Querelle pour un centre éthiopien ; le ministère de la Culture accusé de racisme
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Querelle pour un centre éthiopien ; le ministère de la Culture accusé de racisme

Gadi Yavarkan prétend que le ministère a détourné le budget ; le bureau de Miri Regev l'a réprimandé de ne pas faire preuve "d'humilité et de gratitude" comme les autres Ethiopiens

Le député Gadi Yevarkan, alors du parti Kakhol lavan. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Le député Gadi Yevarkan, alors du parti Kakhol lavan. (Crédit : capture d'écran YouTube)

Le ministère de la Culture a été accusé de véhiculer des stéréotypes racistes après avoir réprimandé un député israélien d’origine éthiopienne mercredi, parce qu’il n’a pas fait preuve de « gratitude, d’humilité et d’engagement envers la vérité qui a toujours caractérisé la communauté éthiopienne ».

Le député Gadi Yevarkan, du parti Kakhol lavan, a accusé la ministre de la Culture Miri Regev de mauvais usage et détournement de fonds alloués à la communauté éthiopienne en faveur de projets liés à leurs alliés politiques.

Dans un discours à la Knesset mercredi, Yevarkan a déclaré qu’au lieu du feu vert à la construction d’un centre du patrimoine éthiopien, Regev a utilisé ce budget pour des projets affiliés au Likud.

« En 2016, le ministère a utiliser des fonds publics pour huiler les rouages en faveur du parti du Likud », a-t-il dit. « C’est quelque chose qui doit faire l’objet d’une enquête policière à l’avenir. »

Yevarkan a déclaré que depuis 2016, 3,6 millions de shekels ont été alloués au centre, mais que la quasi-totalité de cette somme n’a pas encore distribuée.

La ministre de la Culture et des Sports, Miri Regev, lors de la Conférence internationale annuelle sur l’innovation municipale à Tel Aviv, le 28 février 2019. (Tomer Neuberg/Flash90)

Selon Yevarkan, en 2016, le centre a dépensé 40 % de son budget annuel, 60 % en 2017 et seulement 17% en 2018.

Yevarkan a affirmé qu’en 2017, Regev a utilisé une partie des fonds du centre pour financer « un évènement extravagant au Palais des Congrès de Jérusalem, qui a coûté des centaines de milliers de shekels ».

Il a ajouté que même si le centre culturel éthiopien a été approuvé il y a plusieurs années, la commission chargée du projet n’a élu son chef il y a seulement trois mois.

« Elle a pris la tête de la commission il y a trois ans et tout fait pour l’éliminer », a-t-il dit dans son discours. « Près de 83 % de notre budget a été rendu au Trésor parce que Miri Regev se fiche de notre histoire. »

« La terroriste culturelle et la sacrificatrice de la culture israélienne, la ministre Miri Regev, s’est trouvée une autre victime : cette fois-ci, [ce sont les Israéliens éthiopiens]. »

Le ministère de la Culture a répondu aux accusations de Yevarkan
mercredi : « Il n’y a aucun lien entre les propos de Yevarkan et la réalité, ce n’est qu’une tentative désespérée de marquer des points politiques sur le dos de sa communauté. »

« C’est une honte que ses propos n’aient pas été caractérisés par la gratitude, l’humilité et l’engagement envers la vérité qui a toujours caractérisé la communauté éthiopienne », indique le communiqué du ministère.

La réponse a déclenché des réactions négatives de la part de Yevarkan et d’autres législateurs de l’opposition, qui ont déclaré que la ministre Regev avait employé un langage condescendant et raciste envers le député éthiopien.

« Le ministère de la Culture doit modifier cette réponse et présenter des excuses immédiatement. C’est honteux », a tweeté jeudi Benny Gantz, président du parti Kakhol lavan.

Le président de la Liste arabe unie, Ayman Odeh, a lié l’incident à la « campagne d’incitation de plus en plus raciste que le Premier ministre Benjamin Netanyahu mène contre les Arabes israéliens arabes ». « Y a-t-il dans ce pays des gens que [le Likud] ne déteste pas ? », a-t-il tweeté.

La députée du Meretz Tamar Zandberg a déclaré : « il n’y a pas de limite à la condescendance et au détachement de Miri Regev qui, avec une lâcheté et une audace typiques, a publié cette réponse raciste au nom du « ministère de la Culture ». »

Des Israéliens d’origine éthiopienne et des sympathisants manifestent à Tel Aviv le 8 juillet 2019 contre la violence et la discrimination policières à la suite du décès de Solomon Tekah, 19 ans, survenu le 1er juillet à Haïfa par un policier qui n’était pas en service. (Tomer Neuberg/Flash90)

Yevarkan, qui par le passé a tenté, sans succès, d’obtenir une place sur la liste du Likud, a critiqué Regev pour sa déclaration lors d’une interview à la radio de l’armée mercredi soir, et a appelé à son limogeage.

« La honte est sur nous tous, citoyens d’Israël, qu’elle soit la femme qui est vice-Premier ministre lorsqu’il est à l’étranger. Le public doit lui demander des comptes et l’expulser de l’arène publique avec honte. »

« Sa réponse est un exemple de tout ce qu’il y a de mauvais, de malsain et de raciste chez elle personnellement, dans ce gouvernement haineux et dans le parti qu’elle représente », a-t-il ajouté.

Les tensions entre la communauté israélienne éthiopienne et les forces de l’ordre sont vives depuis l’assassinat en juin d’un adolescent par un policier en dehors de ses heures de service, qui a déclenché plusieurs jours de manifestations nationales. La fusillade mortelle de Solomon Tekah a renouvelé les accusations de violence policière et de racisme envers les Israéliens d’origine éthiopienne.

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