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Panier de santé: Des experts défendent l’inclusion des thérapies vocales pour les transgenres

La Dr Hagit Shoffel-Havakuk, chirurgienne spécialiste des cordes vocales, affirme que ces remèdes, désormais subventionnés par l'État, "sauvent des vies"

Des activistes LGBT dénoncent des violences contre la communauté transgenre d'Israël à Tel Aviv, le 28 juillet 2019.(Flash90)
Des activistes LGBT dénoncent des violences contre la communauté transgenre d'Israël à Tel Aviv, le 28 juillet 2019.(Flash90)

Lorsque le comité du ministère de la Santé chargé d’élargir la liste des traitements subventionnés par l’État a publié ses recommandations la semaine dernière, l’un d’eux a attiré l’attention de certains médias : les thérapies vocales pour les Israéliens transgenres.

Parmi les 550 millions de NIS de procédures et de médicaments ajoutés au « panier de santé » financé par l’État pour 2022, 1,9 million de NIS a été alloué aux « traitements pour l’adaptation de la voix au sexe ».

Le coût alloué à ces traitements représente moins d’un demi pour cent de l’ensemble de la couverture nouvellement approuvée, tandis qu’environ la moitié du financement global – 274 millions de NIS – a été consacrée à la lutte contre diverses formes de cancer.

« Les femmes transgenres qui ont le sentiment que leur voix ne correspond pas à leur sexe ont généralement peur de parler dans une foule, et parfois elles ne pourront pas s’exprimer », a déclaré la Dr Hagit Shoffel-Havakuk, chirurgienne spécialiste des cordes vocales.

La chirurgie de réassignation sexuelle fait partie du panier de soins financé par l’État depuis plusieurs décennies, et « la chirurgie de féminisation de la voix fait partie d’un groupe de chirurgies appelées procédures d’affirmation du genre », a expliqué la Dr Shoffel-Havakuk.

Mais la nouvelle de l’inclusion de ces traitements en a fait sourciller certains. Le site d’informations religieuses Srugim a titré son article consacré à la question : « Le panier de la ménagère : Traitements contre le cancer – out ; changement de voix des transgenres – in », semblable à un article figurant sur le site de la Quatorzième chaîne (de droite) intitulé « Aux dépens des médicaments : L’État va financer la chirurgie de changement de voix pour les personnes transgenres ».

Même la chaîne publique Kan a indiqué pendant son journal télévisé du soir que les opérations de changement de voix étaient approuvées « aux dépens de médicaments vitaux ».

Dr Hagit Shoffel-Havakuk (Efrat Saban Ben Yossef)

Le professeur Jonathan Halevy, président de la commission et président de l’hôpital Shaare Zedek de Jérusalem, a réagi à certaines des critiques lors d’une audience de la Knesset lundi.

Halevy a rappelé que les traitements en question représentent 0,3 % du coût de l’ensemble du panier de soins autorisé : « S’il ne s’agit pas d’une proportion digne d’intérêt qui allie médecine correcte, conscience sociale et compassion, alors je ne sais pas ce qui le serait », a-t-il déclaré.

Halevy a critiqué les médias qui « ont fait appel à des patients atteints de cancer qui disent ‘je ne reçois pas de traitement’ – ils viennent d’obtenir 250 millions de NIS. »

Écrivant dans Haaretz, Ofer Erez, le premier officier transgenre de Tsahal et ancien président de la Jerusalem Open House for Pride and Tolerance, s’est insurgé contre l’argument selon lequel ces chirurgies ne permettent pas de sauver des vies.

« Le changement de sexe – dont le changement de voix fait partie intégrante – sauve des vies », a écrit Erez. « Il nous sauve de la violence transphobe dans la rue, il nous sauve d’une angoisse mentale indescriptible, de l’exclusion familiale et sociale, de la discrimination dans l’emploi et le logement, et de la dépression et de l’anxiété qui accompagnent la vie dans un état de survie perpétuelle. Les traitements de réassignation sexuelle m’ont sauvé la vie ».

La nouvelle autorisation comprend une gamme de traitements différents pour les patients transgenres qui cherchent à faire correspondre le son de leur voix à leur nouvelle identité. La chirurgie, qui implique l’étirement ou le raccourcissement des cordes vocales, est généralement pratiquée en dernier recours.

Le professeur Jonathan Halevy, président du comité du panier de la ménagère, s’exprime lors d’une réunion du comité au centre médical Sheba de Ramat Gan, le 24 octobre 2021. (Avshalom Sassoni/Flash90)

Shoffel-Havakuk, qui est spécialisée dans le larynx et les cordes vocales, et qui est affiliée au centre médical A.R.M de l’hôpital Assuta à Ramat HaHayal au nord de Tel Aviv, a déclaré qu’elle pense être la seule chirurgienne du pays à pratiquer des opérations de réassignation vocale transgenre, et que celles-ci sont relativement rares.

« La plupart des filles qui viennent me voir pour une opération, je les envoie d’abord en thérapie vocale », a-t-elle dit. « Même si elles sont intéressées par la chirurgie, je leur dis : ‘Qu’avez-vous à perdre [à essayer la thérapie vocale]’ ? ». Beaucoup de ces filles n’ont pas besoin d’avoir recours à la chirurgie par la suite. »

En général, dit-elle, une telle intervention n’est nécessaire que pour les femmes transgenres, car les cordes vocales des hommes transgenres sont épaissies par la testostérone, ce qui rend leur voix plus grave – un changement irréversible.

Diverses estimations indiquent qu’en Israël, une vingtaine de personnes subissent chaque année une chirurgie de réassignation sexuelle, et qu’un nombre plus restreint de personnes ont recours à des thérapies vocales.

La Dr Shoffel-Havakuk, qui a effectué un stage de laryngologie au Voice Center de l’USC à Los Angeles, a déclaré qu’en Israël, elle n’avait pratiqué qu’une poignée d’opérations de ce type.

« Ce n’est pas si courant, mais je pense que c’est le cas parce que les femmes transgenres ne sont pas au courant, et les médecins ne sont pas tous informés que c’est une option », a-t-elle déclaré. « J’espère que maintenant, lorsque le comité du ministère de la Santé reconnaîtra qu’il s’agit de quelque chose de nécessaire, de requis, que c’est une question médicale et non esthétique… la chirurgie sera plus accessible à ceux qui en ont besoin. »

Mme Shoffel-Havakuk dit comprendre que les membres du comité du ministère de la Santé prennent en compte un large éventail de considérations dans leurs décisions sur les traitements à financer – et elle pense qu’aucun patient n’est plus méritant que les autres.

« Cette opération et ces traitements changent la vie des patients qui souffrent toute leur vie de discrimination », a-t-elle déclaré. « Les femmes transgenres qui ont peur de parler, de rire, ou de faire quoi que ce soit en public, à cause de leur voix – ce type de traitement et de chirurgie peut changer leur vie. »

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