Réouverture du dossier du viol présumé d’une fillette par un Palestinien
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Réouverture du dossier du viol présumé d’une fillette par un Palestinien

En coopération avec les procureurs, les responsables se penchent sur de "nouvelles informations" et recherchent des complices alors que des interrogations subsistent dans l'affaire

Vue de l'implantation de Modiin Illit, Février 2019 (Crédit : Flash90)
Vue de l'implantation de Modiin Illit, Février 2019 (Crédit : Flash90)

Deux jours après avoir inculpé un Palestinien pour le viol d’une fillette de sept ans, les responsables judiciaires ont expliqué mardi que « de nouvelles informations » avaient émergé dans le dossier qui réclament un travail d’enquête supplémentaire de la part de la police.

Un communiqué conjoint émis par les forces de l’ordre et l’armée a indiqué que cette initiative est survenue « afin d’enquêter sur les soupçons portant sur d’autres individus qui seraient impliqués dans ce crime et au vu des nouvelles informations reçues à l’issue de la médiatisation du dossier ».

Ces derniers mois, le travail d’investigation avait été mené par le commissariat de police de Modiin Illit. Mais, au vu des récents événements, l’enquête a été dorénavant confiée à l’unité spéciale – plus importante – chargée des enquêtes au sein du district de Judée et Samarie.

Le communiqué a précisé que cette décision avait été prise en coopération avec les hauts-responsables du parquet et notamment avec le procureur d’Etat Shai Nitzan « au vu de la sensibilité du dossier ».

Le chef de l’unité des enquêtes nationales de la police, Gadi Siso, s’est également personnellement saisi de cette affaire en raison de son caractère sensible.

Les médias israéliens ont fait savoir que la police s’intéressait à l’implication possible du suspect, Mahmoud Qadusa, dans une autre affaire. Un responsable judiciaire a confirmé que le service du Shin Bet pourrait s’investir dans le dossier.

Au cours de ces derniers jours, des interrogations ont émané concernant les détails des accusations lancées à l’encontre de Qadusa, qui a été arrêté il y a un mois et demi.

L’enquête avait été mise sous embargo et elle n’a été rendue publique que dimanche avec l’annonce par la police de l’inculpation de Qadusa, un homme de 46 ans originaire du village de Dir Kadis, dans le centre de la Cisjordanie, pour l’enlèvement et le viol d’une petite fille dans une implantation ultra-orthodoxe.

Selon l’acte d’inculpation, Qadusa avait commencé à travailler comme agent d’entretien dans une école de l’implantation, au début de l’année. Il avait établi des premiers liens avec sa victime en lui donnant des bonbons. S’appuyant largement sur le témoignage livré par la petite victime, la police s’est trouvée dans l’incapacité de déterminer le jour, la semaine ou le mois exact où le viol présumé aurait eu lieu.

L’acte stipule que l’incident serait survenu « entre le mois de février et le mois d’avril ».

Le suspect est par ailleurs accusé d’avoir demandé à l’enfant de venir avec lui dans une habitation située à proximité de l’école. Lorsqu’elle a refusé, Qadusa a traîné la petite fille en pleurs vers l’habitation contre sa volonté, précise l’acte.

La maison concernée se trouvait à approximativement un kilomètre de l’établissement scolaire qu’elle aurait été ainsi contrainte de quitter, en larmes.

A leur arrivée dans l’habitation, dit l’acte d’inculpation, le suspect aurait immobilisé la fillette au sol avec l’aide de deux amis – qui connaissaient également la petite victime. Il l’aurait déshabillée et violée tandis que les deux hommes la maintenaient à terre en riant.

Un résident israélien de Modiin Illit, qui connaît Qadusa depuis huit ans, a douté mardi que ce dernier soit coupable.

Une habitation de Modiin Illit où aurait eu lieu le viol d’une fillette de sept ans (Capture d’écran : YouTube)

« En ce qui concerne les procureurs, la petite fille a été sans équivoque et ils ont dorénavant un suspect. Donc ils ne se préoccupent plus du reste », a déclaré l’homme qui n’a pas été identifié devant les caméras de la Treizième chaîne.

Il s’est également interrogé sur le parcours emprunté par Qadusa et la fillette alors qu’il l’emmenait de force vers un bâtiment de la ville juive – un parcours au cours duquel l’enfant aurait résisté et pleuré – et qui se trouve à au moins 15 minutes de marche de l’école.

« Un Arabe marchant en plein jour avec une fillette pendant un quart d’heure, en la forçant alors qu’elle tombe et qu’elle pleure, comme le précise l’acte d’inculpation – c’est impossible », a-t-il estimé.

L’enquêtrice pour mineurs qui a questionné la victime a écrit dans des notes obtenues par le Times of Israel que l’enfant n’avait pas pu identifier le suspect, disant seulement qu’il travaillait au sein de son école. L’enquêtrice s’est référé à son témoignage en le qualifiant de « faible et incomplet ».

Le dossier contre Qadusa s’est basé sur le témoignage de la victime qui l’avait ultérieurement désigné du doigt, au sein de l’établissement scolaire, alors qu’il se trouvait avec un autre adulte. Ce dernier n’a jamais été interrogé par la police, a confirmé un responsable proche de l’enquête.

L’enquêtrice a écrit qu’elle avait eu des « difficultés à évaluer la fiabilité du processus d’identification du suspect ».

Toutefois, la police a inculpé l’homme après un test au détecteur de mensonge qui a déterminé que Qadusa mentait quant il rejetait les accusations à son encontre. Un deuxième test au détecteur de mensonge n’a pas permis d’obtenir des résultats concluants. Aucune preuve de type médico-légal le liant au viol présumé n’existe actuellement.

Le responsable proche de l’enquête a expliqué que la victime n’avait été examinée par un médecin que cinq jours après avoir raconté l’incident à ses parents, qui avait eu lieu plus d’une semaine auparavant. Elle n’avait pas été examinée par un clinicien ni par un responsable médical agréé pour déterminer la véracité du viol.

Lors d’une audience qui a eu lieu au début du mois, avant l’inculpation de Qadusa, un représentant de la police avait initialement indiqué devant le tribunal militaire de Judée que le viol était survenu dans l’habitation du suspect et il en avait précisé le jour et l’heure.

Selon le responsable qui s’est entretenu avec le Times of Israel, l’accusé avait immédiatement fait objection, clamant qu’il avait un alibi prouvant qu’il se trouvait à ce moment-là dans une habitation de l’implantation, à proximité de l’école.

Un alibi qui avait été ultérieurement confirmé par un résident de la ville, qui avait expliqué à la police qu’il avait embauché Qadusa pour réaliser des travaux de construction dans l’appartement dont il était propriétaire.

Lors de l’audience suivante, lorsque l’acte d’inculpation avait été émis, la police avait réexaminé son récit, déclarant que le viol avait eu lieu dans l’appartement où Qadusa travaillait – et non dans sa maison de Dir Kadis, comme cela avait été initialement prétendu. Elle avait noté que le moment exact de l’agression n’avait pas été déterminé.

L’avocat représentant Qadusa a expliqué mardi que son client était accusé à tort et que le sentiment anti-arabe était à l’origine du procès qui lui était intenté.

Nashaf Darwish a déclaré aux journalistes lors d’une audience devant le tribunal militaire de Judée que la version des faits de l’accusation « ne tient pas la route » et s’est dit confiant de ce que l’innocence de son client serait reconnue par la justice dans les prochains jours.

Nashaf Darwish. (Autorisation)

Darwish a déclaré que la police n’a pas été en mesure de trouver des témoins oculaires – y compris les deux agresseurs mentionnés dans l’acte d’accusation – pour corroborer l’histoire de la fillette.

L’avocat du suspect a critiqué les députés pour la rhétorique utilisée à l’encontre de son client.

« Parce qu’il est arabe, il ne mérite pas la présomption d’innocence ? », s’est-il interrogé.

« Il est possible que l’identification par la victime [de l’accusé] ait été influencée par les conversations que la famille a eues avec la petite fille avant que la police n’entre en scène », a indiqué Darwish en citant le compte-rendu de l’enquêteur.

Alors qu’un fonctionnaire de police a déclaré lundi que l’agression ne semblait pas présenter de mobile de type nationaliste, un nombre croissant d’hommes politiques de droite ont demandé qu’elle soit traitée comme une attaque terroriste. Certains députés, dont le chef du parti Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, et le ministre des Transports, Bezalel Smotrich, ont exigé que Qadusa soit exécuté.

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