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Prières juives/Mont du Temple: Une juge de Jérusalem remet en cause le statu quo

La justice n'a pas directement statué au sujet de la loi, mais a levé le ban que la police, qui a fait appel, avait imposé aux fidèles ; les Palestiniens et la Jordanie objectent

Un officier de la police israélienne (à gauche) monte la garde alors que des Juifs religieux visitent le Mont du Temple dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 3 août 2021. (Crédit : AP Photo/Maya Alleruzzo)
Un officier de la police israélienne (à gauche) monte la garde alors que des Juifs religieux visitent le Mont du Temple dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 3 août 2021. (Crédit : AP Photo/Maya Alleruzzo)

Les Juifs peuvent-ils prier sur le mont du Temple – aussi appelé l’esplanade des Mosquées ou Haram al-Sharif par les musulmans ? Oui, mais en « silence », a décrété cette semaine un tribunal israélien, remettant en cause des décennies de statu quo sur ce lieu emblématique de Jérusalem.

Les Juifs considèrent le mont du Temple comme le lieu le plus sacré du judaïsme, ayant accueilli les deux temples construits jadis.

Le 29 septembre, le rabbin Arié Lippo a été interpellé par la police israélienne car il priait silencieusement sur le mont du Temple et a été interdit de visite pour deux semaines. Outré, il a interjeté appel après avoir reconnu y prier en silence quotidiennement.

Mardi, la juge Bilha Yaalom de la Cour des magistrats de Jérusalem a révoqué la décision de la police – ces tribunaux d’instance constituent le niveau le plus bas du système judiciaire israélien, et ils jugent généralement des affaires concernant des méfaits relativement mineurs.

« Le plaignant prie en silence dans un coin, avec un ami ou deux, sans public autour. Je n’ai pas constaté que les actes religieux commis par l’appelant étaient extériorisés et visibles. Je ne vois pas en quoi il représente un danger pour l’ordre public comme l’affirme la police », a-t-elle déclaré après avoir visionné des vidéos de la police.

La police israélienne contrôle les entrées de ce lieu saint administré par le Waqf, l’organisme chargé des biens musulmans à Jérusalem dépendant de la Jordanie voisine.

Les forces de sécurité israéliennes montent la garde, alors qu’un groupe de Juifs visite le mont du Temple à Jérusalem, le 18 juillet 2021. (Crédit : AHMAD GHARABLI / AFP)

Depuis la prise en 1967 puis l’annexion de Jérusalem-Est par Israël, un accord permet aux Juifs d’accéder à certaines heures au site, mais pas d’y prier. La prière a lieu normalement au mur Occidental, en contrebas, même si depuis des années des Juifs religieux vont prier en cachette sur le mont du Temple.

Ces prières provoquent, à l’occasion, des incidents avec les fidèles musulmans après que les visiteurs entrent en simples visiteurs – il s’agit parfois de nationalistes israéliens tenants d’une ligne radicale.

« Il n’y a pas de raison que les Juifs ne soient pas autorisés à prier même en silence comme s’ils étaient étrangers à ce lieu saint », a déclaré l’avocat du rabbin, Me Moché Polsky. Il a salué une décision de justice « qui autorise de facto ce qui se passe depuis un an sur le mont du Temple », à savoir des Juifs qui s’y rendent pour prier en silence.

Le directeur de la mosquée al-Aqsa, cheikh Omar al-Kiswani, a fustigé la décision de justice israélienne.

« Ces prières sont des provocations et une violation du caractère sacré d’Al-Aqsa », a-t-il déclaré à l’AFP. « La décision n’a aucune légitimité, car nous ne reconnaissons pas les lois israéliennes sur Al-Aqsa. »

Le Premier ministre de l’Autorité palestinienne (AP) Mohammed Shtayyeh a appelé Israël à ne pas imposer un « nouveau fait accompli » sur le site et exhorté les États-Unis à « respecter son engagement à maintenir le statu quo » sur les Lieux saints de Jérusalem.

Des Palestiniens manifestent au complexe de la mosquée Al-Aqsa, sur le mont du Temple, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 21 mai 2021. (Crédit : Jamal Awad/Flash90)

L’Organisation de la coopération islamique (OCI), basée en Arabie saoudite et qui représente plus de 1,5 milliard de musulmans dans le monde, a elle dénoncé un « assaut sans précédent sur les droits inaliénables des musulmans ».

L’Egypte y a vu une « violation » qui aurait des répercussions sur « la sécurité et la stabilité de la région ». Et la Jordanie s’est engagée à s’opposer « fermement » à tout jugement israélien visant les « lieux sacrés » à Jérusalem.

La police israélienne a, elle-même, fait appel de la décision de justice, estimant que M. Lippo avait eu « une conduite impropre dans un lieu public ».

Dans une décision rendue plus tôt cette année suite à une pétition exigeant un droit de prière juive sur le mont du Temple, la Cour suprême d’Israël avait conclu que « chaque Juif avait le droit de prier sur le mont du Temple, dans le cadre de la liberté de religion et d’expression ». Néanmoins, « dans le même temps, ces droits ne sont pas absolus et peuvent être limités afin de tenir compte de l’intérêt public », était-il ajouté.

Le journaliste et militant nationaliste israélien Arnon Segal estime que la décision de justice « va déclencher une violente réaction côté palestinien et dissuader le système judiciaire et l’État d’Israël d’autoriser des prières, même silencieuses ».

Les principales autorités rabbiniques s’opposent aux prières juives et même aux visites sur le mont du Temple, de crainte que les visiteurs ne marchent sur la zone où se trouvait le Saint des Saints du Temple, le déscralisant.

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