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Pour Gadi Eizenkot, le retrait américain de l’accord de Vienne a été une « erreur »

Le retrait a donné à Téhéran la "légitimité" de violer le pacte, estime l'ex-chef d'état-major qui reproche à Naftali Bennett d'avoir refusé de rencontrer l'envoyé de Biden en Iran

L'ancien chef d'état-major de Tsahal Gadi Eisenkot s'exprime lors d'une conférence à Netanya, le 18 mars 2019. (Flash90)
L'ancien chef d'état-major de Tsahal Gadi Eisenkot s'exprime lors d'une conférence à Netanya, le 18 mars 2019. (Flash90)

Dans une interview publiée jeudi par le quotidien Maariv, l’ancien chef de l’armée Gadi Eizenkot a critiqué la décision des États-Unis prise en 2018 de se retirer de l’accord sur le nucléaire iranien, la qualifiant d’ « erreur stratégique ».

Selon Eizenkot, les hauts responsables de la sécurité israélienne ont été tenus dans l’ignorance avant la décision du président américain de l’époque, Donald Trump, de se retirer de l’accord de 2015, qui limitait le programme nucléaire iranien en échange d’un allègement des sanctions. Eizenkot commandait l’armée israélienne lorsque l’accord a été signé.

« Seuls Yossi Cohen, Ron Dermer et Benjamin Netanyahu ont abordé cette question de la sortie de l’accord nucléaire. Personne n’a discuté avec l’establishment de la sécurité », a déclaré Eizenkot à Maariv, faisant référence à l’ancien Premier ministre et à deux de ses plus proches confidents.

Benjamin Netanyahu s’était ouvertement opposé à l’accord lors de sa conclusion sous l’administration Obama. Il a par la suite fait pression pour que les puissances mondiales abandonnent l’accord avant que Donald Trump ne s’en retire.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et le chef du Mossad Yossi Cohen lors d’un toast pour le Nouvel An juif, le 2 octobre 2017. (Crédit : Haim Zach/GPO)

« Pour nous, c’était complètement inattendu. À mon avis, c’était aussi une erreur stratégique », a-t-il ajouté.

Eizenkot a déclaré que le retrait des États-Unis de l’accord a supprimé « certains obstacle » pour l’Iran, lui accordant une « légitimité » pour faire avancer son programme nucléaire en violation du pacte.

« Les sanctions sont partielles, il n’y a pas de surveillance, les Chinois et les Russes ne coopèrent pas avec les Américains », a déclaré Eizenkot, qui a dirigé l’armée de 2015 à 2019.

« Les États-Unis d’aujourd’hui sont des États-Unis différents de ceux de 2015 », a poursuivi Eizenkot. « La mesure dans laquelle les Iraniens prennent en compte les Américains est une composante très pertinente, et malheureusement en ce moment, ils ne les considèrent pas et ne prennent pas en compte une attaque américaine. Ils profitent de la situation et c’est un problème. »

Le chef d’état-major sortant de Tsahal, Gadi Eizenkot (G), et le Premier ministre Benjamin Netanyahu assistent à une cérémonie de passation de pouvoirs au ministère de la Défense pour le nouveau chef d’état-major Aviv Kochavi, le 15 janvier 2019. (Crédit : Jack Guez/AFP)

A la question de savoir si Israël était capable à lui seul de frapper l’Iran, Eizenkot a répondu : « C’est compliqué ».

« Prenons les États-Unis. Lorsque vous faites décoller un F-35, ils n’ont pas besoin que vous les mettiez à jour, ils le savent, tout est connecté à leurs systèmes », a-t-il déclaré.

L’ex-général a ensuite critiqué le Premier ministre Naftali Bennett pour avoir exclu une rencontre avec Robert Malley, l’envoyé spécial des États-Unis pour l’Iran, avant sa visite en Israël en novembre, notant les demandes israéliennes pour de nouveaux armements après le conflit de mai avec les groupes terroristes dans la bande de Gaza.

« Il y a une sorte d’arrogance ici à des fins domestiques. Je comprends la peur de Bibi, mais pour gagner un point et demi en relations publiques, on ne fait pas une chose pareille », a-t-il ajouté, en faisant référence à Netanyahu par son surnom.

Sur cette photo d’archive du 20 juin 2021, Robert Malley, envoyé spécial des États-Unis pour l’Iran, est à Vienne, en Autriche. (Crédit : AP/Florian Schroetter)

Eizenkot a affirmé qu’Israël a presque assassiné le général iranien Qassem Soleimani en mai 2018 après que les forces iraniennes en Syrie ont tiré des roquettes sur le plateau du Golan.

« Il y avait une décision, qui a été approuvée, de frapper tous ceux qui, dans cet incident, ont pris des mesures contre nous », a déclaré Eizenkot. « Nous avons décidé que s’il était dans un poste de commandement ou une salle d’opérations ou dans la région, nous le ferions tomber ».

« Nous avions la permission de le faire mais nous n’avons pas réussi à le faire », a-t-il ajouté.

Eizenkot avait émis une menace à peine voilée à Soleimani en 2019 alors qu’il quittait Tsahal, et des informations de 2018 ont indiqué qu’Israël avait discuté de l’assassinat du général iranien avec les États-Unis.

Le commandant principal des Gardiens de la révolution, le général Qassem Soleimani, (au centre), assiste à une réunion avec le Guide suprême, l’Ayatollah Ali Khamenei (hors cadre) et les commandants des Gardiens de la révolution à Téhéran, Iran, le 18 septembre 2016. (Bureau du Guide suprême iranien via AP)

Soleimani, qui dirigeait la branche étrangère des Gardiens de la révolution iraniens, a été tué en janvier 2020 par un drone américain à son arrivée à Bagdad.

Dans l’interview, Eizenkot a également déclaré que Tsahal participait à la campagne contre le groupe djihadiste de l’État islamique (EI).

« Nous avons décidé de participer à la guerre contre Daesh », a-t-il déclaré, en utilisant un acronyme arabe pour l’EI.

Selon Eizenkot, Israël travaille avec « de nombreuses armées, sur d’innombrables opérations spéciales » contre l’EI, mais n’a pas précisé avec quelles autres armées Tsahal coopère.

Le chef d’état-major de Tsahal Gadi Eizenkot lors d’une conférence de presse avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu au siège du ministère de la Défense à Tel Aviv, le 4 décembre 2018. (Noam Revkin Fenton/Flash90)

« Je peux estimer que dans nos opérations, des centaines d’agents de Daesh ont été tués et plus d’un millier de blessés, des installations et des infrastructures ont été détruites », a-t-il déclaré.

Ces commentaires d’Eizenkot constituent la deuxième partie d’une interview publiée la semaine dernière.

Soldat depuis 40 ans, Eizenkot était le 21e commandant de Tsahal et a été remplacé par Aviv Kohavi en janvier 2019, à la fin de son mandat de quatre ans.

Après avoir quitté l’armée, Eizenkot a travaillé pour un certain nombre de groupes de réflexion. Il était l’une des personnalités des plus scrutées des élections de 2020. Il a semblé laisser entendre qu’il était prêt à entrer en politique, mais a finalement décidé de ne pas le faire.

Une longue liste de chefs d’état-major de Tsahal se sont lancés dans des carrières politiques après avoir quitté l’armée, y compris le prédécesseur d’Eizenkot, l’actuel ministre de la Défense Benny Gantz.

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