Revirement de l’armée et relance du programme pour les femmes dans les chars
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Revirement de l’armée et relance du programme pour les femmes dans les chars

Face aux requêtes à la Haute Cour, l'armée va recruter des femmes soldats dans les Corps blindés, leur permettant de se déployer le long des frontières égyptienne et jordanienne

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Une femme soldat manœuvre un char d'assaut dans le désert du Néguev sur une photographie non datée. (Armée israélienne)
Une femme soldat manœuvre un char d'assaut dans le désert du Néguev sur une photographie non datée. (Armée israélienne)

L’armée israélienne a annoncé dimanche qu’elle redémarrait son programme pilote pour permettre aux femmes de servir dans les chars d’assaut, revenant sur sa décision de geler l’essai l’année dernière et l’élargissant pour inclure certains déploiements réels.

En 2017-2018, l’armée a procédé à un programme d’essais pour évaluer la viabilité des équipages de chars entièrement féminins. Bien qu’officiellement considérée comme un succès, le chef d’Etat-major de l’armée, Aviv Kohavi, avait gelé l’initiative, suscitant d’importantes critiques de la part de groupes progressistes et de multiples recours devant la Haute Cour de justice avaient été déposées par des femmes qui demandaient la levée du gel.

Dimanche, l’armée a annoncé qu’elle allait relancer ce programme pilote plus tard dans l’année, permettant aux femmes soldats de suivre la formation nécessaire pour servir dans une unité blindée et – pour la première fois – de se déployer effectivement dans des chars au sein du territoire israélien, le long des frontières avec l’Egypte et la Jordanie.

« Cette décision a été prise par le chef d’Etat-major après un long processus de délibération et d’évaluation basé sur quelques facteurs, surtout les recommandations du programme pilote de 2018 », a déclaré le porte-parole de l’armée, le lieutenant-colonel Jonathan Conricus, aux journalistes.

Conricus a ajouté que « naturellement [les requêtes à la Haute Cour] ont également été un facteur. »

Les 13 premières femmes tankistes de l’armée israélienne, qui ont terminé leur formation le 5 décembre 2017, prennent la pose pour une photographie au monument dédié aux blindés à Latrun, près de Jérusalem. (Armée israélienne)

Une décision finale sur l’avenir du service féminin dans les unités de chars devrait être prise après la fin du programme pilote en 2022.

La proposition de créer des équipages de char entièrement féminins a fait l’objet de nombreuses critiques lorsqu’elle a été annoncée en novembre 2016. Un ancien général l’a qualifiée de complot « de gauche » visant à affaiblir l’armée. D’autres, cependant, ont salué le programme comme un correctif nécessaire. Jusqu’au programme pilote de 2017-2018, les femmes soldats n’avaient été autorisées à servir que comme instructrices dans les chars, et non à les faire fonctionner dans le cadre de missions réelles.

Selon Conricus, l’armée commencerait à recruter des femmes soldats pour ce nouveau programme pilote en août ou en novembre – une date précise n’a pas encore été fixée.

Alors que l’armée considérait que le programme pilote de 2018 était une réussite, elle a constaté que les femmes n’étaient pas toutes capables de transporter l’équipement lourd à l’intérieur d’un char.

« Il y avait certaines limites en termes de capacités de base que nous devons résoudre dans la prochaine étape », a déclaré M. Conricus.

Dans ce contexte, l’armée israélienne définira également « certains critères physiques en termes de poids et de taille [pour les recrues] afin de s’assurer qu’elles ont la capacité physique de soulever et de transporter [des obus et autres équipements] et d’accomplir les tâches nécessaires pour être membre d’un équipage de char », a-t-il déclaré.

Il s’agit à la fois de s’assurer que les cadets seront en mesure de remplir pleinement leurs missions et de prévenir les blessures et de protéger la « santé physique des femmes soldats ».

Un groupe de femmes soldats participent à un exercice d’entraînement dans le cadre de la formation des commandants de chars, sur une photographie non datée. (Armée israélienne)

L’armée n’envisage la séparation des sexes que pour les équipages des chars, en partie pour des raisons de pudeur, car dans certains cas les membres d’équipage doivent aller aux toilettes et effectuer d’autres tâches corporelles dans l’espace confiné du char.

Les recrues s’entraîneront à la base d’entraînement de Shizafon du Corps blindé de l’armée dans le désert du Néguev et, « comme cela n’a pas été le cas par le passé, elles seront incorporées à des tâches de combat dans le sud, dans le Border Defense Array », a déclaré M. Conricus, en référence à une unité chargée de servir en territoire israélien le long de la frontière du pays.

Le porte-parole de l’armée a souligné que, contrairement au reste des unités de blindés de l’armée, les équipes féminines n’étaient pas considérées comme une « unité de manœuvre », qui pourrait opérer en territoire ennemi.

Les recrues s’entraîneront sur les chars Merkava Mark IV de l’armée et serviront également à l’intérieur de ceux-ci.

Les diplômées du programme pilote de 2018, en particulier les quatre femmes qui ont suivi la formation supplémentaire de commandant de char, seraient probablement rappelées pour participer au nouvel essai d’une manière ou d’une autre afin de « tirer le meilleur parti de leurs connaissances et de leur expérience », a dit M. Conricus.

« Celles qui ont plus d’expérience et des connaissances précieuses seront invitées à participer à la formation, certaines à titre de réservistes, d’autres en tant que personnel professionnel. Les détails restent à déterminer », a-t-il dit.

La semaine dernière, deux membres du programme pilote de 2018, Asnat Levy et Noga Shina, ont déposé des recours auprès de la Haute Cour de justice pour demander à être autorisées à effectuer leur service de réserve en tant que commandants de char, en faisant valoir qu’elles sont en droit de le faire après avoir suivi la formation nécessaire.

Il s’agissait du deuxième recours présenté à ce sujet. En septembre, deux recrues femmes – Or Abramson et Maayan Halbershtat – ont fait appel devant la Cour suprême pour qu’elle les autorise à officier dans des tanks quand elles devront rejoindre l’armée en mars 2020.

Des détracteurs de l’intégration des femmes dans l’armée ont souvent critiqué la démarche comme une expérience sociale avec des répercussions potentielles pour la sécurité nationale. Les partisans de ces mesures ont généralement salué une initiative nécessaire depuis longtemps, initiative qui a déjà été appliquée dans de nombreux pays occidentaux.

Les détracteurs de l’initiative soulignent que certaines exigences pour les soldates en unité de combat ont été abaissées, ce qui, selon eux, serait un signe que l’efficacité de l’armée risquerait d’être sacrifiée. Ils affirment aussi que les soldates souffrent plus souvent de blessures liées au stress.

L’armée a souligné qu’elle autorise plus de femmes à servir dans des positions de combat pour des raisons pratiques, et non pas pour soutenir un programme politique. Elle a fait savoir qu’elle avait besoin de toutes les forces disponibles, femmes ou hommes.

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