Recours judiciaire contre la « solution mortelle » proposée pour une centrale à charbon à Hadera
Prévoyant de nombreux décès dus à la pollution, l'Association des villes de Sharon-Carmel et des ONG affirment que l'autorisation d'émissions modifiée viole la loi israélienne et les directives européennes
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Sue Surkes est la journaliste spécialisée dans l'environnement du Times of Israel.

L’Association des villes de Sharon-Carmel pour la qualité de l’environnement, qui représente 19 collectivités locales et près d’un million d’habitants, a déposé dimanche dernier un recours administratif auprès du tribunal de Jérusalem. Elle y réclame l’annulation immédiate d’une révision récente de l’autorisation d’émissions délivrée aux unités au charbon de la centrale électrique d’Orot Rabin, située à Hadera, dans le centre d’Israël.
Une requête similaire a été déposée la semaine dernière par les ONG environnementales Green Course et Home Guardians.
Orot Rabin, reconnaissable à ses cheminées caractéristiques, comprend six unités au charbon et deux unités au gaz, lesquelles disposent de leur propre autorisation d’émissions.
Sur les six unités alimentées au charbon, quatre (les unités 1 à 4) n’ont jamais bénéficié de filtres de type « épurateurs », qui sont pourtant la norme dans les centrales d’Europe occidentale.
Les unités 1 à 4 devaient fermer à la fin de l’année 2025. Mais en octobre 2025, le ministre de l’Énergie a décidé de prolonger leur exploitation jusqu’en 2028, en autorisant jusqu’à 500 heures de fonctionnement par an pour faire face à des situations exceptionnelles et d’urgence.
Cette décision s’inscrivait dans le contexte de la fermeture temporaire des champs gaziers de Tamar et de Léviathan suite au déclenchement de la guerre de Gaza, provoquée par l’invasion meurtrière du sud d’Israël par le Hamas le 7 octobre 2023, ainsi que dans celui de la fermeture des champs gaziers de Léviathan et de Karish pendant la guerre de 12 jours avec l’Iran, l’année dernière. Le gaz provenant de ces trois gisements représente plus de 70 % de l’approvisionnement d’Israël en électricité.
Des études universitaires menées ces 25 dernières années ont établi un lien entre la pollution au charbon causée par cette installation et 50 à 250 décès prématurés par an dans la région. Le premier chiffre, et le plus récent, a été avancé en 2016 par Itamar Grotto, alors directeur général du ministère de la Santé.
Dans son recours contre le ministère de la Protection de l’environnement et la Compagnie israélienne d’électricité (IEC), l’association a dénoncé la poursuite de l’exploitation de cette unité comme une violation grave de la loi sur la qualité de l’air et des directives européennes applicables.
Selon elle, le ministère de la Protection de l’environnement aurait dû soit refuser de délivrer un nouveau permis d’émission, soit, à tout le moins, conditionner la poursuite de l’exploitation à l’installation d’épurateurs, en fixant un calendrier pour la mise en œuvre de cette mesure.
Elle a en outre reproché au ministère d’avoir autorisé les unités à utiliser du charbon de moindre qualité, d’avoir assoupli les règles en matière d’émissions par rapport aux autorisations antérieures, et d’avoir approuvé des augmentations d’émissions bien supérieures aux limites fixées par les directives européennes. Par exemple, là où la directive européenne autorise des émissions de dioxyde de soufre de 150 microgrammes par mètre cube, l’autorisation modifiée pour Orot Rabin en autorise 1 400 microgrammes par mètre cube.
Dans un avis d’expert joint au recours, le Dr Ofir Lavon, toxicologue, a indiqué que la combustion du charbon était directement liée à l’asthme infantile, aux hospitalisations pour troubles respiratoires aigus, aux accidents vasculaires cérébraux et à l’accélération du déclin neurodégénératif.
Il a ainsi conclu : « Pour les quelques dizaines de jours de fonctionnement prévus des unités au charbon, nous assisterons à des dizaines de décès supplémentaires chaque année, en plus des milliers de décès prématurés liés à la pollution atmosphérique enregistrés tous les ans en Israël. De surcroît, chaque année au cours de laquelle les unités au charbon fonctionneront à la capacité prévue, il faut s’attendre à des dizaines, voire davantage, de nouveaux diagnostics de maladies cardiaques, vasculaires, d’accidents vasculaires cérébraux, de maladies pulmonaires et de démence, ainsi qu’à une augmentation de plusieurs centaines de passages aux urgences ou d’hospitalisations pour des cas aigus, de gravité variable, dus à des problèmes cardiaques, vasculaires et respiratoires. Une certaine augmentation, difficilement quantifiable avec précision, est également à prévoir dans le nombre de complications liées à la grossesse chez les femmes de la région (naissances prématurées, fausses couches et fœtus en insuffisance pondérale). »
En octobre, Yves Yakobovski, conseiller municipal de Hadera, a rapporté à la commission des Affaires intérieures et de l’Environnement de la Knesset que, dans le quartier de Hefsiba, « le linge étendu dehors noircit en quelques minutes. Les maisons et les voitures sont recouvertes de poussière de charbon« .
« On ne peut qu’imaginer les dégâts causés à leurs poumons, et les répercussions sur leur espérance de vie », a-t-il ajouté.
la Communauté du Times of Israël !







