre du prophète Mahomet et le martyr le plus sacré des chiites.

Badreddine était l’une des quatre personnes jugées par contumace pour le meurtre de l’ancien Premier ministre libanais Rafik Hariri. L’attentat suicide de 2005 qui a tué Hariri et 22 autres personnes a été l’un des assassinats politiques les plus spectaculaires du Moyen Orient. Le procès est en cours aux Pays-Bas. Homme d’affaires milliardaire, Hariri était le politicien le plus important du Liban depuis la fin de la guerre civile, qui a duré 15 ans et s’est terminée en 1990.

Le Hezbollah a démenti toute implication dans l’assassinat d’Hariri et affirmé que les accusations avaient une motivation politique.

Badreddine, l’une des figures les plus mystérieuses de l’organisation, était aussi connu sous les noms d’Elias Saab et de Sami Issa. Il n’était connu du public que par une photographie en noir et blanc remontant à plusieurs dizaines d’années, montrant un jeune homme souriant en costume, jusqu’à ce que le Hezbollah ne publie une nouvelle photo de lui en uniforme militaire. Il a été suspecté d’être impliqué dans les attentats des ambassades américaine et française au Koweït en 1983 qui ont tué cinq personnes.

Le département du trésor américain avait imposé deux fois des sanctions contre Badreddine pour son implication dans la guerre syrienne, en 2011 et en 2015. Selon des fonctionnaires américains, Assad et Nasrallah coordonnaient toutes les semaines les actions du Hezbollah, Badreddine étant présent aux réunions de haut niveau à Damas.

Badreddine était aussi connu pour son expertise en explosifs, et sa marque de fabrique était d’ajouter du gaz pour augmenter la puissance des explosifs.

Depuis la création du Hezbollah en 1982, Israël a tué plusieurs de ses hauts dirigeants. En 1992, un hélicoptère israélien avait pris en embuscade le cortège automobile du prédécesseur de Nasrallah, Abbas Musawi, et l’avait tué lui, sa femme, son fils de cinq ans et quatre gardes du corps. Huit ans après, le dirigeant du Hezbollah Ragheb Harb avait été abattu dans le sud du Liban.

En décembre, le terroriste Samir Kantar, qui avait passé 30 ans dans une prison israélienne, avait été tué avec huit autres personnes dans une frappe aérienne contre un bâtiment résidentiel de Jaramana, une banlieue de Damas.

Le Hezbollah a payé un prix très élevé pour son incursion publique et sanglante dans la guerre civile en Syrie, au-delà de ses pertes. Autrefois loué au Liban et dans le monde arabe comme mouvement de résistance héroïque contre Israël, le groupe a vu sa popularité chuter, même au sein de sa base libanaise, en raison de son soutien indéfectible à Assad.

La Ligue arabe a désigné le Hezbollah comme une organisation terroriste en mars dernier. Un mois plus tôt, l’Arabie Saoudite avait coupé ses 4 milliards de dollars d’aide aux forces de sécurité libanaises après que le ministre des Affaires étrangères du Liban, Gibran Bassil, ait refusé de se joindre aux résolutions de la Ligue arabe et islamique critiquant l’Iran et le Hezbollah.

Les États arabes du Golfe majoritairement sunnites, menés par le royaume saoudien, ont également pris d’autres mesures punitives. Ils ont mis en garde leurs citoyens contre les voyages au Liban, ont coupé la transmission des émissions libanaises par satellite et fermé une chaine de diffusion soutenue par l’Arabie saoudite au Liban. Les pays du Golfe ont également expulsé des expatriés libanais qui auraient selon eux des liens avec le Hezbollah.

Le Hezbollah, qui maintient une milice dominante au Liban, s’est également aligné avec les rebelles chiites Houthi, opposés aux Saoudiens, dans la guerre civile au Yémen.

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