Rechercher

Les divisions sociétales plus menaçantes pour Israël que ses ennemis – Eizenkot

L'ancien chef d'état-major estime que la sécurité nationale exige la solidarité au sein du pays et déplore la baisse du nombre d'enrôlements et la popularité des cyber-unités

Luke Tress est le vidéojournaliste et spécialiste des technologies du Times of Israël

L'ancien chef d'état-major de Tsahal, Gadi Eizenkot, (à droite), est interviewé par Amos Yadlin à la conférence annuelle de l'Institute for National Security Studies à Tel Aviv, le 27 janvier 2019. (INSS)
L'ancien chef d'état-major de Tsahal, Gadi Eizenkot, (à droite), est interviewé par Amos Yadlin à la conférence annuelle de l'Institute for National Security Studies à Tel Aviv, le 27 janvier 2019. (INSS)

L’ancien chef d’état-major de Tsahal, Gadi Eizenkot, a averti que les divisions internes d’Israël constituent une plus grande menace que ses ennemis étrangers, selon des extraits d’une interview publiés jeudi.

« Je pense que les divisions au sein de la société israélienne, et les attaques des deux côtés, le déclin de la gouvernance, le déclin de la confiance dans les institutions de l’État, dans les tribunaux, la criminalité – tout cela constitue les plus grandes menaces pour l’avenir du pays », a déclaré Eizenkot au site d’information Walla. L’interview complète devait être publiée ce week-end.

Eizenkot, qui a dirigé l’armée de 2015 à 2019 et dont l’avenir en politique est pressenti, a déclaré que la « résilience nationale » d’Israël était la composante la plus importante de la sécurité nationale d’Israël, mais que l’affaiblissement de la cohésion interne mettait cet atout en péril.

« Les gens sont inquiets, non pas à cause de la menace iranienne, mais à cause de la faiblesse interne, de la perte de cohésion, des inégalités, des frictions entre les différentes communautés. Des groupes entiers de la population ne sont pas intégrés à la société », a-t-il déclaré. « Nous devons comprendre qu’il n’y a pas de sécurité nationale sans solidarité sociétale, et qu’il n’y a pas de solidarité sociétale sans sécurité nationale. »

Il a déclaré que la vision du patriarche national David Ben-Gourion, qui voyait en Israël un melting-pot, était mise en grande difficulté.

David Ben-Gourion, à gauche, l’ex-Premier ministre israélien, avec son épouse Paula pendant une conférence du presse au Plaza Hotel de New York, le 3 mars 1947. (Crédit : AP Photo/John Duricka)

Il a souligné que le déclin de l’enrôlement dans l’armée israélienne au cours des dernières décennies était un indicateur de cet effondrement. Lorsqu’il s’est engagé dans l’armée en 1978, 88 % de toutes les personnes éligibles pour l’armée s’engageaient, et lorsque son fils s’est engagé, en 2015, ce chiffre était tombé à 67 %, a-t-il dit.

Il a également décrié la tendance à valoriser davantage le service dans les unités informatiques que dans les unités de combat de première ligne.

À LIRE : Retour sur le débat militaire en Israël : les 8200 ou les unités combattantes ?

« La disposition à aller dans les unités de combat, à tuer ou à être tué, à aller au danger, est en déclin », a-t-il déclaré, ajoutant que les jeunes des zones de la périphérie, avec moins d’opportunités, devaient être mis sur un pied d’égalité, car ils sont sous-représentés dans les unités technologiques d’élite.

Il a également critiqué les politiques à l’égard des Palestiniens, affirmant qu’un État binational composé de Juifs et de Palestiniens signifierait « la fin de la vision sioniste ».

La police à Lod lors d’émeutes ethniques dans la ville mixte judéo-arabe du centre d’Israël, le 12 mai 2021. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)

« Il n’est pas nécessaire d’être un génie pour comprendre ce que signifie le fait que des millions de Palestiniens soient mélangés à nous, sans compter la situation compliquée des Arabes israéliens », a-t-il déclaré.

Il a souligné que le mandat du chef de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, âgé de 86 ans, touchait à sa fin et a proposé de mettre en place un plan de transition pluriannuel pour améliorer les liens avec les Palestiniens.

Ce plan permettrait de « commencer à construire un pont pour réduire l’hostilité et renforcer la confiance ».

Il a proposé un effort conjoint entre Israël, les Palestiniens, l’Égypte, la Jordanie, les États-Unis et d’autres pays.

« Nous devons changer la réalité de la situation, car elle conduira à un seul État, ce qui détruira le rêve sioniste », a-t-il déclaré.

Soldat pendant 40 ans, Eizenkot a été le 21e commandant de Tsahal et a été remplacé par Aviv Kohavi en janvier 2019, à la fin de son mandat de quatre ans.

En quittant l’armée, il a mis en garde contre la division et la politisation de Tsahal. Pendant son mandat, le soldat Elor Azaria a tué un attaquant palestinien blessé et désarmé en Cisjordanie et a été poursuivi pour cela. L’affaire a fait resurgir de profondes divisions dans la société israélienne, y compris des critiques de l’armée de la part de certains politiciens de droite et des menaces de mort contre Eizenkot.

L’ancien soldat de l’armée israélienne, Elor Azaria, devant le tribunal militaire de Jaffa, le 19 février 2019. (Crédit : Capture écran / Douzième chaîne)

La désunion d’Israël et les schismes sociétaux ont été mis à nu ces dernières années lors d’une série d’élections peu concluantes, au cours desquelles aucun parti n’a été en mesure de former un gouvernement stable. Le gouvernement actuel, un ensemble fragile mais diversifié de partis issus de tout l’éventail politique, est au pouvoir depuis l’été dernier.

Après avoir quitté l’armée, Eizenkot a travaillé pour un certain nombre de groupes de réflexion. Il était l’une des personnalités les plus voulues pour les élections de 2020 et a semblé laisser entendre à un moment donné qu’il était prêt à entrer en politique, mais a finalement décidé de ne pas le faire.

De nombreux chefs d’état-major de Tsahal ont poursuivi une carrière politique après avoir quitté l’armée, y compris le prédécesseur d’Eizenkot, le ministre de la Défense Benny Gantz.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...