Pologne : les pourparlers avec Israël ne changeront pas la loi sur la Shoah
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Pologne : les pourparlers avec Israël ne changeront pas la loi sur la Shoah

Un porte-parole déclare que le dialogue avec Jérusalem sur la loi qui criminalise la condamnation des Polonais pour les crimes nazis ne changera rien

Une étudiante au camp d'Auschwitz-Birkenau en Pologne le 27 avril 2014. (Yossi Zeliger/Flash 90)
Une étudiante au camp d'Auschwitz-Birkenau en Pologne le 27 avril 2014. (Yossi Zeliger/Flash 90)

Varsovie a déclaré lundi que les pourparlers qu’il avait accepté de tenir avec Israël dans un climat d’indignation face à un projet de loi controversé qui criminaliserait la condamnation des Polonais pour les crimes nazis n’interférerait pas avec les « décisions souveraines » du Parlement polonais, indiquant que le pays pourrait refuser de modifier substantiellement sa position.

Dimanche soir, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son homologue polonais, Mateusz Morawiecki, ont eu des entretiens et ont « convenu d’ouvrir immédiatement un dialogue entre les équipes des deux pays, afin d’essayer de parvenir à un accord sur la législation », a déclaré le bureau de Netanyahu.

Netanyahu a fustigé le projet de loi, qui prescrit une peine de prison pour ceux qui utilisent le terme de « camps de la mort polonais » et criminalise le fait d’évoquer une complicité polonaise dans les crimes nazis considérée comme « distorsion de la vérité, réécriture de l’histoire et négation de l’Holocauste ».

Mais deux heures après que le cabinet du Premier ministre a publié sa déclaration, la porte-parole du gouvernement polonais Joanna Kopcińska a tweeté : « Le Premier ministre @MorawieckiM s’est entretenu aujourd’hui avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu au sujet des relations actuelles entre la Pologne et Israël et des considérations historiques. Il a été convenu qu’il y aurait un dialogue entre les équipes des deux pays. Mais le dialogue ne concernera pas les décisions souveraines du Parlement polonais. »

Le ministère israélien des Affaires étrangères a minimisé son tweet en disant que son point de vue ne représente pas le gouvernement.

Cependant, sa déclaration semble indiquer qu’Israël n’aura aucune influence sur le remaniement de la loi, ce que Netanyahu et d’autres responsables israéliens ont demandé de corriger.

Le projet de loi, adopté par la chambre basse du Parlement polonais vendredi, doit encore être approuvé par le Sénat et le président de la Pologne. Pourtant, c’est une démarche spectaculaire du gouvernement nationaliste pour imposer sa position officielle selon laquelle tous les Polonais étaient des héros pendant la guerre. Les historiens disent que beaucoup de Polonais ont collaboré avec les nazis et commis des crimes odieux.

La délégation israélienne aux pourparlers bilatéraux sera dirigée par le directeur du ministère des Affaires étrangères a déclaré lundi Yuval Rotem. Israël n’a pas actuellement de ministre des Affaires étrangères, et M. Netanyahu assume ce rôle en plus d’autres fonctions.

Dimanche, M. Netanyahu a déclaré qu’il attendait de la Pologne qu’elle corrige la loi, et le ministère israélien des Affaires étrangères a convoqué l’ambassadeur adjoint de la Pologne pour exprimer l’opposition d’Israël au projet de loi, et a déclaré qu’il s’attend à ce que le projet soit amendé avant son approbation finale.

« Le projet de loi n’aidera pas à révéler la vérité historique et peut entraver la liberté de la recherche », a déclaré le ministère dans un communiqué.

Le président polonais Andrzej Duda a déclaré dimanche dans une déclaration qu’il examinerait la législation et présenterait son « évaluation finale des dispositions juridiques procédurales après l’achèvement des travaux du Parlement et une analyse minutieuse de la forme finale de l’acte ».

Mateusz Morawiecki signe un document confirmant qu’il est le nouveau Premier ministre polonais au palais présidentiel de Varsovie le 11 décembre 2017. (AFP Photo/Janek Skarzynski)

Mais Morawiecki, dimanche, a montré peu de signes de recul sur la loi, tweetant une allégorie au sujet de l’accusation d’une famille pour le meurtre d’une autre famille.

« Un gang de voyous professionnels entre dans deux logements. Ils tuent la première famille presque entièrement. Ils tuent les parents de la seconde, torturent les enfants. Ils pillent et rasent la maison. Pourrait-on, en toute conscience, dire que la seconde famille est coupable du meurtre de la première ? » a-t-il écrit.

Samedi, il a défendu la position polonaise en disant que le nom Auschwitz et le slogan « Arbeit macht frei », qui signifie en allemand « le travail rend libre », n’étaient pas polonais.

Il a également évoqué une déclaration conjointe de 2016 entre Israël et la Pologne, dans laquelle le texte s’opposait à l’utilisation du terme « camp de la mort polonais ».

Les fonctionnaires polonais affirment que la loi ne vise pas à « blanchir », mais plutôt à « sauvegarder » l’histoire.

L’inscription allemande tristement célèbre qui se lit « Le travail rend libre » à la porte principale du camp d’extermination d’Auschwitz I, le 15 novembre 2014 à Oswiecim, en Pologne. (Christopher Furlong/Getty Images via JTA/File)

Mais la législation a toujours suscité l’indignation en Israël, certains députés accusant le gouvernement polonais de nier catégoriquement l’Holocauste, alors que le monde a marqué samedi la Journée internationale de commémoration de l’Holocauste.

Dans une déclaration samedi, Netanyahu a qualifié le projet de loi polonais de « sans fondement » et a déclaré que « l’histoire ne peut pas être réécrite ».

« L’Holocauste ne peut être nié », a-t-il écrit, ajoutant qu’il avait donné instruction à l’ambassade d’Israël en Pologne de « rencontrer ce soir le Premier ministre polonais pour lui faire part de ma ferme position contre ce projet de loi ».

Sa déclaration a été faite dans la foulée d’un échange animé sur Twitter au sujet du projet de loi entre Yair Lapid, le président du parti d’opposition Yesh Atid, et l’ambassade de Pologne en Israël.

Lapid, fils de survivant de l’Holocauste, s’est rendu sur Twitter pour dénoncer le projet de loi, le qualifiant d’effort pour réécrire l’histoire.

« Je condamne fermement la nouvelle loi adoptée en Pologne, qui tente de nier l’implication de nombreux citoyens polonais dans l’Holocauste », a écrit Lapid samedi. « Aucune loi polonaise ne changera l’histoire, la Pologne a été complice de l’Holocauste. Des centaines de milliers de Juifs ont été assassinés sur son sol sans qu’ils aient rencontré un officier allemand. »

L’ambassade d’Israël a répondu à Lapid, en tweetant que ses « déclarations inacceptables montrent à quel point l’enseignement de l’Holocauste est nécessaire, même ici en Israël ». L’intention de la législation polonaise, a-t-elle dit, « n’est pas de ‘blanchir’ le passé, mais de protéger la vérité contre une telle calomnie ».

En réponse, Lapid a exigé des excuses : « Je suis le fils d’un survivant de l’Holocauste. Ma grand-mère a été assassinée en Pologne par les Allemands et les Polonais. Je n’ai pas besoin de vos leçons sur l’Holocauste. Nous vivons chaque jour avec les conséquences dans notre mémoire collective. Votre ambassade devrait s’excuser immédiatement. »

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