Sa tumeur cérébrale pousse un Israélien à inventer un outil révolutionnaire
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Sa tumeur cérébrale pousse un Israélien à inventer un outil révolutionnaire

Diagnostiqué à 26 ans, Avi Yaron a élaboré un outil 3D qui aide les médecins à visualiser les tumeurs ; son objectif est d'atteindre le bien-être par la technologie

Avi Yaron a développé un endoscope qui imite l'œil d'un insecte pour aider les chirurgiens à mieux visualiser les tumeurs ; la société qu'il a fondée, Visionsense, a été vendue à Metronic en début d'année (Crédit : autorisation)
Avi Yaron a développé un endoscope qui imite l'œil d'un insecte pour aider les chirurgiens à mieux visualiser les tumeurs ; la société qu'il a fondée, Visionsense, a été vendue à Metronic en début d'année (Crédit : autorisation)

Si la nécessité est mère de l’esprit d’entreprise, l’histoire d’Avi Yaron, qui a été diagnostiqué à l’âge de 26 ans d’une tumeur cérébrale mettant sa vie en danger, en est un bon exemple.

Aujourd’hui âgé de 51 ans et en bonne santé, Yaron qui a survécu à quatre opérations du cerveau aux États-Unis, en Europe et en Israël, a conçu un outil chirurgical qui aide les chirurgiens à mieux traiter les personnes atteintes de sa maladie et est en quête de la clé du bien-être à une époque où il existe, dit-il, un « énorme écart » entre la technologie et l’évolution humaine.

« Nous sommes soumis aujourd’hui à des pressions et à des tensions sans fin », a déclaré Yaron dans une interview accordée au Times of Israel.

« L’ère dans laquelle nous vivons connaît un surplus de nourriture et un surplus de soucis. Les développements technologiques ont augmenté l’intensité de tout, de la vitesse des communications aux déplacements, et nous, en tant qu’humains, ne sommes pas encore capables de faire face à ces énormes changements. Ainsi, nous avons développé des habitudes malsaines pour faire face à ce stress, comme manger trop de glucides, fumer ou boire, ou faire des nuits blanches. Nous n’avons pas le temps de nous reposer ».

« Et même si nous ne vivons pas avec un danger imminent, comme les hommes préhistoriques, nous n’avons pas non plus de répit. Nous sommes une machine qui fonctionne tout le temps, et à la fin, elle se casse ».

« Je veux utiliser la technologie pour combler le fossé entre la technologie et notre évolution. Je veux traiter la personne qui est en bonne santé, et non celle qui est déjà atteinte d’une maladie. La maladie est une façon pour notre corps de nous dire que nous sommes déséquilibrés. Mon corps criait, mais je ne l’ai pas écouté ».

Yaron avait 26 ans en 1993 lorsqu’il a eu un accident de moto. Lors d’un examen IRM de routine pour vérifier s’il avait subi une commotion cérébrale, les médecins ont trouvé une tumeur en plein milieu de son cerveau.

Yaron, étudiant en génie électrique en bonne santé sportif qui aimait faire la fête et travailler sans relâche, ne dormant que quelques heures par nuit, s’est retrouvé soudainement assis devant un neurochirurgien qui lui a dit : « Avi, vous avez une tumeur au cerveau, elle est peut-être cancéreuse. Vous devez vous faire opérer dès que possible ».

Les médecins l’ont averti que toute intervention chirurgicale serait complexe en raison de l’emplacement de la tumeur – il survivrait, disaient-ils, mais sortirait très probablement de la chirurgie avec un handicap, et peut-être avec des troubles cognitifs et éventuellement une épilepsie.

Alors que son monde s’écroule, Yaron refuse de se faire opérer.

« Je ne sais pas si c’était de l’intuition incroyable ou du déni pur et simple, mais cette décision m’a sauvé la vie », a-t-il déclaré lors d’une conférence TEDx postée sur YouTube. « Pendant un moment, je me suis senti vraiment triste et j’ai réalisé que les projets formidables que j’avais étaient finis. Au bout d’un moment, j’ai ramassé les morceaux et j’ai décidé de me battre pour ma vie ».

« Lorsque des chefs d’entreprise rencontrent des problèmes non résolus, ils étudient la question et tentent de la résoudre. Et parfois, ils y parviennent », a déclaré Yaron lors de l’interview. « La plus grande détresse conduit parfois à de bonnes idées ».

Il a commencé à étudier la médecine de façon autonome à la bibliothèque universitaire – anatomie, biologie, chimie – en lisant des articles cliniques pour en savoir plus sur son état et sur le temps qu’il lui restait à vivre. Il a regardé quelles technologies étaient disponibles pour son cas et a rencontré des médecins en Israël, en Europe et aux États-Unis.

Les Docteurs Theodore Schwartz et Vijay Anand du Cornell Medical Center, New York, NY utilisent la technologie Visionsense (Crédit : capture d’écran YouTube).

Finalement, il a trouvé un chirurgien à New York qui a réussi à enlever la tumeur. Mais il n’a pas été en mesure de tout enlever, et peu à peu, elle a recommencé à croître, quoique lentement, car elle était bénigne. L’opération n’a pas pu être achevée parce que les instruments chirurgicaux mis à la disposition des médecins à l’époque – les endoscopes qui guident les médecins dans les opérations peu invasives – n’avaient pas la profondeur en trois dimensions requise pour visualiser complètement la zone à traiter.

C’est ce qui a poussé Yaron à se mettre au travail : il ne voulait pas se faire opérer toutes les quelques années. Il a refusé de devenir une « tête à fermeture éclair » pour le reste de sa vie, et a décidé de développer un endoscope avec de meilleures propriétés visuelles, similaire à l’œil d’un insecte.

« Les mammifères ont besoin de deux yeux pour percevoir le relief », explique-t-il. « Mais un insecte perçoit le relief avec un seul œil, parce qu’il est constitué d’une matrice de centaines d’yeux, qui regardent chacun dans une direction différente. J’ai donc créé un œil – à l’aide d’une petite puce de silicium et d’algorithmes logiciels, qui combine la vision d’un insecte et celle d’un humain, ce qui permet aux chirurgiens d’obtenir une image plus complète même lorsqu’ils opèrent au travers d’un très petit trou ».

« Le système que j’ai développé est arrivé trop tard pour moi », a-t-il ajouté avec regret. « S’il avait été développé quand j’en avais besoin, il m’aurait épargné toutes ces opérations supplémentaires. Mais aujourd’hui, nombreux sont ceux qui bénéficient de mon invention ».

L’entreprise qu’il a fondée, Visionsense, qui a développé le produit, a eu du mal à lever des fonds, car les investisseurs hésitaient à investir dans un chef d’entreprise avec une « bombe à retardement » dans le cerveau, dit-il. Mais il a persisté et, après quatre opérations et avoir investi des millions de dollars, le produit a été développé et lancé en 2008.

Depuis, il a permis de sauver des milliers de vies, dit-il. Visionsense a été vendue en début d’année au fabricant américain d’équipements médicaux Medtronic pour 75 millions de dollars, une énorme reconnaissance pour Yaron, qui avait déjà quitté la société en 2014 pour relever d’autres défis.

Traiter le maillon le plus faible de l’organisme

Depuis son départ, Yaron a aidé à fonder Joy Ventures en 2016, un fonds de capital-risque conjoint israélo-japonais de 50 millions de dollars, qui espère trouver des moyens et des technologies pour investir dans des produits de consommation qui soulagent le stress et améliorent le bien-être.

Yaron a quitté Joy plus tôt cette année, et il est passé à autre chose, poussé par sa soif de trouver des réponses afin de ramener un équilibre sain dans nos vies.

« Je ne sais pas encore ce que je vais faire exactement », a-t-il dit. « Mais en tous cas, il faudra que ce soit personnalisé, prédictif et préventif, en utilisant la vaste quantité d’informations génétiques dont nous disposons actuellement, ainsi que l’analyse des données et l’apprentissage automatique pour donner un sens à tout cela. »

« Nos corps sont comme une chaîne. Si vous tirez trop, un des maillons se brise, et c’est là que nous tombons malades », explique-t-il. « Chacun d’entre nous doit comprendre quel est son maillon faible et s’en occuper, avant que le collier ne brise ».

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