Réactions de militants francophones à la nomination de Yael German en France
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Réactions de militants francophones à la nomination de Yael German en France

La nomination de German est critiquée par certaines personnes impliquées dans les relations entre Israël et la France, y compris des membres de la communauté juive française

La députée Yesh Atid Yael German à la Knesset, le 21 novembre 2017. (Crédit : Yonathan Sindel/Flash90)
La députée Yesh Atid Yael German à la Knesset, le 21 novembre 2017. (Crédit : Yonathan Sindel/Flash90)

Yael German, une ancienne députée du parti Yesh Atid dirigé par l’actuel ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, et ancienne ministre de la Santé, sera la prochaine ambassadrice d’Israël en France.

Elle est l’une des personnalités politiques récemment nommées par Lapid, et le choix n’a pas fait l’unanimité.

La nomination de German est critiquée par certaines personnes impliquées dans les relations entre Israël et la France, y compris des membres de la communauté juive française. Officiellement, ils regrettent que la nouvelle ambassadrice ne parle pas couramment le français – une compétence considérée comme importante dans un pays bien connu pour son dédain de l’anglais. Néanmoins, il se pourrait en fait que cette opposition ait plus à voir avec les positions de gauche de German.

« C’est un signe de chutzpah« , a estimé Haim Arik Messika, un immigrant français actif dans les cercles francophones du Likud en Israël. « C’est de la chutzpah d’envoyer quelqu’un comme elle… Non seulement elle ne parle pas français, mais elle ne comprend pas la culture. Et elle ne comprend pas du tout la culture des Juifs français, ce qui est le plus grave. »

Messika a déclaré que les Juifs français étaient quelque peu uniques – « avec un cœur séfarade et un esprit ashkénaze » – et qu’ils se situaient en moyenne bien plus à droite que German.

Haim Arik Messika, en 2019. (Crédit : capture d’écran TF1)

« Si l’objectif du ministère des Affaires étrangères est d’envoyer la pire représentante, de manière à ce que personne ne veuille lui parler ou l’interviewer, alors vous pouvez me croire, il a atteint son but à 100 % », a estimé Messika.

« En France en particulier, la maîtrise de la langue est déterminante », a affirmé Maia Sion-Tzidkiyahu, directrice du programme consacré aux relations entre Israël et l’Europe au sein de Mitvim, un think-tank dont les activités se concentrent sur la politique étrangère. « Cette maîtrise est essentielle pour la capacité d’un ambassadeur à avoir recours, par exemple, aux médias. »

« Il est indubitable qu’elle jouit d’une très bonne réputation. Je pense qu’elle a inspiré une grande confiance », a poursuivi Sion-Tzidkiyahu. « Mais la nommer à un poste d’ambassadrice, en particulier en France, est problématique. »

Maia Sion-Tzidkiyahu. (Crédit : Mitvim – The Israeli Institute for Regional Foreign Policies / Facebook)

« Comment parviendra-t-elle à [améliorer l’image de l’État juif en France en faisant la promotion de la coopération culturelle, ce qui serait son objectif] en anglais ? », s’est interrogée Sion-Tzidkiyahu. « Si c’est son objectif, je garantis que cela va être extrêmement problématique. »

« C’est honteux d’avoir choisi quelqu’un qui ne parle pas français et qui ne connaît pas la communauté », a expliqué pour sa part Gil Taieb, vice-président du Conseil représentatif des Juifs de France.

Gil Taieb, en 2012. (Crédit : capture d’écran YouTube : GilTaieb)

« Quand on intervient à la télévision ou sur une station de radio en France, on ne parle pas anglais », a continué Taieb. « On veut quelqu’un qui parle français, quelqu’un qui pourra échanger facilement avec le journaliste. »

Sans même parler de ce problème pour apparaître dans les médias français, German passera la majorité de son temps en compagnie de diplomates et autres responsables français, a noté un universitaire israélien connaisseur de la politique française n’ayant pas voulu être cité.

« Mais comment allez-vous parler à tous ces gens ? », a-t-il interrogé. « Si vous allez au Quai d’Orsay et que vous y rencontrez le responsable pour le Moyen-Orient, ou le directeur-général du Quai d’Orsay, et si vous ne parlez pas parfaitement le français et que vous ne comprenez pas l’Histoire de la France, ou encore la mentalité des diplomates français, on ne va même pas vous regarder », s’est-il exclamé.

« C’est quelque chose que les Israéliens ne comprennent pas. La langue et la compréhension des codes culturels sont indispensables pour devenir diplomate en France », a-t-il continué.

« La langue est une question très, très sensible aux yeux des Français. C’est une fierté nationale », a-t-il poursuivi.

Yael German, députée du parti Kakhol lavan, prend la parole lors d’un événement de campagne à Haïfa, le 17 mars 2019. (Crédit : Flash90)

Certains font remonter l’extrême attachement des Français pour la langue au moment où la France avait commencé à perdre son statut de puissance mondiale – avec l’ascension constante du Royaume-Uni – après la défaite essuyée par Napoléon Bonaparte à Waterloo en 1815.

« C’est une question qui touche à leur fierté depuis », a estimé l’universitaire israélien.

Et c’est une question à l’égard de laquelle le gouvernement israélien a récemment affiché une certaine insensibilité. Lors de la cérémonie du 14 juillet, le président Isaac Herzog et le ministre de la Justice Gideon Saar se sont exprimés en anglais.

« Cela n’a fait que remuer le couteau dans la plaie », a remarqué l’universitaire. « Cela ne se fait pas. On ne parle pas en anglais lors d’une cérémonie française. »

« Je suppose que Lapid ne comprend pas la France, lui non plus… C’est une insulte », a-t-il jugé.

D’autres sont plus optimistes concernant le choix de German.

« Ce n’est pas la langue qui est le plus important », a commenté le porte-parole du ministère des Affaires étrangères israélien. « Elle a beaucoup d’autres qualités. Je pense qu’à la fin de son mandat, la communauté juive de France nous remerciera d’avoir envoyé Yael. C’est une femme étonnante, qui a réalisé de nombreuses choses et qui a des compétences relationnelles merveilleuses. »

Arié Bensemhoun, en 2017. (Crédit : capture d’écran YouTube : Maison de la Métropole Nice Côte d’Azur)

« Tous les diplomates parlent anglais », a renchéri Arie Bensemhoun, directeur d’ELNET-France, une organisation qui fait la promotion d’une relation forte entre Israël et l’Europe. « Cela ne sera pas un problème pour elle de mener sa mission ici, en France, en anglais. »

« Cela sera plus complexe s’agissant des médias », a-t-il reconnu. « Quand nous connaissons des crises, nous devons parler aux journalistes, que ce soit à la télévision ou à la radio. »

Néanmoins, a expliqué Bensemhoun, German « pourra compenser par sa personnalité, la manière dont elle mène sa mission et par son expérience ».

« C’est le choix du ministre. Nous l’acceptons tel qu’il est. Nous allons faire tout ce que nous pourrons pour que son mandat en France soit un succès, parce que nous en avons besoin. »

« Nous devons travailler avec celui ou celle qu’Israël nous enverra », a dit Taieb sur le même ton. « C’est l’ambassadeur d’Israël, ce n’est pas l’ambassadeur des Juifs français. »

« Si elle a besoin de nous, nous serons là », a-t-il promis.

En réponse à un article publié jeudi dernier sur Ynet, le bureau de Lapid a annoncé dans un communiqué que la maîtrise de la langue française n’était pas un critère de sélection pour le poste. Une source de son bureau a déclaré à Ynet que cette nomination avait pour objectif de refléter l’importance qu’a, pour Lapid, l’amélioration des liens avec le pays – parce qu’il envoie à travers German l’une de ses proches confidentes.

Yair Lapid, chef du parti politique Yesh Atid, lors d’une conférence de presse avec les députés Yael German et Miki Levy, devant la prison de Maasiyahu, à Ramle, dans le centre d’Israël, le 2 février 2015. (Crédit : Flash90)

« Ce qui est important, c’est que les Français sachent que Lapid a envoyé en France quelqu’un qui est à 100 % ‘à lui’ et que cela reflète l’importance qu’il attribue à la France et aux liens entretenus par cette dernière avec Israël », a continué la source. « German peut absolument décrocher le téléphone pour s’entretenir directement avec Lapid et il répondra. »

Selon certaines sources, les critiques de German viendraient des leaders juifs français de droite – notamment des alliés de l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu – qui tentent de nuire à Lapid et non pas de la base, plus diversifiée.

D’autres maintiennent que la communauté juive française en général n’est pas satisfaite du choix.

« Cela paraît étrange qu’Israël nomme quelqu’un qui ne parle pas français et qui a fait ses débuts au Meretz alors que les Juifs français sont considérés comme très à droite. Le clivage entre les Juifs français et Israël va probablement continuer à s’élargir pendant le mandat de Yael German », a prédit David Allouche, un Franco-Israélien qui a fondé le réseau des Jeunes diplomates.

David Allouche. (Crédit : capture d’écran YouTube : Eyrolles)

« Cela semble clairement être une compensation offerte à Yael German à qui le poste d’envoyée au Royaume-Uni avait été refusé, après que [Tzipi] Hotovely n’a pas voulu renoncer à sa fonction. En termes de logique, cette nomination n’a pas de sens pour la majorité des Juifs de France. »

Les Juifs français sont « livides », a déclaré l’universitaire israélien. « Ils pensaient qu’enfin, après plus de dix ans avec quelqu’un qui parle à peine le français, ils allaient enfin avoir quelqu’un qui puisse représenter Israël correctement. »

« Ils ont l’impression qu’Israël ne cesse de leur envoyer des personnes incapables de le faire. »

Yossi Gal, une personne nommée par Avigdor Liberman qui a été ambassadeur en France et à Monaco de 2010 à 2015, ne parlait pas français, et son successeur, Aliza Bin-Noun, le parlait suffisamment bien pour faire des interviews mais pas pour débattre.

La diplomate Ronit Ben Dor, qui sera l’adjointe de German à Paris, parle « un français pire que médiocre », selon l’universitaire.

« La numéro un et la numéro deux parlent à peine le français », a-t-il déploré. « Cela montre à quel point nous sommes pathétiques. »

Yael German. (Crédit : Yael German / Facebook)

Selon Maia Sion-Tzidkiyahu, son inexpérience diplomatique serait aussi problématique. « Elle a l’expérience gouvernementale », a t-elle déclaré. « Mais elle n’a pas l’expérience du ministère des Affaires étrangères. »

« Il aurait été préférable d’investir davantage de réflexion professionnelle. Le service des affaires étrangères est un service professionnel », a déclaré Sion. « La nomination de personnes à caractère politique peut parfois projeter une attitude dépréciative à l’égard du service extérieur, comme si n’importe qui pouvait accéder au poste d’ambassadeur. »

Longtemps maire de la ville de Herzliya, de 1998 à 2013, sous l’étiquette du Meretz, German a siégé à la Knesset de 2013 à 2020 dans les rangs de Yesh Atid puis de Kakhol lavan. Elle a démissionné en mars 2020 en raison de problèmes de santé – notamment un accident vasculaire.

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