Que faut-il attendre des élections palestiniennes, les premières depuis 2006 ?
Rechercher

Que faut-il attendre des élections palestiniennes, les premières depuis 2006 ?

Quelle sera la réponse de la communauté internationale, notamment en cas de percée du Hamas, un mouvement largement considéré comme une organisation terroriste

Le vice-président américain Joseph Biden (à gauche) avec le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas avant leur réunion à Ramallah, en Cisjordanie, le 10 mars 2010. (AP Photo / Tara Todras-Whitehill)
Le vice-président américain Joseph Biden (à gauche) avec le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas avant leur réunion à Ramallah, en Cisjordanie, le 10 mars 2010. (AP Photo / Tara Todras-Whitehill)

Pour la première fois depuis quinze ans, des élections palestiniennes auront lieu en mai et juillet, d’après un décret pris vendredi par le président de l’Autorité palestinienne (AP), Mahmoud Abbas.

Pourquoi maintenant ?

L’annonce de l’organisation de plusieurs scrutins intervient dans un contexte de rapprochement entre son parti laïc, le Fatah, et ses rivaux terroristes islamistes du Hamas, à la tête de la bande de Gaza.

Les deux frères ennemis étaient à couteaux tirés jusqu’au timide rapprochement opéré en juillet dernier : ils s’étaient engagés à l’unité contre le projet israélien d’annexion de pans de la Cisjordanie, après plus d’une décennie de divisions intestines.

En septembre, ils s’étaient entendus sur l’organisation « d’ici six mois » d’élections, mus par une volonté d’ « union » contre la normalisation entre Israël et des pays arabes, opérée sous l’égide de l’administration américaine de Donald Trump.

L’annonce d’élections est liée à l’investiture, la semaine prochaine, du président élu, Joe Biden, qui remplacera à Washington un président Trump ayant multiplié les gestes de soutien envers Israël, estiment des observateurs.

Pour reprendre le dialogue avec les Etats-Unis, gelé depuis 2017, les Palestiniens doivent paraître unis et « davantage ouverts », après que les Occidentaux « ont appelé à un renouvellement du leadership », explique Ghassan Khatib, analyste et ancien ministre palestinien.

Pour le Fatah et le Hamas, ces élections doivent permettre de gagner en légitimité.

Abbas va-t-il se représenter et quels sont ses successeurs possibles ?

A la tête de l’Autorité palestinienne depuis 2005, M. Abbas, 85 ans, n’a pas indiqué s’il était candidat à sa propre succession.

Selon une enquête d’opinion publiée à la mi-décembre par le Centre de recherche palestinien sur la politique et les sondages (PCPSR), 66 % des personnes interrogées voudraient qu’il démissionne.

S’il se présente à la présidentielle du 31 juillet, il devrait être devancé par le chef de la branche politique du Hamas, Ismaël Haniyeh, et par Marwan Barghouthi, haut cadre du Fatah, si celui-ci est candidat.

Marwan Barghouthi. (Crédit : Flash90)

Barghouthi a été condamné à la perpétuité par Israël pour son rôle dans différents attentats anti-israéliens meurtriers.

Pour les législatives du 22 mai, il s’agira de présenter une liste unifiée par parti, un défi pour le Fatah notamment, miné par les divisions.

La campagne et les scrutins pourront-ils avoir lieu dans l’ensemble des Territoires palestiniens ?

Abbas a demandé à la commission électorale indépendante et aux organes gouvernementaux de « lancer une campagne électorale démocratique dans toutes les régions de Palestine, y compris à Jérusalem-Est ».

Mais il n’est pas clair si Israël autorisera les habitants palestiniens de Jérusalem-Est à voter comme il l’a fait en 2005 et 2006.

Il s’agira aussi de savoir si le Hamas permettra au Fatah de faire campagne à Gaza, et vice versa en Cisjordanie, sachant que des organisations de défense des droits humains ont alerté ces dernières années sur la répression des voix critiques de chaque côté.

Les divisions, prégnantes depuis que le Hamas a pris de force le contrôle de Gaza en 2007 en évinçant le Fatah au prix d’une quasi guerre civile, risquent de laisser des traces.

Mais les législatives étant un scrutin à la proportionnelle intégrale, contrairement aux précédentes législatives, aucun parti ne devrait écraser l’autre, ce qui diminue les chances de conflit, estime M. Khatib.

Reste à savoir quelle sera la réponse de la communauté internationale, notamment en cas de percée du Hamas, un mouvement largement considéré comme une organisation terroriste.

Josep Borrell (Crédit : Wikimedia commons)

L’UE a salué samedi l’annonce, appelant Israël à en « faciliter » la tenue dans l’ensemble des Territoires palestiniens.

« C’est une nouvelle bienvenue », a indiqué un porte-parole du chef de la diplomatie Josep Borrell dans un communiqué.

« L’UE a ces dernières années constamment soutenu et financé le travail de la Commission électorale centrale afin de préparer la tenue d’élections libres, équitables et inclusives pour tous les Palestiniens » et « se tient prête à coopérer avec les acteurs compétents pour soutenir le processus électoral », poursuit le communiqué.

« L’UE appelle aussi les autorités israéliennes à faciliter la tenue de ces élections sur tout le territoire palestinien », ajoute le porte-parole.

« Des institutions démocratiques participatives, représentatives et responsables sont essentielles pour l’autodétermination et la construction d’un Etat palestinien », a aussi souligné le porte-parole européen.

Les législatives sont prévues le 22 mai et la présidentielle le 31 juillet. L’élection des membres du Conseil national palestinien, le Parlement de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), se tiendra le 31 août.

L’annonce a été accueillie avec « scepticisme », d’après l’analyste Nour
Odeh : Les Palestiniens « attendent de voir ce qu’il va se passer car tout le monde sait que d’ici au 22 mai, beaucoup de choses peuvent se passer ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...