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Roe v. Wade: Merav Michaeli dénonce le « régime sombre et misogyne » de Trump

La dirigeante du parti travailliste a déclaré que si le droit à l'avortement a pu être supprimé de la Constitution américaine, cela pourrait se produire n'importe où

La cheffe du Parti travailliste et ministre des Transports, Merav Michaeli s'exprimant lors d'une conférence à Jaffa, le 7 juin 2022. (Crédit: Avshalom Sassoni/Flash90)
La cheffe du Parti travailliste et ministre des Transports, Merav Michaeli s'exprimant lors d'une conférence à Jaffa, le 7 juin 2022. (Crédit: Avshalom Sassoni/Flash90)

La Cour suprême des Etats-Unis a révoqué vendredi l’arrêt historique Roe V. Wade qui, depuis 1973, garantissait le droit des Américaines à avorter.

Cette décision ne rend pas les interruptions volontaires de grossesse (IVG) illégales, mais rend chaque Etat libre de les autoriser ou non.

En quelques heures vendredi, au moins sept Etats – Louisiane, Alabama, Kentucky, etc. – ont rendu immédiatement tout avortement illégal.

La leader du parti travailliste, Merav Michaeli a déclaré vendredi que cette décision était le résultat « d’un régime sombre et misogyne qui nomme les juges », en référence à l’ancien président américain Donald Trump, et a averti que de tels droits pourraient également être supprimés en Israël.

« Auriez-vous cru qu’une telle chose pouvait se produire ? Plus important encore – est-ce que les femmes auraient pu s’imaginer qu’une telle chose allait arriver ? Que l’une des plus grandes démocraties au monde allait nous ramener au temps où la femme n’avait aucun droit sur son corps ? », a écrit Michaeli dans un message publié sur les réseaux sociaux après que la Cour suprême des États-Unis a supprimé vendredi les protections constitutionnelles des femmes en matière d’avortement.

« Ceci est la réalité. Ceci se produit alors que les femmes n’ont pas réellement saisi ce que signifie la présence de Trump au pouvoir. Voilà ce que cela signifie. C’est ce qui se produit quand un gouvernement sombre et misogyne nomme les juges », a écrit la ministre des Transports.

« Nous pourrions croire que nous avons déjà atteint l’égalité, et que les droits des femmes et les droits de l’Homme ne pourront jamais nous être repris », a poursuivi Michaeli. « Et bien, continuons et nous verrons bien. »

« Et il ne s’agit pas seulement de la composition du tribunal. Il s’agit de savoir qui rédige les règles, qui alloue les fonds. Les juges ont annulé l’arrêt parce que la Constitution américaine ne fait pas mention du droit à l’avortement. Devinez quoi, la Constitution a été écrite par des hommes uniquement, à une époque où les femmes n’avaient pas encore le droit de voter, d’être élues, de rédiger des lois ou des constitutions. »

Alors qu’Israël s’apprête à vivre un cinquième scrutin, Michaeli a profité de l’occasion pour exhorter les femmes à les soutenir, elle et son parti.

« À l’heure actuelle et dans notre pays, les femmes sont encore une minorité parmi ceux qui rédigent et votent les lois. Nous sommes toujours une minorité au sein du gouvernement, et je suis la seule femme actuellement à la tête d’un parti. Nous ne devons pas laisser les choses en l’état. Nous ne devons pas nous contenter de cette position d’infériorité », a-t-elle écrit. « Nous ne devons pas permettre à l’obscurité, au fanatisme religieux et au racisme de remplacer nos valeurs démocratiques. »

L’avortement est légal en Israël et est financé par le gouvernement, bien qu’il ne soit pas facilement accessible et que les femmes soient confrontées à un certain nombre d’obstacles pour y avoir recours.

« En tant que seule femme à la tête d’un parti politique en Israël, je sais que je continuerai à mener mes batailles, car je ne suis pas prête à ce que mon pays change de visage comme les États-Unis l’ont fait aujourd’hui », a déclaré Michaeli.

« C’est entre nos mains. Il est temps de nous unir pour chasser l’obscurité et créer la lumière. »

La Cour suprême a mis fin aux protections constitutionnelles de l’avortement qui étaient en place depuis près de 50 ans, une décision de sa majorité conservatrice qui annule les jurisprudences en matière d’avortement. Des manifestants se rassemblent devant la Cour suprême à Washington, le vendredi 24 juin 2022. (Crédit: AP Photo/Jacquelyn Martin)

La décision américaine, impensable il y a encore quelques années, est l’aboutissement de décennies d’efforts des opposants à l’avortement, rendus possibles par une droite soutenant Trump.

Les femmes enceintes qui envisageaient d’avorter devaient déjà composer avec une interdiction quasi totale en Oklahoma et une interdiction au-delà d’environ six semaines au Texas. Les cliniques et dispensaires d’au moins huit autres États – Alabama, Arizona, Arkansas, Kentucky, Missouri, Dakota du Sud, Wisconsin et Virginie occidentale – ont cessé de pratiquer des avortements suite à la décision de vendredi.

Dans l’Ohio, l’interdiction de la plupart des avortements dès le premier battement de cœur fœtal détectable est devenue loi lorsqu’un juge fédéral a dissous une injonction qui avait maintenu cette mesure en suspens pendant près de trois ans. Dans l’Utah le jugement fait office de loi.

Les opposants à l’avortement se sont réjouis de cette décision, mais les partisans du droit à l’avortement, dont le président américain Joe Biden, ont exprimé leur consternation et se sont engagés à se battre pour que ces droits soient rétablis.

Le président des Etats-Unis Joe Biden a déclaré vendredi que la décision de la Cour suprême annulant le droit à avorter était une « erreur tragique » et le résultat d’une « idéologie extrémiste ».

« La santé et la vie des femmes de ce pays sont maintenant en danger », a martelé le démocrate  dans la foulée de l’arrêt historique, déplorant un « triste jour » pour l’Amérique qui fait désormais figure « d’exception » dans le monde.

« Cette décision est le résultat d’un effort délibéré depuis des décennies pour rompre l’équilibre de notre droit », a-t-il déclaré.

La Cour de neuf juges, qui porte pour longtemps l’empreinte de la droite religieuse américaine suite aux nominations faites par Donald Trump, « ramène littéralement l’Amérique 150 ans en arrière » en invoquant d’anciennes jurisprudences, a-t-il déploré dans le grand hall d’entrée de la Maison Blanche.

Des femmes occupant des postes-clés à la Maison Blanche s’étaient rassemblées pour écouter les propos présidentiels, dans un silence pesant et avec des mines sombres.

Le président a demandé à ses compatriotes de poursuivre le combat de manière « pacifique », et surtout de défendre « dans les urnes » le droit à l’avortement et toutes les autres « libertés personnelles » à l’approche des législatives de mi-mandat qui s’annoncent difficiles pour son camp démocrate.

Joe Biden, dont la cote de popularité est chancelante, a promis de faire « tout ce qui est en (son) pouvoir », par voie de décrets et décisions réglementaires, pour tâcher malgré tout de protéger l’accès aux interruptions volontaires de grossesse, désormais menacé dans la moitié des Etats américains.

Le président s’est en particulier engagé à protéger le droit des Américaines à voyager pour se rendre dans un Etat où l’avortement resterait légal, ainsi que l’accès aux pilules abortives, utilisées en tout début de grossesse.

Mais il a reconnu que sa marge de manœuvre était réduite et que seul le Congrès américain pouvait rétablir ce droit dont bénéficiaient toutes les Américaines depuis 1973, en votant une législation fédérale qui écraserait les décisions des Etats – et notamment de ceux aux mains des républicains.

Le président, fervent catholique de 79 ans devenu rempart improbable du droit à l’avortement, a aussi mis en garde contre les potentielles répercussions de l’arrêt rendu vendredi sur d’autres acquis: la contraception et le mariage pour tous.

« La Cour nous emmène sur une voie extrêmement dangereuse », a-t-il dit.

Début mai, l’avant-projet d’une décision majoritaire rédigé par le juge conservateur Samuel Alito a fuité dans la presse, remettant en cause l’arrêt « Roe versus Wade » de 1973, qui garantit aux femmes un accès à l’avortement, même dans les Etats les plus conservateurs.

Alito écrivait que « nous estimons que Roe v. Wade doit être annulé » et le droit à l’avortement « n’est protégé par aucune disposition de la Constitution ».

Dans l’opinion finale publiée vendredi, le juge Alito a écrit que Roe v. Wade et Planned Parenthood v. Casey, la décision de 1992 qui réaffirmait le droit à l’avortement, étaient erronés et devaient être annulés.

« Nous estimons donc que la Constitution ne confère pas un droit à l’avortement. Roe et Casey doivent être annulés, et le pouvoir de réglementer l’avortement doit être rendu au peuple et à ses représentants élus », a écrit Alito, dans une opinion très similaire à la version préliminaire qui a fuité.

Le juge Alito était accompagné du juge Thomas et des juges Neil Gorsuch, Brett Kavanaugh et Amy Coney Barrett. Les trois derniers juges ont été nommés par Trump. Thomas a voté pour la première fois en faveur de l’annulation de l’arrêt Roe v. Wade il y a 30 ans.

Les membres de la Cour suprême posent pour une photo de groupe à Washington, DC, le 23 avril 2021. Assis à partir de la gauche : Le juge associé Samuel Alito, le juge associé Clarence Thomas, le juge en chef John Roberts, le juge associé Stephen Breyer et la juge associée Sonia Sotomayor, debout à partir de la gauche : Le juge associé Brett Kavanaugh, la juge associée Elena Kagan, le juge associé Neil Gorsuch et la juge associée Amy Coney Barrett. (Crédit : POOL / AFP)

Quatre juges auraient maintenu les deux décisions en place.

Le vote était de 6-3 pour confirmer la loi du Mississippi, mais le juge en chef John Roberts ne s’est pas joint à ses collègues conservateurs pour renverser Roe. Il a écrit qu’il n’était pas nécessaire de renverser les grands précédents pour statuer en faveur du Mississippi.

Les juges Stephen Breyer, Sonia Sotomayor et Elena Kagan – l’aile libérale affaiblie de la Cour – étaient en désaccord.

« C’est avec tristesse – pour cette Cour, mais surtout pour les millions de femmes américaines qui ont perdu aujourd’hui une protection constitutionnelle fondamentale – que nous nous dissocions », ont-ils écrit, avertissant que les opposants à l’avortement pourraient désormais poursuivre une interdiction à l’échelle nationale « à partir du moment de la conception et sans exception pour le viol ou l’inceste ».

Au bilan de Trump

L’arrêt publié vendredi « est l’un des plus importants de l’Histoire de la Cour suprême depuis sa création en 1790 », remarque le professeur de droit de la santé Lawrence Gostin. « Il est déjà arrivé qu’elle change sa jurisprudence mais pour instaurer ou restaurer un droit, jamais pour le supprimer », dit-il à l’AFP.

La décision va à contre-courant de la tendance internationale à libéraliser les IVG, avec des avancées dans des pays où l’influence de l’Eglise catholique reste forte comme l’Irlande, l’Argentine, le Mexique ou la Colombie.

L’arrêt couronne 50 ans d’une lutte méthodique menée par la droite religieuse, pour qui il représente une énorme victoire mais pas la fin de la bataille : le mouvement devrait continuer à se mobiliser pour faire basculer un maximum d’Etats dans son camp ou pour essayer d’obtenir une interdiction au niveau fédéral.

Des activistes défendant le droit à l’avortement avec leurs panneaux aux abords de la Cour suprême américaine à Washington, le 24 juin 2022. (Crédit : OLIVIER DOULIERY / AFP)

Il s’inscrit aussi au bilan de l’ancien président Donald Trump qui, au cours de son mandat, a profondément remanié la Cour suprême en y faisant entrer trois magistrats conservateurs signataires de cet arrêt.

Cette décision, « c’est la volonté de Dieu », s’est félicité le milliardaire républicain sur la chaîne Fox.

Les trois magistrats progressistes se sont dissociés de la majorité qui, selon eux, « met en danger d’autres droits à la vie privée, comme la contraception et les mariages homosexuels », une inquiétude ravivée par les appels d’un des juges conservateurs à rouvrir ces dossiers.

Un pays coupé en deux

Parmi les nombreuses manifestations vendredi soir, deux ont été marquées par des violences. A Cedar Rapids, dans l’Iowa, une camionnette a foncé dans un groupe de manifestants, blessant une femme, selon les médias locaux.

Et en Arizona, la police a reconnu avoir usé de gaz lacrymogènes pour disperser des manifestants qui « frappaient de façon répétée les vitres du Sénat de l’Etat ».

Selon l’institut Guttmacher, un centre de recherche qui milite pour l’accès à la contraception et à l’avortement dans le monde, la moitié des Etats devraient interdire à plus ou moins court terme les avortements.

Les activistes du droit à l’avortement réagissent après avoir appris l’annulation de l’arrêt Roe vs. Wade par la Cour suprême, aux abords de la Cour suprême à Washington, le 24 juin 2022. (Crédit : AP/Jacquelyn Martin)

Dans une partie du pays, les femmes désirant avorter seront donc obligées de poursuivre leur grossesse, de se débrouiller clandestinement notamment en se procurant des pilules abortives sur internet, ou de voyager dans d’autres Etats, où les IVG resteront légales.

Anticipant un afflux, ces Etats, le plus souvent démocrates, ont pris des mesures pour faciliter l’accès à l’avortement sur leur sol et les cliniques ont commencé à basculer leurs ressources en personnel et équipement.

Mais voyager est coûteux et la décision de la Cour suprême pénalisera davantage les femmes pauvres ou élevant seules des enfants, qui sont sur-représentées dans les minorités noires et hispaniques, soulignent les défenseurs du droit à l’avortement.

Le procureur général Merrick Garland a déclaré dans un communiqué que le ministère de la Justice protégera les prestataires et les personnes souhaitant avorter dans les États où l’avortement est légal et « travaillera avec les autres branches du gouvernement fédéral qui cherchent à utiliser leurs pouvoirs légaux pour protéger et préserver l’accès aux soins génésiques ».

Garland a déclaré que la Food and Drug Administration fédérale avait approuvé l’utilisation de la mifépristone pour les avortements médicamenteux.

Plus de 90 % des avortements sont pratiqués au cours des 13 premières semaines de grossesse, et plus de la moitié sont désormais déclenchés par des pilules, et non pratiqués par voie chirurgicale, selon l’Institut Guttmacher, un groupe de recherche qui soutient le droit à l’avortement.

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