Retour sur l’ouverture inspirée du festival du film de Jérusalem
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Retour sur l’ouverture inspirée du festival du film de Jérusalem

La première mondiale du récit romancé de l'ascension et de la corruption du parti Shas a été chaleureusement applaudie par le public plutôt refroidi de Jérusalem

Shuli Rand (au centre) dans le rôle de Yakov Cohen, et ses deux partenaires dans la fondation du parti Shas (romancés) dans le film "The Unorthodox", présenté en première au festival du film de Jérusalem, le 26 juillet 2018 (Autorisation)
Shuli Rand (au centre) dans le rôle de Yakov Cohen, et ses deux partenaires dans la fondation du parti Shas (romancés) dans le film "The Unorthodox", présenté en première au festival du film de Jérusalem, le 26 juillet 2018 (Autorisation)

Des milliers d’amoureux du grand écran se sont rassemblés à la piscine du Sultan jeudi soir pour l’ouverture du 35e festival du film de Jérusalem – une soirée animée par l’acteur Lior Ashkenazi, marquée par l’absence de la ministre de la Culture Miri Regev et dominée par la première mondiale brillante d’un film d’un réalisateur de Jérusalem qui retrace le récit à peine romancé de l’ascension du parti orthodoxe Shas.

Regev, ministre très impopulaire auprès d’une grande partie de la communauté du cinéma pour ses efforts visant à imposer ses préférences politiques à l’industrie locale, avait été huée à l’occasion d’événements précédents. Et cela a encore été le cas en son absence, lorsqu’elle est apparue sur l’écran géant lors d’une séquence dans laquelle elle a évoqué l’importance du cinéma israélien et fait savoir quel était son film favori aux côtés du maire Nir Barkat, du candidat à la mairie Zeev Elkin, qui est aussi le ministre actuel des Affaires de Jérusalem, et de la chef de la fondation Anat Tzur.

Barkat a choisi « Autant en emporte le vent ». Regev, « Casablanca ». Pour Tzur, ça a été « Someone to Run With ». Elkin n’a pour sa part pas cité de préférence.

Au programme de cette fête du grand écran qui a commencé jeudi matin et qui durera onze jours, la projection de 180 oeuvres tournées dans 60 pays ainsi que des concours, des ateliers, des rencontres avec des réalisateurs et même, pour la première fois, un cinéma itinérant chargé sur un camion qui se rendra dans les différents quartiers de Jérusalem.

Miri Regev, ministre de la Culture, huée au Festival du film de Jérusalem, le 8 juillet 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Le film d’ouverture projeté lors de cette soirée de gala, jeudi soir, a été la première projection de « The Unorthodox », un film chaleureusement applaudi et écrit et réalisé par Eliran Malka.

Habilement écrit et prodigieusement interprété, c’est le récit – proche de la réalité – de la fondation du parti politique séfarade Shas, des injustices et des discriminations qu’il voulait mettre au défi, de ses premiers succès au début des années 1980, de sa réussite ultime lorsqu’il a remporté 17 des 120 sièges de la Knesset en 1999, et de ses conflits internes et de la corruption qui ont teinté ses coulisses.

Pour davantage d’informations sur le 35ème festival du film de Jérusalem, lisez : Le grand écran à l’honneur au 35e festival du film de Jérusalem

Avec Shuli Rand dans le rôle de Yaakov Cohen, cet habitant de Jérusalem endeuillé dont le personnage a été – selon toute vraisemblance – romancé et qui a été la force fondatrice du parti, le film est parvenu à faire l’unanimité dans un public bien mélangé d’orthodoxes et de laïcs, et à les maintenir dans leurs sièges tout au long d’une soirée devenue bien froide.

Le film est écrit et interprété d’une manière si sympathique, en effet, que les spectateurs partagent le soulagement éprouvé par le personnage lorsque le parti Shas parvient à s’enregistrer avec quelques minutes d’avance pour les élections locales de 1983.

Un grand nombre a ri avec empathie devant les références passionnées aux Bee Gees (Des Juifs, qui l’aurait cru ?…) . Et il y a eu même des soupirs de délice lorsqu’un fax écrit par un rabbin ashkénaze, offrant une approbation vitale, arrive enfin.

Sans surprise, tout devient ensuite un peu amer – pas de spoiler ici pour tous ceux qui sont familiers de la politique israélienne en général et avec Shas en particulier. Mais le film est tendrement et merveilleusement raconté et Rand, lui-même ultra-orthodoxe, est immensément appréciable et authentique.

« The Unorthodox » est un conte de moralité, à la fois aimant et critique, et les applaudissements lors du générique de fin sont véritablement venus du coeur.

Rand et le directeur Malka — qui a également créé « Shababnikim », la série télévisée lauréate diffusée sur HOT et consacrée à des étudiants de yeshivot aux tendances égocentriques à Jérusalem – se sont tous les deux brièvement exprimés avant la projection et ils ont remercié le public d’avoir fait conscience aux talents locaux en sélectionnant pour la nuit d’ouverture « The Unorthodox ».

Un choix inspiré, en effet.

Le festival du film de Jérusalem se déroule du 26 juillet au 5 août à la cinémathèque de Jérusalem et dans toute la ville.

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