Retour sur la cérémonie d’inauguration de l’ambassade américaine
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Retour sur la cérémonie d’inauguration de l’ambassade américaine

L'ambassade américaine a été inaugurée en présence de pasteurs et de politiciens qui ont remercié Dieu pour le courage du président et sa reconnaissance de la capitale d'Israël

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le public écoute l'allocution pré-enregistrée de Donald Trump durant l'inauguration de l'ambassade américaine à Jérusalem, le 14 mai 2018 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le public écoute l'allocution pré-enregistrée de Donald Trump durant l'inauguration de l'ambassade américaine à Jérusalem, le 14 mai 2018 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Malgré l’atmosphère festive, les personnes invitées lundi à l’inauguration de l’ambassade américaine à Jérusalem étaient au courant des violences meurtrières qui se déroulaient parallèlement le long de la frontière entre la bande de Gaza et Israël.

Alors qu’ils attendaient l’arrivée des VIP et le début des festivités, ils étaient nombreux dans le public à recevoir des notifications sur la situation à la frontière sud. Certains regardaient les informations en direct sur leurs téléphones, tenant leurs conjoints au courant du bilan qui s’alourdissait. Il y avait une tension palpable à mesure que le nombre de morts augmentait, il devenait évident que la violence aurait davantage d’implications que quelques gros titres éphémères.

Mais les participants ont été clairs sur le fait qu’ils ne laisseraient pas les violences à la frontière de Gaza gâcher la fête. Ils avaient fait la queue et traversé plusieurs contrôles de sécurité pour arriver à la nouvelle ambassade, dans le quartier d’Arnona et pour fêter ce qu’ils ressentaient être un moment unique dans l’Histoire du peuple juif.

« Quel jour glorieux ! Souvenez-vous de ce moment. C’est un moment historique », a déclaré le Premier ministre Benjamin Netanyahu au début de son discours, tentant de communiquer un sentiment collectif aux 800 convives, principalement des sympathisants du président américain Donald Trump, souvent équipés de casquettes bleues et rouges à l’effigie du logo de l’ambassade qui ont été remises à l’entrée.

« Président Trump, en reconnaissant l’Histoire, vous êtes entré dans l’Histoire », a poursuivi Netanyahu.

Jared Kushner, genre du président et haut-conseiller, a été le seul à évoquer Gaza, sur une dizaine d’orateurs « Les manifestations du mois dernier, et même celles d’aujourd’hui », a-t-il dit, « prouvent que ceux qui provoquent la violence font partie du problème, et non pas de la solution ».

Le secrétaire d’Etat Steve Mnuchin et Ivanka Trump dévoilent la plaque durant l’inauguration de l’ambassade américaine à Jérusalem, le 14 mai 2018. (Crédit : AFP/ Menahem KAHANA)

Malgré la couverture médiatique internationale à écrans partagés, l’inauguration de l’ambassade d’une part, et les émeutes à Gaza de l’autres, l’évènement qui s’est déroulé à Arnona était une victoire pour Trump et ses sympathisants.

Le président a même surpassé le nombre de mentions du roi David, pourtant plusieurs fois évoqué pour son rôle de fondateur de Jérusalem comme capitale juive.

Orateur après orateur, tous ont salué sa décision de reconnaitre Jérusalem comme capitale d’Israël et son retrait de l’accord sur le nucléaire iranien, et ont décrit Trump comme un Messie des temps modernes, qui a courageusement défendu la vérité là où les mensonges faisaient loi, comme un dirigeant à la stature historique, qui protège les intérêts d’Israël et des États-Unis comme personne.

De nombreux invités applaudissaient à la simple mention du président américain Donald Trump, d’autres scandaient son nom à la façon d’une pop star dont ils réclamaient un rappel sur scène.

« Nous voulons vous remercier pour l’incroyable leadership de notre président, Donald J. Trump », a déclaré le pasteur Robert Jefress, durant sa bénédiction, en s’adressant à Dieu.

« Sans la détermination du président Trump, sa fermeté et son courage, nous ne serions pas là aujourd’hui’, a poursuivi le pasteur controversé.

« Et je pense que je parle au nom de nous tous quand je dis que je vous remercie tous les jours de nous avoir donné un président qui assume de se tenir du bon côté de l’Histoire, mais qui, et c’est le plus important, se tient à Vos côtés, quand il s’agit d’Israël. »

Une controverse s’est déclenchée autour de la participation de Jefress à l’inauguration de l’ambassade, qui a par le passé dit que « les juifs souffriraient en enfer pour toujours » et que « le mormonisme est une hérésie ».

Durant la cérémonie, personne ne semblait offusqué, mais le rabbin du mouvement Habas Zalman Wolowick, ancien compagnon d’étude de l’ambassadeur des États-Unis en Israël David Friedman, qui a également donné sa bénédiction, a semblé surpris quand Jefress a salué « le prince de la Paix, notre seigneur Jésus ».

La bénédiction de fin du pasteur John Hagee, quelques 90 minutes plus tard, portait sur le même thème : « nous vous remercions, notre seigneur, pour le courage du Donald Trump à reconnaitre une vérité établie il y a 3 000 ans, que Jérusalem est et sera toujours la capitale du peuple juif », a-t-il dit face à un tonnerre d’applaudissements et des Amen retentissants.

Trump s’est également adressé à Dieu dans sa vidéo pré-enregistrée.

« Puisse-t-il y avoir la paix. Puisse Dieu bénir l’ambassade. Puisse Dieu bénir ceux qui y travaillent. Et puisse Dieu bénir les États-Unis d’Amérique », a-t-il dit, avant de souhaiter à tous une « excellente journée ».

La foule s’est levée pour une dizaine de standing ovations durant l’heure et demie qu’aura durée la cérémonie, qui, fait assez exceptionnel pour un évènement israélien, a terminé avec 4 minutes d’avance sur le programme.

Netanyahu n’a surpris personne en se répandant en éloges sur Trump, le comparant au britannique Arthur Balfour, qui avait reconnu au peuple juif le droit à un foyer national en Palestine mandataire, et à Harry Truman, le premier chef d’État à avoir reconnu l’État d’Israël il y a 70 ans.

« Merci, président Trump, d’avoir eu le courage d’honorer vos promesses », a-t-il dit.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’adresse au public lors de l’inauguration du nouveau bâtiment de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem, le 14 mai 2018 (Capture d’écran : Hadashot).

Le président Reuven Rivlin a remercié « les nombreux membres du Congrès, républicains et démocrates, démocrates et républicains, pour leur amour et leur soutien à Israël ».

Pourtant, ce n’était clairement pas un évènement bipartisan.

Dix membres de la Chambre des Représentants, quatre sénateurs et un gouverneur étaient présents, mais aucun d’eux n’était démocrate.

« J’espère que les membres démocrates avaient des difficultés [d’emploi du temps] et qu’ils devaient être ailleurs », avait déclaré quelques heures plus tôt le sénateur démocrate Joe Lieberman au Times of Israel lundi. « J’espère qu’ils ne voient pas cela comme une sorte de manifestation pro-Trump dans Jérusalem. Ce n’est pas le cas. C’est une manifestation pro-amitié américano-israélienne. Et cela célèbre la force de notre relation. »

Sheldon Adelson et son épouse Miriam arrivent pour l’inauguration lors de l’ambassade américaine à Jérusalem, le 14 mai 2018. (Crédit : AFP/MENAHEM KAHANA)

On ne peut que se demander si Lieberman est toujours de cet avis. Parce que les démocrates et autres libéraux étaient absents, non seulement de la délégation, mais également de la foule, qui étaient quasiment exclusivement composée d’Américains et d’Israéliens qui entretiennent des liens étroits avec le parti républicain ou les groupes pro-Israël de droite.

Le rabbin David-Seth Kirshner, qui est venu spécialement de Closter, dans le New Jersey, s’est décrit comme « un démocrate de gauche ».

« Je me suis élevé contre certaines choses que Trump a faites, qui me faisaient honte en tant qu’Américain et en tant que Juif. Mais aujourd’hui, nous devons célébrer sa reconnaissance de Jérusalem en tant que capitale », a-t-il dit.

Le rabbin David-Seth Kirshner, de New Jersey, à l’inauguration lors de l’ambassade américaine à Jérusalem, le 14 mai 2018. (Crédit : Raphael Ahren/TOI)

Kirshner, un rabbin conservateur qui préside le Board of Rabbis de North Jersey, et qui a été personnellement invité par Friedmann, a indiqué que le Jerusalem Embassy Act, avait été adopté en 1995 avec le soutien des démocrates et des républicains. L’an dernier, 90 sénateurs ont réaffirmé le contenu de cette loi, à l’unanimité absolue, a-t-il rappelé.

« Je me sens un peu comme un cheveu sur la soupe », a-t-il dit, soulignant le fait qu’il était entouré de gens tels que Sheldon Adelson, Mike Huckabee, Morton Klein et Marc Zell.

« Mais je ne voudrais être nulle part ailleurs en ce moment. J’ai une place au premier rang de l’Histoire », a-t-il dit métaphoriquement, étant donné qu’il était assis au fond. « Je n’étais pas né en 1948, ni en 1967, mais aujourd’hui, c’est une étape de plus dans le miracle, et je ne vais pas la manquer. »

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