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Interview

Selon un conseiller d’Orban, l’agression russe viole la loi internationale

Gergely Gulyas, ministre au sein du cabinet du Premier ministre, a rencontré Netanyahu et Dermer alors que des rumeurs font état d'un transfert de la mission hongroise à Jérusalem

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Gergely Gulyas, haut-conseiller du Premier ministre Viktor Orban en Hongrie, lors d'une interview à Jérusalem, le 14 juin 2023. (Crédit : Lazar Berman/Times of Israel)
Gergely Gulyas, haut-conseiller du Premier ministre Viktor Orban en Hongrie, lors d'une interview à Jérusalem, le 14 juin 2023. (Crédit : Lazar Berman/Times of Israel)

Alors que la frustration ne cesse de croître en Europe et aux États-Unis concernant le positionnement adopté par Budapest face à la guerre en Ukraine, un haut-conseiller du Premier ministre Viktor Orban a répété mercredi, alors qu’il se trouvait en Israël, que « l’agression russe va à l’encontre de la loi internationale ».

« Nous aimerions voir une Ukraine souveraine avec son territoire tel qu’il est reconnu à l’international », a commenté Gergely Gulyas, à la tête du bureau du Premier ministre hongrois, auprès du Times of Israel.

Le mois dernier, Orban a insisté sur le fait que l’Ukraine ne pouvait pas gagner sa guerre avec la Russie, disant que Washington devait intervenir pour mettre un terme au conflit.

Orban a ajouté que « notre cœur est avec les Ukrainiens » et il a dit que « nous comprenons combien ils souffrent ».

« Ce n’est pas la question de savoir si ce territoire appartient bien à l’Ukraine mais la réalité est que la chance de l’Ukraine de récupérer tous les territoires occupée n’est pas très élevée », explique Gulyas. « Nous devons donc décider, en conséquence, le moment pour un cessez-le-feu, le moment pour des pourparlers de paix et nous sommes pour notre part favorables à des négociations de paix immédiates ».

En 2014, la Russie avait occupé la péninsule de Crimée et certaines parties du Donbass, à l’Est. Depuis le début de l’année 2022, les forces russes se sont aussi saisies de la côte située au Sud-Est de l’Ukraine, même si Kiev serait actuellement à la première phase d’une contre-offensive majeure.

Gulyas a aussi souligné que Budapest voulait que des garanties de sécurité soient apportées à l’Ukraine mais que la Hongrie s’opposait à une adhésion de Kiev à l’OTAN.

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban au parlement de Budapest, en Hongrie, le 27 mars 2023. (Crédit: Denes Erdos/AP)

« Si l’Ukraine devait maintenant devenir membre de l’OTAN, ce serait une guerre mondiale », a-t-il estimé. « Nous voulons éviter un tel cas de figure. »

Budapest a suscité la colère en Europe par sa réticence à laisser la Finlande et la Suède rejoindre l’alliance militaire transatlantique. La Turquie et la Hongrie, qui tentent de gagner de l’influence sur leurs alliés dans le cadre de batailles politiques distinctes, ont fait reporter l’étude de la candidature de la Finlande à l’OTAN et le processus d’adhésion de Stockholm reste actuellement bloqué.

Selon les critiques, l’opposition d’Orban à une possible expansion de l’OTAN est due au désir de se rapprocher de Recep Tayyip Erdogan en Turquie et de Vladimir Poutine en Russie. Budapest, de son côté, insiste sur le fait que ce refus découle des critiques suédoises et finlandaises « injustes » qui ont pu être faites sur l’état de droit en Hongrie.

Le secrétaire-général de l’OTAN Jens Stoltenberg pendant une conférence de presse au siège de l’OTAN, à Bruxelles, le 16 novembre 2022. (Crédit: Olivier Matthys/AP)

« Si je ne dis de vous que le mauvais, indépendamment de la réalité, puis que je viens demander votre soutien, vous allez me dire : ‘D’accord, peut-être mais nous devrons d’abord clarifier certains détails’, » a expliqué Gulyas. « Si ce qu’ont dit les politiciens et le gouvernement suédois au sujet de la Hongrie est vrai, pourquoi voudraient-ils intégrer un club à nos côtés ? »

Il a ajouté que le même problème se posait avec Helsinki, notant que « le positionnement adopté par les Finlandais contre la Hongrie n’est pas le même que celui des Suédois ».

Stockholm a récemment rejoint 14 autres pays de l’Union européenne en soutenant une plainte déposée devant la Cour de justice européenne remettant en cause une loi adoptée en 2021 par la Hongrie – une législation qui, selon les responsables d’une grande partie de l’UE et les États-Unis, discrimine les membres des communautés LGBTQ. La Hongrie a affirmé que le texte avait été approuvé au nom de la protection des enfants, et Gulyas a confirmé que son pays ne reviendrait pas en arrière.

La Hongrie a aussi provoqué l’ire des autres pays européens pour avoir maintenu ses liens énergétiques avec la Russie. Le pays s’alimente principalement en gaz et en pétrole auprès de la Russie et au mois d’avril, le ministre hongrois des Affaires étrangères avait signé une série d’accords à Moscou – des accords qui prévoient non seulement de conserver ces relations en matière d’énergie, mais aussi de les renforcer.

Le président russe Vladimir Poutine, à droite, serre la main du Premier ministre hongrois Viktor Orban, lors d’une conférence de presse conjointe après leurs entretiens au Kremlin à Moscou, en Russie, le 18 septembre 2018. (Crédit : Alexander Zemlianichenko/AP)

De plus, Budapest a bloqué les sanctions énergétiques prises à l’encontre du Kremlin, citant la sécurité énergétique.

L’Ukraine a accusé la Hongrie de financer la guerre de Poutine tandis que Budapest déclare ne pas avoir d’autre choix que celui de garantir l’approvisionnement en énergie du pays en l’absence d’autres options.

« L’objectif, c’est la diversification », a noté Gulyas. « L’objectif, c’est que si nous ne voulons pas acheter 100 % de notre énergie à la Russie, alors il faudrait une option ».

Polina Shulga, 27 ans, administratrice dans un centre de rééducation de Kiev, avec sa fille de trois ans, Aria, après avoir pris la fuite de l’Ukraine et s’être réfugiée à Budapest sur le quai d’une gare de la ville de Zahony, en Hongrie, le 7 mars 2022. (Crédit :AP/Darko Vojinovic)

Gulyas a souligné que la Hongrie était le seul pays à acheminer du carburant en Ukraine – « le carburant qui est probablement utilisé pour les chars ».

L’acolyte de Bibi

Gulyas a rencontré jeudi le Premier ministre Benjamin Netanyahu et il s’était entretenu, la veille, avec le ministre des Affaires stratégiques Ron Dermer. Le fait que Netanyahu ait pris le temps de parler avec un ministre de moyenne importance est la preuve du caractère déterminant qu’il accorde à la relation avec la Hongrie.

Ces dernières années, Budapest a été le soutien le plus fervent de Jérusalem au sein de l’Union européenne, bloquant plusieurs efforts visant à émettre des déclarations critiquant les politiques israéliennes. Par exemple, en 2020, la Hongrie avait été l’un des seuls pays à ne pas avoir ouvertement dénoncé le plan d’annexion unilatérale de certains pans de la Cisjordanie avancé par Israël – un projet qui a été depuis abandonné.

Cela fait longtemps que Netanyahu entretient des liens étroits avec Orban, au pouvoir depuis 2010. Des liens qui se sont encore renforcés depuis que Netanyahu a repris le pouvoir en Israël, les deux hommes faisant l’éloge l’un de l’autre et étant impatients de faire avancer à la fois les relations bilatérales entre les deux pays et leurs relations personnelles.

Des rumeurs ont laissé entendre de manière croissante, ces dernières semaines, que Budapest programmerait de transférer son ambassade à Jérusalem.

Le ministre des Affaires étrangères israélien Eli Cohen, à gauche, avec son homologue hongrois Péter Szijjártó à Budapest, le 31 mai 2023. (Crédit : Ambassade israélienne en Hongrie)

En déplacement à Budapest, le mois dernier, le ministre des Affaires étrangères Eli Cohen avait annoncé que la Hongrie allait relocaliser son ambassade dans un avenir proche, une information que le pays avait démentie.

Gulyas s’est, pour sa part, contenté de dire que « le sujet est abordé dans les discussions entre nos deux gouvernements et si nous prenons une décision, nous la rendrons publique ».

Si elle devait prendre cette initiative, la Hongrie serait le premier État-membre de l’Union européenne à ouvrir une ambassade à Jérusalem – une décision auquel le bloc s’oppose en l’absence d’un accord de paix entre Israël et les Palestiniens.

« Nous sommes là pour servir notre propre politique étrangère, pas pour servir une politique commune de l’UE », a-t-il indiqué. « Ce sont nos affaires ».

« L’Union européenne n’est pas un projet impérial ; c’est une coopération forte et importante entre les pays, un marché commun, des frontières communes, beaucoup de très bonnes choses – mais ce n’est pas un empire. Nous avons donc notre souveraineté et le droit de déterminer nos opinions », a-t-il fait remarquer.

Le problème Soros

Au mois de mai dernier, l’ADL (Anti-Defamation League) avait diffusé les résultats d’un sondage montrant que 37 % des Hongrois avaient des attitudes antisémites.

Gulyas a noté que ces conclusions venaient heurter de plein fouet son expérience du quotidien en Hongrie.

Une affiche de la campagne du gouvernement hongrois contre le milliardaire juif américain George Soros, à Szekesfehervar, le 6 juillet 2017. (Crédit : Attila Kisbenedek/AFP)

« Nous avons mis en œuvre, avec le premier gouvernement Orban, la Journée internationale de commémoration de la Shoah qui a lieu dans toutes les écoles et chaque année le 16 avril », a expliqué Gulyas. « Nous avons un musée juif. Nous avons une culture juive. Nous avons rénové des cimetière juifs et des synagogues. Nous apportons notre soutien à la communauté juive de Hongrie et ses membres vivent mieux que ce n’est le cas en Europe de nos jours ».

« Le comportement officiel du gouvernement est celui de la tolérance zéro face à l’antisémitisme », a-t-il ajouté.

Orban a été critiqué pour avoir pris pour cible George Soros, survivant de la Shoah né en Hongrie et philanthrope de gauche, qu’il a qualifié « d’ennemi public » après que le milliardaire a apporté son soutien présumé à l’immigration massive et non-contrôlée.

Le leader hongrois a posté, la semaine dernière, un meme du « Parrain » sur Twitter, en référence à une information qui avait laissé entendre que Soros était en train de remettre son empire philanthropique entre les mains de son fils Alexander.

L’ambassadeur américain en Hongrie, David Pressman, qui critique fréquemment Orban, a répondu au tweet, disant que « les théories du complot sous forme d’appel du pied sont comme le complot dans le ‘Parrain 3’ : prévisibles et troublantes ».

« Je pense que c’était une bonne blague », a commenté Gulyas.

Alexander Soros, pour sa part, a confié au Wall Street Journal être « plus politique » que son père et que l’un de ses principaux objectifs serait de déjouer un possible deuxième mandat de l’ancien président américain Donald Trump.

« Ainsi, le fils de George Soros souligne qu’il est plus politique encore que son père », a dit Gulyas. « Nous avons tenté de voir ce qu’il a fait au cours de ces dernières années. Ce ne sera pas une situation meilleure pour les pays qui veulent garantir qu’ils conserveront leur souveraineté propre à l’avenir ».

« C’est un réel danger pour tous les pays qui veulent asseoir leur souveraineté et qui veulent défendre des valeurs qui sont très importantes pour nous », a-t-il conclu.

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