« Savoy » : la série documentaire qui réhabilite une héroïne oubliée
Diffusée depuis le 6 janvier, la série documentaire revient sur la prise d’otages de 1975 à l’hôtel Savoy à travers le journal intime de Kochava Levy, longtemps diffamée par la presse avant que son rôle crucial ne soit enfin reconnu
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La série documentaire « Savoy », réalisée en 2022 par Zohar Wagner et diffusée depuis le 6 janvier sur Arte, remet en lumière l’histoire poignante et longtemps déformée de Kochava Levy, une femme que l’on présenta pendant des années comme une « petite prostituée aux cheveux noirs », alors qu’elle fut, dans les faits, l’un des visages les plus méconnus d’un épisode dramatique de l’histoire israélienne.
Le 5 mars 1975, la jeune femme de 31 ans, mariée et mère d’une petite fille, se retrouve prise au piège dans l’hôtel Savoy, en plein cœur de Tel-Aviv, lorsqu’un commando de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) en prend le contrôle. Ce soir-là, elle occupe une chambre avec son amant. Quelques heures plus tard, elle devient malgré elle l’intermédiaire entre les assaillants et l’armée israélienne.
Réalisée par Zohar Wagner, la série s’appuie sur le journal intime de Kochava Levy, qu’elle avait commencé à écrire pour rompre une solitude pesante. Ces pages, parfois déchirantes, révèlent une conscience aiguë du danger : « Je vais mourir ce soir », note-t-elle. Pourtant, en parlant arabe, elle joue un rôle crucial pendant la prise d’otages : elle transmet les revendications des terroristes, la libération de prisonniers et leur transfert à Damas, et participe à l’évacuation d’un blessé grave, après avoir promis de ne pas profiter de cette sortie pour fuir.
« Savoy » mêle images d’archives, sons authentiques, parfois difficiles à soutenir, et reconstitutions jouées par des acteurs. Ce montage hybride recrée l’atmosphère suffocante de cette nuit marquée par un compte à rebours implacable, qui s’achèvera dans un bain de sang : sept occupants de l’hôtel, trois soldats israéliens. Sept membres de l’OLP y trouveront la mort.
En adoptant le regard de Kochava Levy, la série documentaire montre la complexité d’une mission qu’elle assume comme un devoir, mue par un sens du service plus que par l’instinct de survie.
Malgré son courage, Kochava Levy deviendra rapidement un bouc émissaire. Sa présence à l’hôtel, son adultère et sa maîtrise de l’arabe alimentent les soupçons et les attaques médiatiques. La presse la dénigre, l’accuse à demi-mots, la transforme en figure ambiguë plutôt qu’en survivante. Elle affirmera d’abord que les assaillants s’étaient « comportés correctement » avant de revenir sur cette déclaration lors du procès du seul survivant du commando, sous le poids des jugements et des insinuations.
Plus tard, elle confiera toutefois son journal à un journaliste pour rétablir sa vérité.
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