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Rencontre avec le Juif boukharien qui a quitté Wall Street pour vendre des cornichons

Edward Ilyasov veut montrer aux autres membres de sa communauté que les carrières atypiques peuvent rapporter gros, tant en termes d'argent que d'épanouissement

Edward Ilyasov, 29 ans, a quitté son emploi dans la finance pour ouvrir un magasin de cornichons à plein temps après des années d'insatisfaction. (Crédit : autorisation/ via JTA)
Edward Ilyasov, 29 ans, a quitté son emploi dans la finance pour ouvrir un magasin de cornichons à plein temps après des années d'insatisfaction. (Crédit : autorisation/ via JTA)

New York Jewish Week via JTA – Première personne de sa famille née en Amérique, Edward Ilyasov a passé son enfance à Hillcrest, dans le Queens, à regarder des émissions de cuisine et à rêver de voyager dans le monde entier.

Dès son plus jeune âge, Ilyasov, 29 ans, a senti qu’il était destiné à faire quelque chose en dehors du chemin de vie que lui avaient tracé ses parents et sa communauté. Il savait qu’il ne voulait pas grandir et devenir pharmacien, dentiste, coiffeur ou bijoutier – des professions populaires parmi les juifs boukhariens du Queens, une communauté très soudée de quelque 70 000 Juifs russophones originaires d’Asie centrale.

Pourtant, en tant qu’enfant d’immigrants divorcés, le premier objectif de carrière d’Ilyasov était de gagner de l’argent. Ainsi, après avoir obtenu son diplôme de premier cycle au Queens College et une maîtrise en ingénierie financière à l’université de Columbia, Ilyasov s’est rendu à Wall Street pour travailler comme analyste financier pour la Deutsche Bank et la Santander Bank.

Mais au bout de cinq ans, malgré un salaire stable et l’approbation de ses parents, Ilyasov ne se sent pas satisfait. Il a donc décidé de passer des chiffres à quelque chose d’un peu plus satisfaisant : les cornichons.

L’idée a germé il y a trois ans, lorsqu’une tante d’Ilyasov lui a servi un cornichon maison croquant et d’une surprenante profondeur de goût. Ilyasov voulait la recette, mais sa tante n’a pu lui fournir que de vagues instructions – « un peu de ceci, un peu de cela », se souvient-il. « Vraiment, aucun chiffre ».

Ilyasov s’est donné pour mission de recréer cette saveur. En une semaine, il a posté sa version sur Instagram, où elle est devenue virale dans la communauté boukharienne. Ses amis qui ont entendu le craquement du cornichon dans la vidéo ont voulu l’essayer en personne, a-t-il dit. Ilyasov a donc fabriqué de petits bocaux pour eux. Au fur et à mesure que la nouvelle s’est répandue, il a commencé à vendre ses bocaux au prix de 5 dollars, et a fini par obtenir une liste d’attente de 600 commandes.

C’est ainsi qu’est né Uncle Edik’s Pickles (Les Cornichons de l’Oncle Edward). Bien que la fabrication de cornichons ait commencé comme un passe-temps – Ilyasov a bricolé les recettes en dehors des heures de travail, surtout pendant les premiers mois de travail à distance, lorsque la pandémie a commencé – elle est devenue une carrière. Ilyasov a quitté son emploi dans la finance et est devenu un « picklepreneuer » à temps plein en novembre 2020, vendant des bocaux de cornichons via Instagram et le bouche à oreille.

En octobre dernier, Ilyasov a emménagé dans une vitrine au 176-37 Union Turnpike à Fresh Meadows, juste en face de l’endroit où il a grandi. Après un mois passé à rattraper la liste d’attente, Uncle Edik’s Pickles a officiellement ouvert aux clients sans rendez-vous en novembre. Il emploie aujourd’hui cinq personnes dans le magasin et espère s’agrandir encore une fois qu’ils auront atteint un niveau de production qui ne sera pas épuisé chaque semaine.

« Ce n’est pas un cornichon typique – les gens sont habitués aux cornichons aigres ou demi-aigres », a déclaré Ilyasov à la New York Jewish Week. « Ces cornichons sont à base de vinaigre. Ils sont vieillis pendant environ une semaine dans un processus de vieillissement à froid. »

Les cornichons d’Ilyasov diffèrent des cornichons ashkénazes traditionnels que l’on peut encore trouver dans le Lower East Side, qui sont saumurés dans une solution d’eau salée pendant un à deux mois.

Pour un prix d’environ 25 à 31 shekels le bocal, Uncle Edik’s propose des cornichons ordinaires, habanero et épicés, ainsi que des tomates marinées. Jusqu’à présent, Edik’s a affiché complet chaque semaine depuis son ouverture. (Crédit : autorisation/ via JTA)

« Les cornichons restent vraiment croustillants », a déclaré Ilyasov à propos de sa méthode boukharienne. « Et, en même temps, ils sont toujours pleins de saveur grâce au délicat mélange d’épices ».

Pourquoi des cornichons ? Comme l’explique Ilyasov, ils sont un accompagnement traditionnel de nombreux plats boukhariens, tels que le plov – un plat unique de viande et de riz – ou le shish kebab. Ils sont également l’un des principaux composants des zakuska, des hors-d’œuvre marinés servis avec de la vodka, un plat traditionnel de fête.

« Il se présente comme un cornichon très haut de gamme », a déclaré Ilyasov à propos de ses créations, qui comprennent des saveurs ordinaires, épicées et habanero. D’un prix de vente d’environ 8 à 10 dollars, selon la saveur, le pot de cornichons de l’oncle Edik n’est pas un simple ajout à un sandwich. Il s’agit plutôt d’un mets délicat pour les repas spéciaux et les tables de Shabbat, ou d’un cadeau à offrir avec une bouteille de vodka.

Quant au nom, Ilyasov a expliqué qu’Edik est un diminutif d’Edward, et que « oncle » en russe est un honorifique similaire à « monsieur », et est généralement réservé aux membres plus âgés et respectés de la communauté. « Lorsque les gens prononcent le nom en russe, un respect subconscient y est associé », a-t-il déclaré. « Cela fait que l’entreprise est perçue comme quelque chose de prestigieux et de respectable ». (De plus, Ilyasov a ajouté : son neveu est né juste au moment où il a finalisé ses recettes).

Bien qu’Ilyasov considère les cornichons de l’oncle Edik comme la réalisation d’un rêve de toute une vie, il dit qu’il est surtout fier d’avoir prouvé à lui-même qu’une personne issue de la communauté boukharienne et un Américain de première génération peuvent trouver une carrière à la fois épanouissante et réussie.

Manashe Khaimov, professeur d’histoire juive boukharienne au Queens College, a déclaré qu’Ilyasov s’est vraiment fait connaître grâce à son compte Instagram de pickles, @uncle_ediks_pickles, où Ilyasov publie régulièrement des mises à jour sur son activité, des vidéos drôles et du matériel promotionnel. « C’est une véritable façon entrepreneuriale de vendre un produit », a déclaré Khaimov à la New York Jewish Week. « La communauté l’a vraiment célébré et soutenu ».

Ilyasov se considère comme une petite célébrité dans la communauté boukharienne. « Je suis probablement parmi les deux ou trois Boukhariens les plus connus de ma génération », a-t-il déclaré.

Tirant parti de son influence, Ilyasov se passionne pour les conseils de carrière à donner aux jeunes membres de sa communauté. Alors qu’il travaillait dans la finance, il a organisé une table ronde intitulée « Carrières boukhariennes non conventionnelles », où Khaimov et d’autres membres de la communauté ont conseillé des lycéens et des étudiants.

« Ils ne savent vraiment pas ce qui existe », a déclaré Ilyasov au sujet des adolescents de sa communauté. « Ils pourraient se diriger vers les médias, les sciences sociales, le graphisme, le droit. Même les médecins sont très rares. Les gens sont tellement concentrés sur le fait de fonder une famille dans notre communauté qu’ils ne s’efforcent pas vraiment d’embrasser des carrières risquées auxquelles ils ne pourraient peut-être pas accéder. »
« Donc pour moi, être capable de montrer qu’il est possible de gagner sa vie – une bonne vie et une vie amusante – en faisant quelque chose qui me passionne, comme les cornichons, signifie tout », a-t-il ajouté.

Épanouissant, peut-être. Mais lucratif ?

« Il est évident que je ne gagne plus autant qu’avant. Tout ce que j’ai investi, ce sont mes propres économies », a-t-il précisé. « Il va donc me falloir du temps pour rattraper ce retard. Mais épanouissant ? Oui. Cela a été une bénédiction. »

Ilyasov – dont les cornichons sont certifiés cashers par OK – est très conscient qu’il honore une tradition juive en ouvrant une entreprise de cornichons dans la ville. Certaines de ses interactions préférées, dit-il, ont été avec des clients plus âgés qui sont venus se souvenir de la centaine de types de cornichons différents que l’on pouvait trouver dans le Lower East Side.

« Avoir un endroit dans le Queens, en plein cœur d’un quartier très juif, pour redonner la possibilité de prendre un bocal avant le Shabbat, est très important », a-t-il déclaré.

Quant à ce qu’il fera ensuite, une fois qu’il aura atteint son potentiel en matière de cornichons ? « Je ne sais pas », a déclaré Ilyasov. « Peut-être la politique ensuite ».

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