Retour des étudiants étrangers en Israël, mais pas des étudiants des yeshivot
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Retour des étudiants étrangers en Israël, mais pas des étudiants des yeshivot

Chercheurs post-doctorants, étudiants en médecine et ceux pour qui l'enseignement à distance n'est pas possible auront des dortoirs spéciaux de quarantaine dans les universités

Étudiants sur le campus Givat Ram de l'Université hébraïque de Jérusalem, le 27 octobre 2014. (Miriam Alster/FLASh90)
Étudiants sur le campus Givat Ram de l'Université hébraïque de Jérusalem, le 27 octobre 2014. (Miriam Alster/FLASh90)

Les étudiants étrangers inscrits dans les universités israéliennes ont commencé à revenir dans le pays en vertu des directives récemment assouplies du ministère de l’Intérieur, alors même que leurs homologues inscrits dans les yeshivas ici ont vu leur autorisation de retour soudainement annulée, ce qui a provoqué confusion et colère.

Dans les universités du pays, les administrateurs ont mis en place des installations de quarantaine spéciales pour permettre aux rapatriés – principalement des étudiants de troisième cycle, des post-doctorants et des étudiants en médecine dont le visa est encore valide – de passer leur période de quarantaine de deux semaines sur le campus, conformément à la réglementation publiée par le ministère de l’Intérieur le 25 mai.

De nombreux étudiants étaient retournés dans leur pays d’origine pendant les premières phases de la pandémie du COVID-19.

La nouvelle réglementation s’appliquait initialement aux universités, aux collèges universitaires et aux yeshivot ainsi qu’à divers programmes MASSA et Naaleh. MASSA est un projet conjoint des fédérations juives, de l’Agence juive et du gouvernement israélien qui gère une variété de programmes éducatifs et de bénévolat en Israël qui durent généralement entre cinq mois et un an ; Naaleh est un programme de l’Agence juive grâce auquel les adolescents de la diaspora peuvent terminer leurs études secondaires en Israël.

Un employé portant des vêtements de protection désinfecte un gymnase du centre sportif de l’université de Tel Aviv, le 6 mai 2020. (Flash90)

Le retour d’un étudiant en Israël dépend de sa déclaration de santé et de son acceptation d’être immédiatement mis en quarantaine sur le campus. Les universités sont tenues de traiter directement avec le ministère de l’Intérieur pour obtenir une autorisation pour leurs étudiants, ainsi que pour assurer le transport depuis l’aéroport et veiller à ce que leurs besoins soient satisfaits afin qu’ils n’aient pas à sortir pendant leur période de confinement.

Les universités israéliennes « travaillent avec diligence pour s’assurer qu’elles sont en conformité avec toutes les réglementations du ministère de la Santé et sont en même temps intéressées à faire revenir les étudiants pour s’assurer qu’ils bénéficient d’une expérience adéquate et poursuivent leurs études », a déclaré Marissa Gross Yarm, responsable des affaires des étudiants internationaux au Conseil de l’enseignement supérieur, au Times of Israel.

Et si une grande partie de la vie universitaire s’est déroulée en ligne, tout ne peut pas être fait à distance, a-t-elle déclaré.

Amanda Katz. (Autorisation)

Certains étudiants, comme Amanda Katz, ont été autorisés à revenir avant même que les nouvelles directives ne soient officiellement rendues publiques. Étudiante en médecine de 25 ans originaire de Toronto, Amanda Katz est actuellement inscrite à la Sackler School of Medicine de l’université de Tel Aviv, où elle effectue des stages cliniques.

Elle est rentrée au Canada en mars sur l’un des derniers vols avant qu’Israël ne ferme la plupart des vols d’entrée et de sortie du pays et est revenue il y a trois semaines sur un vol avec 11 autres étudiants.

Au début, il y avait « beaucoup d’incertitude concernant le retour en Israël et si nous devions aller dans des hôtels de quarantaine ou rentrer chez nous » à l’université, a-t-elle dit.

« Nous sommes allés directement de l’aéroport à nos dortoirs et avons été accueillis par quatre superviseurs et nous avons récupéré nos chambres. Ils nous ont préparé des colis de première nécessité et lorsque nous sommes arrivés dans nos chambres, nous avons trouvé de nouveaux draps et oreillers, des casseroles et tout ce dont nous avions besoin pour deux semaines ».

Qualifiant les deux semaines d’isolement d’“expérience beaucoup plus agréable” qu’elle ne l’aurait imaginé, Mme Katz a fait l’éloge de son université qui « a fait tout son possible pour s’assurer que nous étions à l’aise et a milité pour notre retour dans le pays ».

Une chambre du Maiersdorf Faculty Club de l’Université hébraïque qui a été réservée pour servir d’hôtel coronavirus aux étudiants étrangers de retour au pays. (Sam Sokol)

« Je dirais que nous sommes peu nombreux », a-t-elle déclaré lorsqu’on lui a demandé combien d’autres étudiants étrangers commençaient à revenir. « Mon dortoir comptait environ 12 personnes et je crois que plusieurs jours après il y avait un autre groupe d’étudiants, environ 8 à 12 ».

Selon Maureen Meyer Adiri, directrice internationale de l’université de Tel Aviv, quelque 650 étudiants étrangers sur environ 1 300 sont partis pendant la pandémie. Trente-cinq d’entre eux sont déjà rentrés, et 65 autres ont demandé à le faire.

L’université, dit-elle, a la capacité de mettre en quarantaine jusqu’à 50 étudiants à la fois.

Le défi, cependant, n’est pas la capacité mais plutôt la logistique du voyage aérien, a-t-elle ajouté, notant qu’un certain nombre d’étudiants ont vu leur vol annulé, ce qui a empêché leur retour.

Un étudiant qui a tenté de revenir mais n’a pas pu le faire est le Dr Ayan Mukherjee, un chercheur post-doctoral de l’université Bar-Ilan qui mène des recherches sur les piles rechargeables et qui est parti en mars pour affronter la pandémie avec sa famille.

Dr. Ayan Mukherjee. (Autorisation)

« C’est vraiment très ennuyeux », a-t-il déclaré lors d’un entretien téléphonique depuis son domicile à Durgapur, en Inde, ajoutant qu’il y a au moins 40 à 50 étudiants indiens qui essaient de rentrer en Israël. « Il y a beaucoup d’étudiants en doctorat et en master qui veulent obtenir leur diplôme », a-t-il dit.

Mais s’ils ont tous une autorisation officielle de rentrer, « en raison de l’annulation des vols, nous ne pouvons pas y aller ».

Contacté, le Centre national des étudiants francophones en Israël regrette les difficultés rencontrées par ses étudiants.

« Depuis que certains vols ont repris, les directives ont changé quotidiennement, les allers-retours administratifs entre le misrad apnim, misrad ahoutz et misrad abriout [sont incessants], et personne ne sait quoi faire. Donc la conclusion est de ne pas octroyer d’autorisation de retour », a rapporté le directeur du CIO de l’association étudiante. Il estime également que les instituts, écoles et universités, auxquels a été donnée la responsabilité des retours, ne sont pas formés afin de pouvoir gérer cela.

« Nous recevons régulièrement des demandes de directeurs de programmes, ou d’étudiants qui voudraient savoir comment faire pour revenir en Israël » mais qui ne le peuvent pas encore, a-t-il écrit.

Selon une porte-parole de l’université Bar-Ilan, la plupart de leurs étudiants étrangers ont choisi de rester en Israël pendant la crise et que l’université aide les étudiants désireux de rentrer « à trouver un endroit approprié dans les dortoirs de l’université pour les mettre en quarantaine ».

Fabian Hoelzgen, un étudiant allemand qui prépare un doctorat en sciences de la vie à l’université Ben Gurion du Néguev, est l’un des étudiants étrangers qui sont restés sur place.

Il a dit que ses colocataires israéliens étaient retournés vivre chez leurs parents et qu’à mesure que le campus se vidait, il s’est retrouvé de plus en plus isolé.

« C’était une sensation complètement différente parce que je travaillais seul au laboratoire et restais seul dans l’appartement, mais pour moi, l’évasion était le travail, donc je travaillais plus », dit-il. « Je suis heureux que finalement de plus en plus d’étudiants reviennent ».

« Nous avons transformé un des dortoirs de Beer Sheva en une unité de quarantaine de 14 jours et nous avons un bâtiment à Sde Boker où nous avons un autre campus et une importante population d’étudiants internationaux », a déclaré le porte-parole de l’université, Ehud Zion-Waldoks.

Un bâtiment de Sde Boker transformé en dortoir de quarantaine temporaire par l’université Ben Gurion. (Dani Machlis/BGU)

« Quand ils sont en quarantaine, nous pourvoyons à tous leurs besoins (puisqu’ils ne peuvent pas sortir, évidemment). Ils ont la responsabilité de prendre leur température et de signaler tout symptôme. Certains étudiants sont déjà passés par ce processus et ont repris leurs études et leur appartement ou dortoir ».

Cependant, en raison de la rareté des vols internationaux, a-t-il dit, l’université a commencé à mettre en ligne un maximum de ses programmes d’études.

À l’université hébraïque de Jérusalem, les administrateurs ont transformé environ 23 chambres du Maiersdorf Faculty Club du campus du Mont Scopus en un hôtel temporaire pour le coronavirus.

« Nous avons établi une liste d’endroits où ils peuvent commander de la nourriture et qui sont en mesure de livrer de la nourriture ou des produits d’épicerie », a déclaré Limor Levy, coordinateur des liaisons internationales de l’Université hébraïque.

« Le processus de collaboration avec le ministère de l’Intérieur a commencé il y a deux, trois semaines et depuis le début du processus, il fonctionne vraiment bien. »

La plupart de ceux qui reviennent sont des chercheurs post-doctoraux et des doctorants engagés dans des travaux de recherche et de laboratoire qui nécessitent une présence physique sur le campus, a-t-elle expliqué. Ceux qui ne le sont pas peuvent assister aux cours via Zoom.

« Les étudiants israéliens ne sont pas là, il n’y a donc aucune raison que les étudiants étrangers soient là aussi », a-t-elle expliqué.

Alors que le nombre de cas actifs de COVID-19 en Israël a considérablement diminué, ce qui a incité le Premier ministre Benjamin Netanyahu à commencer à rouvrir le pays au début du mois dernier, les dernières semaines ont vu une résurgence du virus, ce qui fait craindre à de nombreux Israéliens que si la situation devait encore se détériorer, les restrictions pourraient être remises en place.

« Nous sommes toujours inquiets car la situation n’est pas claire et nous ne savons pas ce qui se passera dans deux semaines », a déclaré M. Levy. « Nous vivons des temps vraiment incertains. »

Confusion concernant les yeshivot

Cela est certainement vrai pour les yeshivot.

Bien qu’initialement inclus dans la nouvelle réglementation, le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri a annoncé mercredi dernier qu’il mettrait fin à l’entrée des étudiants célibataires de yeshivot dans le pays « en raison de l’aggravation de l’épidémie de coronavirus en Israël ».

Juifs ultra-orthodoxes à la yeshiva Habad-Loubavitch, à Safed, le 13 août 2018. (David Cohen/Flash90)

L’Administration de la population et de l’immigration (PIBA) a refusé de donner des précisions sur les raisons de cette décision, qui autorise la poursuite de l’entrée des étudiants mariés inscrits dans les kollel, ou les yeshivot pour les étudiants mariés.

Le nouveau règlement a été publié alors que sept étudiants de yeshiva, dont trois fréquentant la yeshiva Har Etzion à Alon Shvut, étaient à bord d’un vol en provenance de New York, a déclaré au Times of Israel une source proche de ce dossier.

Au moment du débarquement, ils se sont vus refuser l’entrée en Israël jusqu’à ce que les administrateurs de leur yeshiva interviennent auprès du ministère de l’Intérieur et qu’ils soient autorisés à aller en quarantaine à l’hôtel Dan à Jérusalem, a-t-il dit.

« Ils peuvent être transférés ou ne pas être transférés à la yeshiva », a déclaré la source. « C’est l’heure des amateurs au ministère de l’Intérieur. »

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