Plutôt que d’évincer le Hamas, Israël favorise la « dissuasion cumulative » à Gaza
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Plutôt que d’évincer le Hamas, Israël favorise la « dissuasion cumulative » à Gaza

En pleine reprise des tirs de roquettes, les décideurs cherchent à maintenir le statu quo et à forcer Gaza à se modérer

Mitch Ginsburg est le correspondant des questions militaires du Times of Israel

Les soldats de la division de Gaza prennent part à un exercice, le 22 mars 2015, dont le but est de rejouer des scénarios suivants les leçons tirées de l'opération Bordure protectrice de l'été 2014. (Crédit : unité des porte-paroles de l'armée israélienne)
Les soldats de la division de Gaza prennent part à un exercice, le 22 mars 2015, dont le but est de rejouer des scénarios suivants les leçons tirées de l'opération Bordure protectrice de l'été 2014. (Crédit : unité des porte-paroles de l'armée israélienne)

Le retour des tirs de roquettes dans le sud d’Israël a mis en lumière la situation difficile du Hamas – coincé entre Israël et l’Egypte, en guerre avec l’Autorité palestinienne et les salafistes, déchiré entre l’Arabie saoudite et l’Iran – et a soulevé une question : Israël est-il l’un des rares acteurs régionaux réellement intéressé à préserver le pouvoir du Hamas sur Gaza ?

Allons droit au but : est-ce une stratégie pertinente ? Est-il sensé perpétuer la domination d’un ennemi juré et expérimenté [pour attaquer], ou est-ce qu’Israël, une superpuissance régionale, devrait utiliser sa force pour faciliter ce changement ?

Un examen attentif révèle qu’il y a un éventail d’options, et que la direction israélienne actuelle préfère, en déterminant la marche à suivre, perpétuer le statu quo, en mettant en place une « dissuasion cumulative » qui vise, au fil du temps, à saper la volonté de l’ennemi islamiste de se battre.

La première option utilisée, mis en évidence par la récente opposition salafiste au Hamas à Gaza, est d’abandonner la politique d’endiguement militaire et économique du Hamas et de comploter pour qu’il soir renversé. C’est un objectif réalisable. Mais les résultats probables d’une telle démarche sont parfaitement évidents pour toute la région – le chaos en Irak, en Libye, dans le Sinaï et sur le plateau du Golan, toutes les zones sous le contrôle contestable de groupes salafistes.

Les manifestants salafistes à Gaza agitant des drapeaux de l'EI lors d'une manifestation le 19 janvier 2015. (Crédit : MEMRI)
Des manifestants salafistes à Gaza agitant des drapeaux de l’EI lors d’une manifestation, le 19 janvier 2015. (Crédit : MEMRI)

Certains disent qu’il ne faut pas craindre le chaos. L’ancien chef des renseignements militaires, Amos Yadlin, a soutenu pendant la guerre de 50 jours de l’été dernier qu’Israël ne devrait pas craindre de renverser le Hamas. Il a insisté sur la discipline opérationnelle du Hamas, sa capacité à tirer des conclusions, à adhérer à ses propres objectifs stratégiques, et à faire verser le sang israélien ; et a ajouté que l’alternative – et il admet que cela pourrait bien être une « somalisation » de la bande de Gaza – recadrerait un adversaire moins capable.

Ni l’establishment de la sécurité ni les décideurs au sein du gouvernement ne semblent d’accord avec cette évaluation. Le Commandement Sud, en charge de la guerre de l’été dernier sur le terrain, a été de plus en plus explicite sur la question. « Le souverain dans la bande aujourd’hui est le Hamas, et à partir de maintenant, et dans les années futures, il n’y a aucune alternative [au Hamas] », a déclaré le major général Sami Turgeman lors d’une conférence en mai organisée par les conseils régionaux de la région à la frontière de Gaza, selon un article du site NRG.

« Israël est intéressé par une solution dans la bande de Gaza, a-t-il poursuivi, parce que sans une solution, il y aura le chaos gouvernemental et la réalité sécuritaire sera beaucoup plus problématique. »

Le major général, Sami Turgeman, au centre, consulte, le chef d'état-major de Tsahal de l'époque Benny Gantz et un autre officier lors de l'opération Bordure protectrice le 2 oût 2014 (Crédit : Unité / flash de Juda Ari Gross / IDF porte-parole 90)
Le major général Sami Turgeman, au centre, consulte, le chef d’état-major de Tsahal de l’époque, Benny Gantz, et un autre officier lors de l’opération Bordure protectrice, le 2 oût 2014. (Crédit : Unité / flash de Juda Ari Gross / IDF porte-parole 90)

L’Egypte et d’autres Etats sunnites modérés aimeraient voir l’Autorité palestinienne prendre le contrôle de la bande de Gaza. Le problème est que, dans le sillage de la guerre, l’Autorité palestinienne n’a montré aucun intérêt dans l’avancement de ce programme. Turgeman a appelé l’incapacité de l’AP à reprendre le contrôle de la bande de Gaza un fait « incontestable ».

Il reste, parmi les alternatives non utilisées, la possibilité de négocier avec le Hamas. À la fin du mois de mai, l’ancien chef du Mossad, Efraim Halevy, s’est montré – et ce n’était pas la première fois – favorable à l’engagement du dialogue avec le Hamas. Il a dit (en hébreu) à la conférence annuelle de l’Institut Fisher que les négociations auraient besoin d’une approche qui serait « plus réaliste et moins idéologique » et que cela exigerait « un prix diplomatique », mais que le résultat de l’engagement avec les ennemis d’Israël pourrait se révéler être plus utile que ces guerres sans fins et sans pourparlers.

Israël, dirigé par le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense Moshe Yaalon, semble avoir un programme différent. Ses objectifs à court terme, en ce qui concerne le Hamas – mais pas seulement – sont tous négatifs par leur nature : empêcher le groupe islamiste de reconstruire sa force militaire, empêcher la prévention des attaques terroristes, empêcher le chaos et, tout en rendant impossibles le développement économique, empêcher également une catastrophe humanitaire.

Pour certains, cela peut sembler désespérément sombre : un horizon de guerres récurrentes, qui se profile comme le changement des saisons. Mais les dirigeants actuels d’Israël semblent adhérer à une doctrine formulée par l’ancien général des forces de défenses israéliennes, et le chef du Commandement Sud, Doron Almog. Dans un article publié sur le site du Centre Belfer de Harvard, il a inventé le terme de « dissuasion cumulée ».

Précisant sa signification plus récemment, également à la conférence de l’institut Fisher, il a expliqué que, de la même façon qu’Israël a pu affaiblir la menace militaire conventionnelle au cours de cinq guerres entre 1947 et 1973, il pourrait aussi le faire au cours des prochaines décennies – en combinant la puissance militaire, la résilience nationale sous la forme d’une économie forte et stable et des pactes stratégiques tels que celui avec les Etats-Unis et l’Egypte, ainsi que certaines incitations – pour entraîner la mise en place d’un processus de modération. Tout comme certains des dirigeants arabes sont passés de la volonté d’anéantir Israël à l’attrition de la paix, a-t-il poursuivi, les groupes islamistes comme le Hamas pourraient, avec les années, être amenés – au minimum – à signer des accords de cessez-le-feu à long terme.

Yaalon, avec son dédain pour les notions occidentales de ce qu’il appelle le « solution-isme » et le « maintenant-isme », semble préconiser cette stratégie. Dans son autobiographie, intitulé « The Longer Shorter Way », il a écrit que c’est seulement une fois que la République islamique d’Iran sera vaincue qu’Israël pourra répondre adéquatement à la menace islamiste au Moyen-Orient et avancer vers des accords de paix régionaux, qui, a-t-il clairement affirmé, « ne mûriront pleinement qu’avec les années ».

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