Pologne : Une journaliste accusée d’avoir violé la loi sur la Shoah
Rechercher

Pologne : Une journaliste accusée d’avoir violé la loi sur la Shoah

Katarzyna Markusz aurait contrevenu à la loi interdisant d'incriminer le pays dans les crimes commis pendant le génocide après une plainte anonyme sur un article de 2020

Katarzyna Markusz. (Capture d'écran : YouTube)
Katarzyna Markusz. (Capture d'écran : YouTube)

La police polonaise enquête sur une journaliste locale qui avait écrit un article, l’année dernière, sur la complicité des Polonais pendant la Shoah.

Katarzyna Markusz, qui dirige le site internet Jewish.pl, a été interrogée jeudi dernier. Elle est soupçonnée d’avoir violé l’article 133 de la constitution polonaise, qui expose toutes celles et tous ceux qui « insultent ouvertement la nation ou la république de Pologne » à une peine allant jusqu’à trois ans d’emprisonnement.

Une plainte anonyme a été déposée contre Markusz, ce qui a entraîné son arrestation, selon Oko.press.

Au mois d’octobre 2020, Markusz avait écrit dans un article : « Vivrons-nous suffisamment pour voir le jour où les autorités polonaises admettront également que cette hostilité à l’égard des Juifs était répandue parmi les Polonais et que la complicité des Polonais dans la Shoah est un fait historique ? »

« La résistance, l’hospitalité, la bravoure et la noblesse des Polonais et, bien sûr, l’aide prétendument énorme apportée aux Juifs pendant et immédiatement après la guerre font partie de ces récits de fiction avec lesquels les politiciens polonais nous ont alimentés pendant des décennies », a-t-elle ajouté, selon une traduction fournie par le site d’information Algemeiner.

Markusz a déclaré à Oko.press, après son interrogatoire mené dans un commissariat de Varsovie, que les agents lui avaient demandé si elle avait eu l’intention « d’offenser la nation polonaise » avec son article. Elle a répondu à cette question par la négative.

Liquidation par les nazis du ghetto de Varsovie. (Autorisation de l’USHMM)

La journaliste a ajouté qu’elle avait l’habitude de recevoir des courriers haineux mais que c’était « la première fois que quelqu’un porte officiellement plainte. Je considère qu’une telle affaire n’est qu’un gaspillage de l’argent des contribuables ».

S’exprimant auprès du Haaretz au sujet de son interrogatoire, Markusz a défendu ses écrits. « J’ai écrit la vérité. Des Polonais ont été impliqués dans la Shoah. Ils ont trahi leurs voisins juifs, ils en ont même tués [certains]. C’est un fait. C’est stupide de devoir se retrouver à débattre de cela avec la police et que quelqu’un puisse se sentir offensé. Comment être offensé par la vérité ? », a-t-elle interrogé.

« Les procureurs, en Pologne, ne sanctionnent pas ceux qui adoptent des attitudes antisémites mais ils souhaitent punir une journaliste ? C’est fou ! », a-t-elle continué.

Alors qu’il lui était demandé pourquoi elle portait autant d’intérêt à la vie juive polonaise, Markusz a déclaré à Haaretz qu’elle était « 100 % Polonaise » – une réponse qui a semblé laisser entendre que les Juifs sont moins Polonais que leurs concitoyens.

« Les communautés juives de Pologne m’intéressent. C’est peut-être pour ça que la droite et les politiciens polonais ne m’aiment pas. Il y a toujours des commentaires antisémites de leur part sur mon fil Twitter, mais je ne changerai pas. Cela ne me fait pas peur », a-t-elle poursuivi.

Cette enquête survient en amont d’un verdict qui sera rendu, mardi, dans l’affaire d’un procès pour diffamation controversé intenté à l’encontre de deux historiens très respectés de la Shoah – un procès qui a soulevé des questions sur la liberté de faire des recherches sur le passé trouble de la Pologne.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...