Pologne : l’extrême droite proteste aux commémorations du pogrom de Jedwabne
En 1941, des centaines de juifs dont des femmes et des enfants ont été brûlés vifs dans une grange par leurs voisins paysans polonais ; Une quarantaine d'autres juifs de Jedwabne ont été tués par les villageois autrement que dans la grange en flammes
La communauté juive de Pologne, responsables politiques et anonymes ont commémoré vendredi à Jedwabne (nord-est) le massacre en 1941 de centaines de juifs brûlés vifs par leurs voisins polonais, lors d’une cérémonie contestée sur place par des partisans d’extrême droite.
La police a déployé un important dispositif, selon les journalistes de l’AFP, pour surveiller les commémorations devant un monument dressé à l’emplacement de l’ancienne grange dans laquelle des paysans avaient enfermé environ 300 juifs, dont des femmes et des enfants, avant d’y mettre le feu.
Pendant les cérémonies, le grand rabbin de Pologne, Michael Schudrich, a invité les participants à lire ensemble les noms et les professions des juifs assassinés à Jedwabne.
Juste à côté, une messe et des manifestations diverses ont rassemblé un millier de personnes ayant répondu à l’appel de partis d’extrême droite, notamment de l’ultra-nationaliste Confédération de la Couronne polonaise de l’eurodéputé Grzegorz Braun, accusé de plusieurs actions antisémites, qui refusent d’admettre la responsabilité de villageois polonais.
Une enquête officielle a confirmé en 2003 que le massacre du 10 juillet 1941 avait été commis par des Polonais de Jedwabne, et non par l’occupant nazi, contrairement à ce qui avait longtemps été affirmé.
Des nationalistes remettent en question les résultats de cette enquête, demandant notamment la reprise des exhumations des victimes, interrompues en 2001 à la demande de la communauté juive motivée par des règles religieuses.
« Tant que nous ne connaîtrons pas la vérité, il y aura des divisions », a déclaré à l’AFP Elzbieta Rybarska, arborant un drapeau polonais blanc et rouge.
Tout près, des manifestants exhibaient des pancartes clamant : « Nous voulons des exhumations, nous voulons la vérité ».
D’un autre côté, Jerzy Orlos, 68 ans, est venu à Jedwabne pour « le souvenir des morts », mais aussi « pour ressentir le choc de la terrible division au sein de la nation.
Une quarantaine d’autres juifs de Jedwabne ont été tués par les villageois autrement que dans la grange en flammes. Plusieurs autres massacres de juifs ont également eu lieu dans la région en 1941, au moment de la Deuxième Guerre mondiale où l’armée allemande enfonçait les lignes de l’Armée rouge, qui avait occupé l’est de la Pologne depuis 1939.
« Conscience nationale »
Absent des commémorations, le Premier ministre libéral Donald Tusk a indiqué que le 85e anniversaire de Jedwabne devait constituer « une leçon sur notre conscience nationale ».
« Je voudrais que tous les Polonais assument la responsabilité de ce dont nous sommes fiers et que nous méritons pleinement, mais que nous soyons aussi capables, dans un même élan de solidarité, d’assumer la responsabilité de ce qui ne nous fait pas honneur », a dit M. Tusk à la presse.
L’histoire tragique des juifs de Jedwabne a revu le jour en 2001, lorsque l’historien polono-américain Jan T. Gross a mis en évidence le rôle des villageois polonais, dans son ouvrage « Les voisins » qui a provoqué une onde de choc et amenant des excuses du président Aleksander Kwasniewski (gauche) en 2001 adressées aux juifs.
« En tant qu’homme, citoyen et président de la République polonaise, je leur demande pardon en mon nom propre et au nom de ceux des Polonais dont les consciences sont bouleversées par ce crime », avait-il dit.
« Cela n’a rien à voir avec une attaque contre l’identité polonaise », a déclaré à l’AFP à l’issue de la cérémonie le grand rabbin Schudrich, citoyen polono-américain.
En Pologne, principal théâtre du génocide des millions de juifs perpétré par les Allemands, des milliers ont été tués aussi par leurs voisins polonais, notamment dans les campagnes.
Mais de nombreux Polonais ont aussi risqué leur vie en sauvant des juifs, et plus de 7 000 d’entre eux – plus que toute autre nationalité – ont été reconnus comme « Justes parmi les nations » par Israël.











