Pogrom du 7-Octobre : Le Conseil d’octobre exige une commission d’enquête
Le Premier ministre tente de fixer le mandat et les paramètres d'une commission d'enquête composée de ministres qu'il aurait nommés

Le Conseil d’octobre, un forum composé de familles ayant perdu des proches lors du pogrom du 7-Octobre, a affirmé dimanche que le projet du gouvernement de mettre en place sa propre commission d’enquête sur l’attaque sanglante était « un écran de fumée ».
Une réunion ministérielle, qui est prévue ce lundi, devrait décider de la portée de ce panel.
Selon la presse israélienne, c’est le Premier ministre Benjamin Netanyahu qui sera chargé de diriger cette équipe ministérielle – ce qui lui donnera une grande influence sur l’orientation du futur panel d’enquête qui a été proposé par son gouvernement.
La majorité des citoyens réclament, pour leur part, une enquête indépendante.
Un projet de loi soutenu par le gouvernement visant à créer ce nouveau type de commission d’enquête devait être soumis au vote de la commission des Lois dans la journée de dimanche, avec pour objectif de garantir le soutien officiel de la coalition à cette initiative. Selon les dispositions de ce projet de loi, la commission ministérielle qui serait dirigée par le Premier ministre serait chargée de fixer le mandat et les paramètres de la commission d’enquête.
Netanyahu avait proposé ce modèle de commission gouvernementale il y a plusieurs mois, après avoir longtemps rejeté la perspective d’établir une commission d’enquête nationale – la plus haute instance en matière d’investigations au sein de l’État juif – parce que sa composition devrait être déterminée par les autorités judiciaires.
Le gouvernement actuel a dit et répété ne pas faire confiance au système judiciaire israélien, qu’il cherche à affaiblir en faisant avancer une série de lois pour le moins controversées. Netanyahu avait pourtant soutenu la formation d’une commission d’enquête nationale sur la conduite du gouvernement qui avait précédé l’arrivée au pouvoir de sa coalition, pas plus tard qu’en 2022.
Même si le panel proposé par le gouvernement a été présenté comme étant « indépendant », son mandat sera déterminé par les ministres du cabinet et par Netanyahu lui-même – le Premier ministre a refusé de reconnaître toute responsabilité dans les échecs qui ont mené au pogrom du 7-Octobre.
Alors qu’aucun membre du gouvernement n’a accepté d’assumer des responsabilités dans le cadre de l’attaque sanglante, presque tous les chefs militaires et quasiment tous les responsables de la sécurité ont démissionné ou ont été remplacés – un certain nombre d’entre eux ayant admis qu’ils étaient partiellement responsables dans les défaillances qui avaient causé la catastrophe.
La définition du mandat de la commission sera cruciale pour déterminer jusqu’où remontera l’enquête – et les critiques craignent que la commission ne passe sous silence l’impact des décisions qui avaient été prises par Netanyahu et par les différents gouvernements qui avaient été placés sous sa direction depuis 2009, avec notamment la libération de l’instigateur du massacre, Yahya Sinwar, et le soutien qui avait été apporté au régime du Hamas par le biais des fonds qui avaient été régulièrement versés par le Qatar en échange du calme au sein de l’enclave côtière, des transferts d’argent qui avaient été approuvés par Netanyahu et les États-Unis.
Le Conseil d’octobre a diffusé dimanche plusieurs déclarations qui ont condamné la réunion prochaine de la commission qui sera chargée de décider du mandat de l’enquête menée par le gouvernement, affirmant qu’une « escroquerie politique scandaleuse » allait avoir lieu à la Knesset, « escroquerie dont le seul but est d’absoudre les dirigeants politiques de leur responsabilité dans la plus grande catastrophe de toute l’histoire du pays ».
« Regardez-nous dans les yeux, ne nous abandonnez pas à nouveau », a exigé le Conseil.
« Ce n’est pas une loi ! », s’est exclamé Rafi Ben Shitrit, dont le fils Shimon Alroy a été tué dans l’attaque. « C’est un écran de fumée et c’est une continuation directe de cette campagne de trolls, mensonges et de confusion. »
« L’objectif [de l’enquête proposée par le gouvernement pour le 7 octobre] est de réduire au silence les critiques, de dissimuler des preuves, de corrompre l’enquête, d’échapper à toute responsabilité, de manipuler la conscience collective et d’occulter le rôle important qui a été celui du gouvernement en place le jour du massacre », a-t-il ajouté.
« Pensez-vous que le public israélien va gober cette supercherie ? », a demandé Ben Shitrit au gouvernement dans sa déclaration faite à la presse.
« Par cette manœuvre perfide, vous profanez la mémoire des victimes », a-t-il continué, affirmant que le seul objectif de l’enquête du gouvernement était de permettre à Netanyahu « d’échapper à l’horreur de la justice ».
« La demande éthique d’une commission d’enquête nationale n’est pas seulement un besoin vital pour l’avenir des générations futures, mais c’est aussi une obligation morale !, a poursuivi Ben-Shitrit. « Seule une commission d’enquête nationale permettra d’éclairer la voie à suivre, de rendre hommage à l’héroïsme de nos soldats et de garantir que nous ne répéterons pas les erreurs du passé ».
Le chef de l’opposition, Yaïr Lapid, a déclaré que l’opposition ne coopérerait à aucune tentative visant à contourner la création d’une commission d’enquête nationale et à former « la commission chargée de dissimuler les faits du 7-Octobre ».
L’ancien Premier ministre Naftali Bennett a qualifié cette tentative de « coup de poignard dans le dos des familles endeuillées et de tout le peuple israélien ». Bennett a fait valoir que le projet de loi se résume à une seule chose : « Ceux qui font l’objet d’une enquête nomment les enquêteurs. »







