Trump quitte l’accord avec l’Iran, mais on n’aurait jamais dû en arriver là
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Opinion

Trump quitte l’accord avec l’Iran, mais on n’aurait jamais dû en arriver là

Aujourd'hui, nous avons les USA d'un côté, l'Iran de l'autre, et 5 pays entre les deux ; l'Iran exploitera la division. Trump n'est pas à blâmer, c'est plutôt le péché originel

David Horovitz

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le président américain Donald Trump vient d'annoncer sa décision concernant l'accord nucléaire avec l'Iran lors d'un discours à la presse prononcé dans la salle de réception diplomatique de la Maison-Blanche à Washington, DC, le 8 mai 2018. (AFP / SAUL LOEB)
Le président américain Donald Trump vient d'annoncer sa décision concernant l'accord nucléaire avec l'Iran lors d'un discours à la presse prononcé dans la salle de réception diplomatique de la Maison-Blanche à Washington, DC, le 8 mai 2018. (AFP / SAUL LOEB)

Une ligne du discours du président américain Donald Trump concernant les négociateurs du P5+1 de 2015, qui ont conclu avec l’Iran un accord inadapté et désormais chancelant, mérite une attention particulière. « Un accord constructif aurait pu facilement être conclu à l’époque, mais il ne l’a pas été », a déclaré le président, annonçant le retrait des États-Unis de l’accord mardi.

L’administration Obama, qui est à la fois architecte et défenseur de l’accord, serait évidemment en désaccord avec cette affirmation. Mais même si le « facilement » est une surestimation, Trump a raison. Un accord approprié et adéquat aurait pu se faire. Le groupe P5+1 – tout comme l’administration Obama – n’y est pas parvenu.

Et comme l’administration Trump doit maintenant reprendre le travail que l’accord de 2015 était censé accomplir mais n’a pas accompli, sa tâche sera plus compliquée que la mission originale que l’administration américaine précédente n’a pas réussi à accomplir.

Un « accord satisfaisant » – c’est-à-dire un accord visant à démanteler le programme nucléaire illégal de l’Iran – aurait en effet pu être conclu au cours des années Obama, lorsque la pression économique avait entraîné le régime iranien à la table des négociations. Les ayatollahs craignaient pour leur mainmise sur l’Iran ; l’Occident avait un effet de levier maximal. Les Russes et les Chinois auraient cherché à résister à un accord strict qui mettrait l’Iran hors du commerce des armes nucléaires à long terme, mais une administration américaine qui a clairement placé la priorité absolue sur l’impératif d’un accord pour empêcher le régime le plus dangereux du monde de se doter des armes de destruction massive les plus dangereuses du monde aurait pu obtenir ce résultat.

Israël, le Petit Satan dans l’esprit rapace des ayatollahs, aurait pu injecter un peu de bon sens moyen-oriental dans la lutte des exigences, mais a été maintenu à une distance stricte par les Américains. Le seul allié vraiment fiable de l’Occident dans cette région, avec les meilleurs services de renseignement, s’est fait dire de s’écraser. Pis encore, on nous a dit de manière hautaine que puisque nous ne savions pas ce qu’il y avait dans l’accord quand celui-ci était en train de prendre forme, nous ne devrions pas nous y opposer, et puis, quand il a été signé, nous avons été accusés à tort d’être opposés à tout accord, peu importe ce qu’il contenait.

Le président américain Barack Obama (à droite) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu au Bureau ovale, à la Maison blanche, le 9 novembre 2015. (Crédit : AFP/Saul Loeb)

Pendant ce temps, les négociateurs sous la houlette des États-Unis étaient plus malins et plus aguerris que les autres. Les Iraniens ont été sauvés. Le régime a obtenu l’accord qu’il voulait. Et il a été renforcé dans son pouvoir – plus audacieux et plus riche, pour mieux opprimer son peuple, causer des ravages dans la région et garder un œil sur le prix du nucléaire.

L’Iran menace actuellement de reprendre l’enrichissement de l’uranium et se vante d’avoir amélioré sa technologie afin de pouvoir l’enrichir à des niveaux plus élevés que jamais auparavant, tout en se conformant à l’accord. Cela vous dit tout ce que vous devez savoir sur l’accord. Il n’exigeait pas que l’Iran mette à la poubelle toutes ses centrifugeuses, et il a permis à l’Iran de poursuivre la recherche et le développement sur l’enrichissement. Bon travail, messieurs les négociateurs. Bien joué.

Le secrétaire d’Etat américain John Kerry, les ministres des Affaires étrangères britannique Philip Hammond, russe Sergueï Lavrov, allemand Frank-Walter Steinmeier, français Laurent Fabius, chinois Wang Yi, la secrétaire générale de l’UE pour le Service d’action extérieure, Helga Schmid, la haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Sécurité, Federica Mogherini, le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif et l’ambassadeur d’Iran à l’AIEA, Ali Akbar Salehi, pendant les négociations sur le programme nucléaire iranien, à Vienne, en Autriche, le 6 juillet 2015. (Crédit : Joe Klamar/AFP)

L’incapacité du P5+1 à arrêter définitivement les ayatollahs dans leur course au nucléaire est reflété par l’approche manifestement peu enthousiaste de l’Agence internationale de l’énergie atomique, l’organe de l’ONU chargé d’assurer le respect des règles de l’accord. Comment peut-il se permettre de certifier que l’Iran se conforme à l’accord lorsque les termes de l’accord ne lui permettent pas d’effectuer des inspections à tout moment et partout dans des sites suspects, ce qui dépasse l’entendement. Et sa réponse à l’étonnante collecte de documents sur les armes nucléaires de l’Iran par le Mossad ces derniers jours est tout simplement incroyable.

Imaginez que le travail de toute votre vie soit consacré à un domaine d’expertise extrêmement sensible, que vous soyez constamment gêné par l’accès restreint à votre matériau de recherche de base, mais que vous soyez néanmoins l’autorité mondiale dans votre domaine. Imaginez alors que quelqu’un d’autre parvienne, grâce à une extraordinaire initiative et au courage, à avoir accès à plus de matériel de base, beaucoup plus que ce que vous auriez pu imaginer. Et propose de le mettre à votre disposition.

Pourriez-vous a) exprimer votre profonde gratitude et vous empresser de pointer du doigt les nouvelles découvertes ou b) ignorer les documents, les informations secrètes, comme étant non pertinentes ? Il n’y a pas de récompense pour deviner quel plan d’action l’AIEA a adopté quelques heures après que le Premier ministre Benjamin Netanyahu a dévoilé et commencé à détailler les archives sur les armes nucléaires de l’Iran, qui sont sorties de Téhéran sous le nez de la République islamique « Nous n’avons jamais tenté de fabriquer des armes nucléaires ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu expose des dossiers prouvant le programme nucléaire iranien lors d’une conférence de presse à Tel Aviv, le 30 avril 2018 (Crédit :Miriam Alster / Flash90)

La décision de Trump de dire non plutôt que de modifier l’accord de 2015 crée une nouvelle réalité très complexe. Jusqu’à présent, les pays du P5+1, même si les liens entre eux étaient tendus, étaient au moins ostensiblement unis, derrière leur accord boiteux, contre les ayatollahs.

Maintenant, nous avons les États-Unis d’un côté, l’Iran de l’autre, et la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne, la Chine et la Russie qui tirent toutes dans des directions légèrement différentes entre les deux. On peut compter sur l’Iran pour exploiter la discorde.

Mais ne blâmez pas Donald Trump pour ça. Blâmez le péché originel – un accord qui était censé démanteler le programme d’armes nucléaires de l’Iran, mais qui, tout simplement, ne l’a pas fait.

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