Quid de l’efficacité du vaccin? Les chiffres d’Israël serviront de guide mondial
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Analyse

Quid de l’efficacité du vaccin? Les chiffres d’Israël serviront de guide mondial

La communauté internationale observe l'Etat hébreu, où les données sur les retombées du vaccin commencent à être diffusées

Un employé du secteur de la santé prépare un vaccin contre la COVID-19 dans un centre de vaccination de Jérusalem, le 4 janvier 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
Un employé du secteur de la santé prépare un vaccin contre la COVID-19 dans un centre de vaccination de Jérusalem, le 4 janvier 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Le monde entier à assisté au déploiement rapide de la campagne de vaccination israélienne avec admiration, envie (et critiques). Mais avec la publication de données préliminaires sur la façon dont des centaines de milliers de personnes ont réagi aux injections, le pays sera la source de nouvelles connaissances.

Les données diffusées mardi par le ministère de la Santé montrent que le vaccin a considérablement permis de faire baisser les niveaux d’infection parmi les échantillons, avant même que la protection complète ne fasse effet après la deuxième des deux doses.

Les médecins ont observé les niveaux d’infection parmi les quelque
600 000 personnes qui ont reçu le vaccin Pfizer-BioNTech, un groupe presque 30 fois plus important que celui impliqué dans l’essai de phase 3 à grande échelle qui a précédé l’approbation de la vaccination par la Food and Drug Administration (FDA) américaine.

Une responsable du ministère de la Santé a annoncé que le vaccin réduit les infections d’environ 50 % 14 jours après l’administration de la première des deux doses. Elle a déclaré que les données sont préliminaires et qu’elles sont basées sur les résultats des tests de dépistage du coronavirus chez les personnes qui ont reçu le vaccin et celles qui ne l’ont pas reçu, qui servent de groupe de contrôle de facto.

Par ailleurs, deux des quatre caisses de santé israéliennes ont annoncé leurs propres chiffres, qui divergent quelque peu des données du ministère de la Santé : Maccabi a cité une réduction de 60 % des infections, et Clalit a fait état d’une réduction plus faible.

Des Israéliens reçoivent un vaccin COVID-19, dans un centre de vaccination Clalit COVID-19 à Jérusalem, le 28 décembre 2020. (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

Le chef de l’innovation de Clalit, Ran Balicer, qui préside également l’équipe consultative d’experts du gouvernement sur la gestion de la pandémie, a déclaré que les personnes qui ont reçu des vaccins ont des taux d’infection normaux jusqu’à ce que l’immunité semble se déclencher après environ deux semaines.

« Les graphiques divergent au 14e jour avec une baisse de 33 % chez les personnes âgées vaccinées, sans tendance similaire chez les personnes non vaccinées », a-t-il déclaré. Il a ajouté que des études plus détaillées, actuellement en cours et évaluées par des pairs, fourniraient davantage d’informations.

Maccabi a indiqué que le taux d’infection est passé d’environ 40 personnes sur 100 000 dans les 12 premiers jours après la vaccination à environ 15 pour 100 000 les jours 13 à 21 – une réduction de 60 %.

On ignore pourquoi les chiffres varient, mais il semble que l’un des facteurs soit le fait que le Maccabi ait inclus dans son étude des personnes vaccinées de tous âges, alors que Clalit ne l’a pas fait.

Pendant la période de l’étude, le vaccin n’était officiellement disponible que pour les personnes âgées de 60 ans et plus. On pense que les jeunes qui ont fait l’effort de trouver des créneaux de rendez-vous libres sont plus soucieux de leur santé que la population générale, donc Clalit les a retirés de l’étude pour augmenter la généralisabilité.

On craint également que les gens se fassent moins tester pour le coronavirus après avoir reçu une injection de vaccin, ce qui fausse les données.

Néanmoins, les chiffres semblent offrir la preuve la plus claire à ce jour du temps qu’il faut pour que l’immunité commence à se développer après l’administration de la première dose du vaccin Pfizer-BioNTech.

« Je pense qu’il est incroyable qu’en deux ou trois semaines, Israël a recueilli des données provenant de centaines de milliers de personnes vaccinées », a déclaré l’expert en immunité Cyrille Cohen, membre du comité consultatif du ministère de la santé sur les vaccins. « Cela peut aider à répondre à des questions cruciales concernant l’effet protecteur immédiat d’une dose de vaccin ».

Alors qu’Israël commence à administrer des deuxièmes doses cette semaine, l’étude en cours va également bientôt faire la lumière sur le temps nécessaire à une immunité complète pour faire effet, et finalement donner aux autorités sanitaires plus d’informations sur la durée de cette immunité, – deux questions qui s’avèrent essentielles.

Des doses du vaccin contre le coronavirus de Pfizer-Biotech dans un centre de vaccination à Magdeburg, à l’est de l’Allemagne, le 27 décembre 2020. (Crédit : Ronny Hartmann / POOL / AFP)

« Israël est en quelque sorte devenu un vaste essai clinique », a déclaré Rivka Abulafia-Lapid, virologiste au centre médical Hadassah, au Times of Israël.

Alors que les États-Unis et le Royaume-Uni administrent tous deux plus de vaccins qu’Israël en termes de nombre, ils ne disposent pas de l’enregistrement électronique centralisé des quatre organismes de santé israéliens, qui ont été chargés de procéder à la vaccination de la majorité des patients.

« Parce que tout le monde en Israël est membre d’une caisse de santé et que leurs dossiers sont conservés avec leurs données de base, cela signifie que nous aurons une bonne image de la réactivité au vaccin, en tenant compte de l’âge, du sexe et des antécédents médicaux », a déclaré Abulafia-Lapid.

Pfizer fournirait rapidement des doses de vaccins à Israël car la firme est désireuse d’obtenir des statistiques israéliennes.

Des personnes attendant d’être vaccinées contre la COVID-19 au stade de l’Arena de Jérusalem, le 30 décembre 2020. (Haim Zach / GPO)

Pfizer attend des données médicales en échange de vaccins – des informations accessibles au public, selon le ministère de la Santé, bien que certains analystes pensent qu’elles seront plus révélatrices. Quoi qu’il en soit, cela signifiera que Pfizer n’a pas besoin de se contenter d’un regard général sur les schémas d’infection, mais qu’il consultera des informations détaillées provenant du système de dossiers médicaux numériques très avancé du pays.

Début février, Israël devrait être le seul pays dont la majorité de la population âgée est entièrement vaccinée. L’examen de ses données donnera un aperçu sans précédent des performances du vaccin dans le monde réel pour ceux qui en ont le plus besoin.

« L’efficacité du vaccin, c’est-à-dire sa performance lors des essais, était de 95 %, mais la grande question est maintenant de savoir ce qui se passe dans le monde réel », a déclaré Cohen, qui dirige le laboratoire d’immunothérapie de l’université Bar Ilan à Ramat Gan. « L’échantillon de personnes dans un essai clinique donne des informations importantes, mais il s’agit toujours d’un échantillon, comme ceux utilisés dans les sondages avant les élections. »

Tout comme les échantillons de sondages ne donnent pas toujours une image précise des tendances réelles du vote, les essais cliniques ne donnent pas nécessairement une image exacte de l’efficacité d’un vaccin lorsqu’il est déployé à grande échelle dans la société.

Au cours de la phase III de l’essai de Pfizer, quelque 8 700 personnes âgées de 56 à 85 ans ont reçu le vaccin. Israël a jusqu’à présent vacciné plus d’un million de personnes âgées de 60 ans et plus avec au moins une dose, soit plus de 120 fois le nombre de personnes incluses dans l’étude. L’ampleur des données disponibles est ahurissante, et chaque jour, des dizaines de milliers de personnes supplémentaires sont vaccinées.

« Pour paraphraser Star Trek, nous allons audacieusement là où aucun pays n’est allé auparavant », a déclaré Cohen. Certains pays disent qu’ils vont « attendre et voir » avant d’administrer le vaccin. Israël, qui met l’accent sur une philosophie de « choisir la vie » scientifiquement fondée, a adopté une approche différente – et nous sommes maintenant prêts à fournir les résultats et les observations vitales et concrètes qui, espérons-le, constitueront une bonne base pour que d’autres pays cessent d’attendre et adoptent le vaccin ».

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