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Rishon Lezion, un trésor insoupçonné de l’histoire israélienne prend vie

Avec ses musées qui ressuscitent la vie d’antan et ses nombreux sites historiques, l’une des plus anciennes villes d’Israël gagne à être connue

  • Pharmacien dans l’exposition Artisans' Way à Rishon Lezion. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Pharmacien dans l’exposition Artisans' Way à Rishon Lezion. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Les meubles de la maison d’Eliezer Ben-Yehuda dans le cadre de l’exposition 'Dans le Salon de Ben-Yehuda' à Rishon Lezion
    Les meubles de la maison d’Eliezer Ben-Yehuda dans le cadre de l’exposition 'Dans le Salon de Ben-Yehuda' à Rishon Lezion
  • L’écurie de la famille Shalit à Rishon Lezion. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    L’écurie de la famille Shalit à Rishon Lezion. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Un sellier de l’exposition réaliste sur Artisans' Way à Rishon Lezion. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Un sellier de l’exposition réaliste sur Artisans' Way à Rishon Lezion. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • La grande synagogue de Rishon Lezion. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    La grande synagogue de Rishon Lezion. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Meubles de la maison d’Eliezer Ben-Yehuda dans le cadre de l’exposition 'Dans le Salon de Ben-Yehuda' à Rishon Lezion
    Meubles de la maison d’Eliezer Ben-Yehuda dans le cadre de l’exposition 'Dans le Salon de Ben-Yehuda' à Rishon Lezion
  • L’exposition 'Du cheval au bus' à la résidence Shalit à Rishon Lezion. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    L’exposition 'Du cheval au bus' à la résidence Shalit à Rishon Lezion. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • La résidence Shalit à Rishon Lezion. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    La résidence Shalit à Rishon Lezion. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Cuisine ancienne exposée à la résidence Shalit à Rishon Lezion. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Cuisine ancienne exposée à la résidence Shalit à Rishon Lezion. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Meubles de la maison d’Eliezer Ben-Yehuda dans le cadre de l’exposition 'Dans le Salon de Ben-Yehuda' à Rishon Lezion
    Meubles de la maison d’Eliezer Ben-Yehuda dans le cadre de l’exposition 'Dans le Salon de Ben-Yehuda' à Rishon Lezion
  • La première exposition de mode israélienne à la résidence Shalit à Rishon Lezion. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    La première exposition de mode israélienne à la résidence Shalit à Rishon Lezion. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • La première exposition de mode israélienne à la résidence Shalit à Rishon Lezion. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    La première exposition de mode israélienne à la résidence Shalit à Rishon Lezion. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Le village agricole de Rishon Lezion est fondé en 1882. Trente-cinq ans plus tard, lorsqu’une habitante, Nehamah Pukhachewsky, décide d’être candidate à la mairie, elle est refoulée parce qu’elle est une femme.

Après tout, les femmes ne peuvent pas voter aux élections, comment pourraient-elles être candidates ?

Mais Pukhachewsky refuse d’abandonner. Brillante, bien éduquée, auteure prolifique et unique agricultrice de l’implantation, elle se bat bec et ongles jusqu’à ce que les femmes obtiennent le droit de vote et que son nom soit inscrit sur la liste.

Finalement, en 1919, elle est élue maire.

Pukhachewsky est la première militante incontestée des droits des femmes dans l’Israël pré-étatique. (C’est aussi une femme pragmatique – elle comprend qu’elle est peut-être allée trop loin et passe finalement le flambeau à un homme).

La photo de Pukhachewsky et celle de Chana Levin – la première femme maire d’Israël – sont exposées au Rishon Lezion Open Museum. Inauguré à l’occasion du 100e anniversaire de Rishon Lezion en 1982, le musée est installé dans des bâtiments d’origine de la localité.

Lors d’une visite juste avant le 140e anniversaire de la ville, à la fin du mois de juillet, la guide du musée Nili Arava nous montre des photos des deux femmes.

Elle nous raconte également des histoires passionnantes sur l’histoire de la communauté et toutes les « premières » locales, de la première charrue d’Israël pré-étatique (en fer, a la place du bois, difficile à trouver dans le désert) au premier orchestre, en passant par la formation de la plus grande compagnie de bus du pays.

Rishon Lezion est aujourd’hui une ville moderne, animée et ceinturée de centres commerciaux et d’immeubles résidentiels.

Le petit village agricole de Rishon Lezion – affectueusement dénommé « Rishon » par les sabras locaux – voit le jour lorsque Zalman David Levontin, né en Russie, arrive à Jaffa au début de 1882, chassé par l’antisémitisme et les pogroms.

Alors que la plupart des émigrants mettent le cap vers le Nouveau Monde, certains idéologues purs et durs choisissent de se rendre dans leur patrie ancestrale, la Terre d’Israël.

A leur arrivée, ils constatent qu’ils partagent peu de choses avec la population juive déjà installée, absorbée par la prière et l’étude. Certes, les nouveaux arrivants sont également pratiquants, mais ils pensent que le peuple élu ne sera jamais libre tant qu’il ne sera pas maître dans son pays. Ils ont l’intention de reconstruire la terre à la sueur de leur front.

Levontin, l’un de ces tout premiers immigrants, cherche des familles prêtes à le rejoindre dans la première implantation agricole juive moderne de Palestine. Dix-sept familles répondent à l’appel. Les hommes, marchands, artisans ou intellectuels dans leur pays de naissance, vont désormais travailler la terre. Ils appellent leur nouvelle implantation Rishon Lezion, ce qui signifie « premier à Sion ». Ils empruntent le nom a Ésaïe 41:27 : « J’ai été le premier à dire à Sion… [de sa délivrance de Babylone]. »

Maquette de Rishon Lezion. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Bien que la nouvelle implantation ait reçu un nom, ses fondateurs ne savaient toujours pas où l’installer. Envisageant un temps d’établir Rishon Lezion près de la ville sainte de Jérusalem, Levontin consulte Eliezer Ben-Yehuda, lexicographe crédité de la renaissance et de la modernisation de la langue hébraïque.

Ben-Yehuda conseille à Levontin de retourner à Jaffa pour créer une communauté d’agriculteurs. Il craint que les Juifs de Jérusalem – qui lui en veulent d’avoir transformé l’hébreu en une langue parlée moderne – s’opposent à la présence de fermiers juifs à proximité, de crainte de perdre les subventions étrangères.

Levontin retourne à Jaffa et achète des terres à 10 kilomètres au sud, à une famille arabe riche et bien connue. La parcelle se compose de 344 hectares de sol vierge et sablonneux sous lesquels doit se trouver de l’eau car la zone est dénommée Ayun Kara, « printemps du crieur » en arabe.

Le terrain abrite bien une source mais également un grand nombre de moustiques et pas une goutte d’eau potable au final.

Les fondateurs de Rishon Lezion souhaitent construire l’implantation autour d’une synagogue qui se trouverait à son point culminant. Ainsi, le jour de l’inauguration de la ville, le 31 juillet 1882, ils gravissent une colline, érigent des tentes à son sommet et commencent à creuser pour trouver de l’eau.

La grande synagogue de Rishon Lezion. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

La chance n’est pas des leurs. Après avoir creusé 18 mètres de roche sèche en vain, ils abandonnent. Quelques jours plus tard, ils tentent de creuser plus bas sur la colline et, de nouveau, ne trouvent que de la roche.

Le salut vient du généreux baron Edmond De Rothschild, qui leur fait don de 25 000 Francs français. Cela permet de payer le puits, et de trouver de l’eau au bout de sept mois, à une profondeur de 48 mètres.

Les fondateurs de l’implantation d’origine comptent un pharmacien, un forgeron, un charpentier et un maître d’œuvre. Des mannequins réalistes représentant ces commerçants – et d’autres, venus plus tard – reconstituent leur existence quotidienne sur Artisans’ Way, rue imaginaire construite à l’intérieur de la pharmacie d’origine. On y trouve une ferblanterie, un bureau de poste et le studio du photographe.

Un sellier de l’exposition réaliste sur Artisans’ Way à Rishon Lezion. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

« Des chevaux aux autobus » (ça sonne mieux en hébreu : mi-sous le’autobous) est une merveilleuse exposition installée dans ce qui était à l’époque une écurie de la famille Shalit. Les visiteurs apprécieront sans doute de retracer la mode des années 1882 aux années 1930 dans une belle exposition abritée par ce qui constituait la demeure des Shalit, magnifiquement restaurée, avec glacière, samovar et mantilla (foulard) portée en son temps par la maîtresse de maison.

Shraga et Feige Heisman construisent l’une des premières maisons de la commune agricole, où Naphtali Herz Imber, poète alcoolique atteint de tuberculose, vivra, dans la cave, pendant quelques mois en 1884. Quelques années plus tôt, Imber avait commencé à écrire « Tikvateinu », poème plein d’espoir et de nostalgie pour la Terre d’Israël, auquel il ajoute des vers après son arrivée en 1882. Le résident de Rishon Lezion, Shmuel Cohen, le met en musique en 1888, en s’inspirant du folklore roumain de son pays natal.

La résidence Shalit à Rishon Lezion. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

C’est à Rishon Lezion que « Tikvatenu » est interprété pour la toute première fois en public, avant de se populariser dans toute l’Europe.

Les survivants de la Shoah entonnent ce morceau lorsqu’ils sont libérés du camp de concentration de Bergen Belsen. Hymne non officiel d’Israël depuis que le pays a déclaré son indépendance en 1948, c’est une version légèrement modifiée, connue sous le nom de « Hatikva » (L’espoir), qui est officiellement désignée hymne national de l’État juif en 2004. Les visiteurs entendent « Hatikva » lorsqu’ils descendent dans la cave de la maison Heisman pour voir une exposition Imber.

L’écurie de la famille Shalit à Rishon Lezion. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Combattu par l’establishment de Jérusalem, Ben-Yehuda et son projet de renaissance de l’hébreu est accueilli avec enthousiasme à Rishon Lezion.

Lorsque David Yudelovitch, qui a étudié avec Ben-Yehuda, commence à enseigner à l’école du village en 1888, il insiste pour que toutes les matières soient enseignées en hébreu – y compris l’éducation physique – créant ainsi la toute première école entièrement hébraïque au monde.

Chaque manuel doit être traduit en hébreu, souvent avec l’aide de Ben-Yehuda, et quand un mot n’existe pas – et il y en a beaucoup – Ben-Yehuda l’invente.

Meubles de la maison d’Eliezer Ben-Yehuda dans le cadre de l’exposition ‘Dans le Salon de Ben-Yehuda’ à Rishon Lezion

Au fil des ans, la vie de Ben-Yehuda et des résidents de Rishon Lezion se mêle. Par conséquent, il n’est pas surprenant que la nouvelle exposition permanente du musée s’appelle « Dans le salon de Ben-Yehuda » et présente les meubles qui se trouvaient dans la maison (située en fait à Jérusalem) de l’homme qui nous a donné l’hébreu comme langue officielle.

Avant ou après avoir visité le musée, n’hésitez pas à flâner dans les rues adjacentes pour découvrir l’ancienne synagogue, l’école hébraïque ou la rue portant le nom du fils de Ben-Yehuda, Itamar. Voyez aussi Theodor Herzl, le père du sionisme moderne, venu à Rishon Lezion en 1898. On le voit debout sur un balcon à Yad Labanim, mémorial dédié aux soldats tombés au combat de Rishon Lezion.

Mobilier de la maison d’Eliezer Ben-Yehuda dans le cadre de l’exposition « Dans le salon de Ben-Yehuda » à Rishon Lezion. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Heures d’ouverture du musée : 9 h – 14 h.
Prix : Seniors 10 shekels, autres adultes 25 shekels; enfants 22 shekels.
Tarif réduit pour les habitants de Rishon Lezion.
Visites guidées tout au long de la journée.
Pour plus d’information, appelez le 03-959-8862.

Un grand merci à notre guide, Nili Arava, pour son aide dans la préparation de cet article.

Aviva Bar-Am est l’auteur de sept guides en anglais sur Israël.Shmuel Bar-Am est un guide touristique agréé qui propose des 
visites privées et personnalisées en Israël pour les individus, les familles et les petits groupes.

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