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Propos de Lavrov : L’entretien avec l’envoyé russe a été « compliqué », dit Lapid

Le ministère des Affaires étrangères avait convoqué l'ambassadeur de Russie en Israël après que son homologue russe a affirmé que Hitler avait "du sang juif"

Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid tient une conférence de presse à Tel Aviv, le 14 avril 2022. (Crédit: Avshalom Sassoni/Flash90)
Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid tient une conférence de presse à Tel Aviv, le 14 avril 2022. (Crédit: Avshalom Sassoni/Flash90)

Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid a indiqué que l’entretien avec l’ambassadeur russe en Israël, Anatoly Viktorov, avait été « compliqué ». L’envoyé avait été convoqué suite à des propos incendiaires tenus par Sergey Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, au sujet d’Hitler.

S’exprimant au micro de la radio publique israélienne, mardi matin, Lapid a refusé de donner des précisions sur la conversation, notant que la coutume diplomatique était « de ne pas médiatiser les détails d’une conversation de ce genre ». Lapid a indiqué que les diplomates israéliens à Moscou « avaient été convoqués par le ministère russe des Affaires étrangères à plus d’une occasion depuis le début du conflit en Ukraine et n’avaient pas donné le détail de ces entretiens – c’est le protocole ».

Toutefois, a ajouté Lapid, « il est permis de supposer – à juste titre – que l’entretien avec l’ambassadeur a été très compliqué dans la mesure où il est impardonnable, absolument impardonnable d’attribuer aux Juifs la responsabilité de leur propre Shoah. Hitler n’était pas Juif et ce ne sont pas des Juifs qui ont assassiné mon grand-père à Mauthausen. Ce sont les nazis qui l’ont fait, et toutes ces comparaisons avec les nazis sont impardonnables, exaspérantes ».

Le ministre des Affaires étrangères russe avait déclaré au cours d’une interview avec une chaîne italienne : « Qu’est-ce que ça change que Zelensky soit Juif ? Cela ne change rien à la présence d’éléments nazis en Ukraine. Il me semble qu’Hitler avait aussi du sang juif. » Il avait ajouté que « certains des pires antisémites étaient des Juifs ».

Ces paroles ont été condamnées avec force en Israël. Lapid les a qualifiées, lundi, « d’impardonnables » et de « scandaleuses », appelant la Russie à présenter ses excuses. De son côté, le Premier ministre Naftali Bennett a indiqué, de son côté, que « l’objectif poursuivi par de tels mensonges est d’attribuer aux Juifs eux-mêmes la responsabilité des pires crimes de l’histoire qui ont été commis à leur encontre, permettant d’exonérer les oppresseurs d’Israël de toute responsabilité ».

Le ministère des Affaires étrangères a fait savoir lundi que le message d’Israël avait été « transmis avec clarté » à l’occasion de « l’entretien de clarification » avec l’ambassadeur russe.

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergey Lavrov à Moscou, le 24 mars 2022. (Crédit : Kirill KUDRYAVTSEV / POOL / AFP)

Mardi, Lapid a réaffirmé sa colère et a une nouvelle fois appelé Moscou à présenter des excuses.

« Je pense que le gouvernement russe doit présenter ses excuses aux Juifs, en mémoire de tous ceux qui ont été tués. Ces propos ont été odieux », a déclaré Lapid au micro de la station de radio Kan. Il a suggéré à Lavrov « d’ouvrir un livre d’histoire » au lieu de propager « des rumeurs antisémites » mensongères.

Le ministre des Affaires étrangères n’a pas « écarté » la possibilité que les propos de Lavrov aient été tenus en réponse à ses propres déclarations. Il avait accusé la Russie de crimes de guerre dans le cadre de l’invasion en cours de l’Ukraine.

« Les Russes s’en prennent verbalement au monde entier parce qu’en fin de compte, les sanctions se referment sur eux – et aussi parce que cette guerre est injustifiée. C’est clair depuis le premier jour », a poursuivi Lapid.

Mais, a-t-il noté, Israël tente de garder l’équilibre entre ses propres intérêts nationaux et ses valeurs en dénonçant les actions russes.

« Comme toutes les démocraties, nous pensons que l’invasion russe de l’Ukraine est injustifiée, qu’elle doit s’arrêter et nous disons cela – nous votons aussi dans ce sens dans les instances internationales quand c’est nécessaire. »

Lapid a remarqué Israël faisait preuve de vigilance de manière à pouvoir sauvegarder ses intérêts en Syrie, où la présence militaire russe est forte, « mais personne ne peut nous dire qu’il nous est interdit de nous positionner au niveau moral face aux problèmes du monde, exactement de la même manière que nous espérons que les pays se positionneront moralement quand Israël est attaqué ».

L’ambassadeur de Russie en Israël Anatoly Viktorov s’adresse aux médias au consulat de Russie à Tel Aviv, le 3 mars 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni‎‏/Flash90)

Lapid a aussi répondu à un reportage publié mardi par Haaretz, qui affirme que l’État juif envisageait d’élargir son assistance militaire à l’Ukraine.

« Nous aidons l’Ukraine, nous en discutons – notamment avec les États-Unis, notre allié le plus proche – et c’est ainsi depuis le premier jour », a commenté le ministre des Affaires étrangères. « Le monde entier apprend en permanence comment appréhender cette guerre et, de la même manière, Israël revoit son positionnement chaque jour. »

Après avoir refusé pendant des semaines de fournir à l’Ukraine des aides militaires, Israël a révisé récemment son approche – acceptant dans un premier temps d’envoyer des casques et des gilets pare-balle aux secours en Ukraine et en déléguant, la semaine dernière, un représentant officiel du ministère de la Défense à des pourparlers organisés par les États-Unis en Allemagne portant sur la mise en place d’une plus grande assistance militaire soutenant l’armée ukrainienne.

Selon un responsable diplomatique cité par Haaretz, Israël ne compte pas envoyer des armes offensives ou des technologies défensives avancées – comme le Dôme de fer, le système de défense antimissile israélien – mais l’État juif devrait déterminer quels équipements sont susceptibles d’être fournis à l’Ukraine sans entraîner une crise avec Moscou.

Viktorov, l’envoyé russe, avait indiqué le mois dernier que si Israël devait fournir des équipements militaires à l’Ukraine, alors Moscou « répondra en conséquence ».

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