Pour Taguieff, « le thème du meurtre rituel juif reste dans l’air du temps »
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Pour Taguieff, « le thème du meurtre rituel juif reste dans l’air du temps »

Dans Judéophobie, la dernière vague, le philosophe et historien tente d'éclaircir les raisons de la popularité des idées conspirationnistes

Pierre-André Taguieff (Crédit : capture d'écran YouTube)
Pierre-André Taguieff (Crédit : capture d'écran YouTube)

Non, le national-populisme n’a pas disparu avec la chute des grands régimes autoritaires. Il est demeuré le creuset de ceux qui imaginent que toutes les élites sont corrompues, tandis que le peuple est vu comme « intrinsèquement bon, victime innocente de ‘ceux d’en haut' » explique le philosophe et historien Pierre-André Taguieff dans une interview accordée à l’Express à l’occasion de la sortie de son livre Judéophobie, la dernière vague chez Fayard.

« La tendance à penser les événements comme des indices de complots organisés par des forces hostiles reste présente dans les milieux nationalistes, en Europe comme ailleurs » explique le précurseur de l’analyse des racines des théories du complot.

« Si les récits complotistes séduisent autant aujourd’hui », explique-t-il, « c’est qu’ils répondent à un besoin psychologique d’ordre et d’intelligibilité qui ne cesse d’augmenter dans un monde dont la marche est indéchiffrable et anxiogène ».

Parmi les théories du complot les plus répandues à droite comme à gauche, « la mondialisation » cause de tous les maux; « dans la rhétorique islamiste, par exemple, l’ennemi est « l’alliance judéo-croisée », autour de laquelle gravitent les ennemis secondaires. Dans certains courants gauchistes, c’est « l’axe américano-sioniste » qui joue ce rôle, à côté de la « finance internationale » ou du « capitalisme mondialisé ». D’autres suggèrent qu’il y aurait une alliance secrète entre les États-Unis et Daech ».

A la question de savoir pourquoi Israël est-il au centre de tant de conspirations selon les complotistes, Taguieff répond: « Israël est le seul État-nation ainsi traité (…). Il faut remonter aux origines de la judéophobie pour comprendre pourquoi Israël est perçu comme la tête d’une conspiration internationale ». La première apparition d’un « complot juif » daterait de 1321 en Aquitaine avec la première accusation d’empoisonnement de puits, thème repris devant l’assemblée de l’Union européenne par Mahmoud Abbas il y a quelques années, « Israël » ayant remplacé « juif »….

L’historien prend également le soin de décortiquer le discours de Jean-Luc Mélenchon au lendemain de la manifestation en mémoire de Mireille Knoll, dont le Crif a voulu l’exclure, et qui s’est soldé par une confrontation tendue avec certains manifestants. Il y reprend l’accusation de double allégeance souvent reproché au juifs («  »allégeance de principe à un gouvernement étranger et à sa politique ») et accuse le Crif d’être une « secte communautariste », et d’avoir une vision binaire du conflit israelo-palestinien (« une armée de tueurs tiraient [sic] sur une foule sans défense en Palestine »).

« Le thème du meurtre rituel juif reste dans l’air du temps » résume-t-il.

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