PDG de NSO : la firme ne travaille plus dans les pays violant les droits humains
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PDG de NSO : la firme ne travaille plus dans les pays violant les droits humains

Shalev Hulio affirme que la société d'espionnage a également rejeté quelque 90 pays au fil des ans, et qu'une liste de cibles signalée n'a aucun lien avec son logiciel controversé

Shalev Hulio, PDG de NSO Group, parle avec le journal Calcalist, le 20 avril 2020. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Shalev Hulio, PDG de NSO Group, parle avec le journal Calcalist, le 20 avril 2020. (Crédit : capture d'écran YouTube)

Shalev Hulio, fondateur et PDG du controversé NSO Group, a répondu mardi à une enquête internationale selon laquelle les produits de cyber-surveillance de l’entreprise sont utilisés par des gouvernements du monde entier pour traquer des dissidents politiques et des journalistes, dont certains ont été tués.

« La plateforme que nous créons est une plateforme qui sauve des vies et prévient les attaques terroristes, et cela doit être compris », a déclaré Hulio à la radio 103FM mardi matin.

Selon l’enquête publiée dimanche par un consortium de 17 médias internationaux, le logiciel Pegasus, élaboré par l’entreprise israélienne NSO Group, aurait permis d’espionner les numéros d’au moins 180 journalistes, 600 hommes et femmes politiques, 85 militants des droits humains ou encore 65 chefs d’entreprise de différents pays.

Le logiciel espion Pegasus, introduit dans un smartphone, permet d’en récupérer les messages, photos, contacts et même d’écouter les appels de son propriétaire.

L’enquête s’est concentrée sur Pegasus, un outil d’espionnage vendu par NSO Group, qui serait utilisé par des dizaines de clients gouvernementaux. L’analyse effectuée sur une liste de 50 000 numéros de téléphone ayant fait l’objet d’une fuite a révélé que la liste comprenait des personnes ciblées par les gouvernements d’Azerbaïdjan, de Bahreïn, du Kazakhstan, du Mexique, du Maroc, du Rwanda, d’Arabie saoudite, de Hongrie, d’Inde et des Émirats arabes unis.

Hulio a répondu que la liste de numéros n’avait aucun lien avec son entreprise. « NSO n’a pas de liste de cibles », a-t-il déclaré à la chaîne, et a décrit la politique de l’entreprise, qui a été décidée lors de sa création.

« Nous avons pris certaines décisions qui sont une sorte de constitution du groupe NSO, et elles nous accompagnent encore aujourd’hui. La première est que nous ne vendons qu’aux gouvernements, pas aux particuliers ni aux organisations », a-t-il déclaré. « La deuxième décision était que nous ne vendrons pas à tous les gouvernements, car il y a des gouvernements qui ne devraient pas avoir de tels outils. »

Illustration. Une femme israélienne utilise son téléphone devant un bâtiment à Herzliya qui abritait la société de renseignement NSO Group, le 28 août 2016. (Crédit : Jack Guez/AFP/File)

Hulio a affirmé qu’au cours des 11 dernières années, la société a vendu ses services à 45 pays, et a rejeté quelque 90 pays qui ont proposé de payer pour les logiciels qu’elle vend.

« Je pense que cela en dit long, car il y a des entreprises dans le monde entier dont le modèle économique est construit sur le fait d’aller dans des endroits où NSO refuse de travailler », a-t-il déclaré à la station de radio.

Hulio a également affirmé que NSO Group avait mis fin à l’utilisation de son logiciel dans cinq pays après avoir découvert qu’ils avaient abusé du système. « S’il y a un pays dont vous savez qu’il viole les droits de l’homme, qu’il ne valorise pas la vie humaine, qu’il traque les journalistes, même si ce n’est pas par le biais de nos outils – ce sont des pays avec lesquels nous ne voulons pas travailler, et c’est pourquoi nous avons cessé de travailler avec eux », a-t-il déclaré.

Le président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador (à droite) tient la main de la nouvelle maire de Mexico Claudia Sheinbaum (à gauche), après sa prestation de serment le 5 décembre 2018. (Crédit : ALFREDO ESTRELLA / AFP)

L’espionnage doit prendre pour cible les criminels et protéger la population, a affirmé mardi le président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador (AMLO) dans le contexte du scandale du logiciel Pegasus.

« L’espionnage doit servir à combattre le crime, protéger les citoyens, et non pas surveiller des opposants, des dirigeants politiques, des chefs de partis, des patrons de grandes entreprises, des églises », a déclaré AMLO lors de sa conférence de presse quotidienne du matin.

Un media enquêtant sur le logiciel conçu par la société israélienne NSO a révélé lundi que des membres de la famille et des associés du président mexicain auraient été mis sur écoute entre 2016 et 2017 à l’aide de Pegasus.

« C’est ce qu’il s’est passé (…) Uniquement à l’aide d’un téléphone, ils espionnaient tout le monde », a ajouté AMLO sans faire explicitement référence à lui et à son entourage.

Utilisé pour espionner des journalistes et des défenseurs des droits de l’homme, Pegasus avait été acheté par le gouvernement mexicain de l’époque, selon le site Aristegui Noticiasa.

Les écoutes ont eu lieu lorsque Lopez Obrador (AMLO) était à la tête de l’opposition au président Enrique Peña Nieto (2012-2018), a précisé ce site d’information.

Parmi les personnes dont les téléphones ont été placés sur écoute figurent Beatriz Gutiérrez, l’épouse d’AMLO, au pouvoir depuis décembre 2018, plusieurs de ses frères et soeurs et même le cardiologue du dirigeant de gauche.

Autres cibles de Pegasus: le maire de Mexico, Claudia Sheinbaum, des ministres et des responsables du gouvernement actuel.

La licence de Pegasus au Mexique a expiré en 2017 et n’a pas été renouvelée, selon le média, qui indique qu’au moins 15 000 numéros de téléphone mexicains ont été enregistrés dans le système.

Cette campagne d’espionnage au Mexique a également visé au moins 25 journalistes, dont l’un, Cecilio Pineda, a été tué en mars 2017, selon le consortium des médias internationaux à l’origine des révélations sur l’utilisation de Pegasus.

En France

L’affaire Pegasus est désormais entre les mains de la justice française: le parquet de Paris a ouvert une enquête mardi pour examiner la plainte de journalistes dont l’infiltration de téléphones pour le compte du Maroc, ce que Rabat conteste, a été révélée par un consortium de médias.

L’enquête à Paris démarre sur une liste de dix infractions potentielles dont « l’atteinte à la vie privée », « l’interception de correspondance », « l’accès frauduleux » à un système informatique et « l’association de malfaiteurs », a détaillé dans un communiqué le parquet.

L’enquête vise également d’autres infractions, telles que l’introduction, l’extraction et la transmission frauduleuses de données, potentiellement imputables aux utilisateurs de Pegasus.

Elle concerne aussi la « mise à disposition et détention d’un équipement » permettant des atteintes à un système de données et « l’offre et la vente sans autorisation d’un dispositif de captation de données », ce qui pourrait s’appliquer à la commercialisation du logiciel et aux intermédiaires impliqués.

Les investigations ont été confiées à l’Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l’information et de la communication (OCLCTIC), a précisé le parquet.

Le gouvernement de Viktor Orban a pour sa part démenti lundi l’utilisation par les services secrets hongrois du logiciel. « Le directeur général (des services secrets) m’a informé qu’aucune coopération n’a été établie avec les services de renseignement israéliens », a réagi le ministre des Affaires étrangères Peter Szijjarto en conférence de presse.

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