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Rinawie Zoabi : « l’alternative au gouvernement actuel est bien pire »

Sans revenir sur sa démission, la députée Meretz reconnaît qu'elle ne veut pas voir Netanyahu revenir au pouvoir et qu'elle pourrait coopérer avec la coalition de l'opposition

Arrivée de la députée Meretz Ghaida Rinawie Zoabi pour une interview au studio de la Douzième chaîne à Neve Ilan, le 19 mai 2022. (Crédit: Olivier Fitoussi/Flash90)
Arrivée de la députée Meretz Ghaida Rinawie Zoabi pour une interview au studio de la Douzième chaîne à Neve Ilan, le 19 mai 2022. (Crédit: Olivier Fitoussi/Flash90)

La députée Meretz Ghaida Rinawie Zoabi a déclaré vendredi que malgré sa démission de la coalition, elle pourrait encore coopérer avec le bloc au pouvoir car « l’alternative au gouvernement actuel est bien pire. »

« Il est évident que je ne souhaite pas voir le retour de Netanyahu », a-t-elle déclaré dans une interview au quotidien Haaretz, faisant référence à l’ancien Premier ministre et actuel président de l’opposition.

Néanmoins, Rinawie Zoabi a déclaré qu’elle n’avait pas encore décidé comment elle voterait sur la législation visant à dissoudre la Knesset déclenchant ainsi des élections anticipées si elle s’avérait soumise par l’opposition la semaine prochaine. Cette remarque semble contredire son affirmation selon laquelle les alternatives au gouvernement d’unité actuel seraient pires.

Alors que sa démission laisse la coalition avec seulement 59 sièges sur 120, et qu’une lecture préliminaire d’un projet de loi visant à dissoudre la Knesset en vue de nouvelles élections ne nécessite qu’une majorité simple, il faudrait une majorité absolue d’au moins 61 députés pour passer les trois lectures suivantes, et il n’est pas certain que l’opposition puisse réunir ces 61 voix.

Une chose dont Rinawie Zoabi semble être sûre, est qu’elle ne reviendra pas sur la décision qu’elle a annoncée jeudi matin.

« Revenir dans la coalition n’est pas à l’ordre du jour en ce qui me concerne », a-t-elle déclaré à Haaretz. « Peut-être que je ferai pression sur [la coalition] depuis [l’opposition] pour que le gouvernement commence à prendre au sérieux les demandes de la communauté arabe ainsi que la question palestinienne. Je pensais que le gouvernement devait poursuivre de manière équilibrée tout en étant attentif aux [préoccupations de] la société arabe. Malheureusement, cela ne s’est pas produit ».

La police israélienne affronte des personnes en deuil alors qu’elles portent le cercueil de la journaliste d’Al Jazeera tuée, Shireen Abu Akleh, lors de ses funérailles à Jérusalem-Est, le 13 mai 2022.(Crédit: AP Photo/Maya Levin)

Dans une autre interview accordée à la radio arabe Nas, Rinawie Zoabi n’a pas exclu la possibilité de démissionner entièrement de la Knesset pour laisser la place à un législateur Meretz favorable à la coalition.

S’adressant à Haaretz, Rinawie Zoabi a poursuivi en critiquant les membres de son propre parti, les accusant de l’ignorer et de la laisser se battre seule au nom du public arabe. La députée a déclaré qu’elle avait fait pression pour que le parti condamne le comportement de la police lors des funérailles de la journaliste d’Al Jazeera Shireen Abu Akleh, mais que personne ne s’était rallié à cette initiative. Des policiers ont été vus en train de bousculer et de frapper des personnes en deuil, faisant presque tomber le cercueil de la journaliste lors de la procession de vendredi dernier, ce qui a suscité un tollé international.

« Est-ce ce qui compte pour les personnes censées représenter le Meretz ? Être au gouvernement à tout prix ? N’ont-ils pas de principes ? Je suis stupéfaite de voir qu’à chaque fois, la gauche juive israélienne veut que nous, les Arabes, les sauvions de Netanyahu d’une part, tandis que d’autre part, ils nous imposent de faire ce qu’ils veulent sans pouvoir exprimer d’opinion. Cela ne fonctionne pas de cette façon dans un véritable partenariat. Si Netanyahu revient, ce sera la faute du [ministre de la défense Benny] Gantz et du [ministre de l’intérieur Ayelet] Shaked. »

Shaked a été l’une des membres de droite les plus virulentes du gouvernement, faisant avancer la loi dite de la citoyenneté, qui a renouvelé l’interdiction des permis pour les Palestiniens qui épousent des Israéliens de vivre avec leurs conjoints en Israël. Le bureau de Gantz a avancé des plans pour près de 4 500 nouveaux logements dans les implantations israéliennes au début du mois, dont beaucoup sont situées au cœur de la Cisjordanie, ce qui complique encore les perspectives d’une solution à deux États.

Rinawie Zoabi a ensuite parlé de sa rencontre avec le leader du parti  Raam, Mansour Abbas, disant qu’ils ont discuté de leur frustration mutuelle face au « virage à droite » du gouvernement ces derniers mois.

Des informations relayées par la Treizième chaîne, sans préciser de source, affirment qu’Abbas a proposé de réserver une place à Rinawie Zoabi dans son parti islamiste si elle acceptait de continuer à soutenir la coalition. La chaîne a également déclaré, toujours sans citer de source, que Rinawie Zoabi aurait demandé au gouvernement de réserver 30 millions de shekels pour financer un hôpital à Nazareth en échange de son soutien.

PHOTO A gauche, le ministre de la Défense Benny Gantz dirige une réunion de faction au parlement israélien le 21 juin 2021. A droite, la ministre de l’Intérieur, Ayelet Shaked, lors d’une cérémonie à Jérusalem le 14 juin 2021. ( Crédit : Olivier Fitoussi/Yonatan Sindel/Flash90 ; collage par Times of Israel)

Malgré son insistance sur le fait qu’elle ne revenait pas sur sa décision, son collègue du Meretz, Issawi Frej, a déclaré à la Douzième chaîne qu’il était convaincu que Rinawie Zoabi « restera avec nous ».

Il s’est dit déçu de la décision prise jeudi par la législatrice rebelle et de la manière dont elle a géré l’affaire depuis. Rinawie Zoabi n’a pas prévenu ses collègues du Meretz de sa décision.

La Douzième chaîne a rapporté que le député Ahmad Tibi, membre du parti de la Liste arabe unie de l’opposition, était l’une des principales sources qui a fait pression sur Rinawie Zoabi pour qu’elle quitte la coalition. Tibi n’a pas démenti cette information.

Walla a rapporté jeudi qu’elle avait également été en contact avec le député Shas Yinon Azoulay qui la pousserait également à démissionner. Elle lui aurait même fait part de son projet à l’avance: Azoulay aurait transmis la nouvelle au président du Shas, Aryeh Deri, qui aurait ensuite prévenu Netanyahu, selon Walla.

Frej a reconnu que faire partie du gouvernement n’a pas été facile pour ses membres arabes, en particulier au cours du mois dernier, dans un contexte de tensions autour du Mont du Temple et des funérailles d’Abu Akleh. Cependant, il a insisté sur le fait que le gouvernement continuait à faire des progrès au nom de la population arabe d’Israël, longtemps négligée, et que cela ne valait pas la peine de risquer de porter au pouvoir des partis d’opposition d’extrême droite.

Par ailleurs, vendredi, le Premier ministre Naftali Bennett s’est exprimé pour la première fois publiquement au sujet de la dernière crise en date de la coalition.

Le Premier ministre Naftali Bennett, au centre, fait une déclaration au début de la réunion hebdomadaire du cabinet, assis à côté du ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, à gauche, à Jérusalem, dimanche 8 mai 2022. (Crédit : Maya Alleruzzo/AP)

« Nous ne devons pas abandonner. Nous n’avons pas d’autre pays », a-t-il écrit dans une publication Facebook, sans faire directement référence à la décision de Rinawie Zoabi.

Il a qualifié sa décision de former un gouvernement d’unité, rompant avec une grande partie de sa base de droite afin d’empêcher une nouvelle élection l’année dernière, « d’acte le plus sioniste que j’ai fait dans ma vie. »

« L’avenir du pays est en péril. Nous devons combattre et vaincre le terrorisme palestinien, et nous devons lutter pour maintenir l’unité de notre peuple de l’intérieur », a-t-il écrit.

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