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Shabbat: Les transports publics se démocratisent, mais une crise pourrait s’annoncer

Les municipalités affirment que ce ne sont pas seulement les jeunes qui prennent les bus pour Tel-Aviv, et ils se préparent à se battre si le gouvernement tente de les arrêter

Photo non-datée d'un bus à Tel Aviv, à Shabbat. (Crédit : municipalité de Tel Aviv)
Photo non-datée d'un bus à Tel Aviv, à Shabbat. (Crédit : municipalité de Tel Aviv)

Les 233 passagers qui ont embarqué à bord du bus 716 à Ness Ziona, un week-end de juillet, en direction de Tel Aviv pensaient simplement passer une belle journée. Mais il sont aussi, d’une certaine manière, entrés dans l’Histoire.

Jusqu’à récemment, les 51 000 résidents de la ville étaient tributaires des transports publics. Mais durant l’été, la ville a rejoint le réseau grandissant de lignes de bus à fonctionner durant Shabbat, dans l’objectif de connecter encore plus de résidents laïcs d’Israël à la plaque tournante économique et culturelle du pays les week-ends.

« L’expérience montre que, avec le temps, le changement des habitudes et la fiabilité du service, les chiffres ne font qu’augmenter », a expliqué Meital Lehavi, adjointe au maire de Tel-Aviv, qui détient le portefeuille des transports et qui soutient le projet depuis des années, à l’aide notamment de sondages d’opinion montrant un large soutien à la circulation des bus le jour de Shabbat.

Connu sous le nom de « Naïm Bussofash », le réseau fonctionne depuis fin 2019, lorsqu’il a introduit des lignes à Tel-Aviv, Givatayim et Ramat HaSharon. Mais bien que la plupart des Israéliens soient favorables à un service restreint des transports en commun le Shabbat, les gouvernements ont refusé de donner leur aval à la circulation des bus ce jour-là, les politiciens ultra-orthodoxes demandant à Israël de respecter de près le statu-quo en matière de religion et d’État.

Au cours d’un seul week-end de juillet, plus de 10 000 trajets ont été enregistrés sur les deux lignes reliant Ramat HaSharon et Tel-Aviv, signe de la croissance du projet, qui prouve à quel point c’est devenu un moyen de transport central pour les 46 000 habitants de la ville le vendredi et le samedi.

« Les gens sont convaincus qu’à Ramat HaSharon, tout le monde a deux ou trois voitures, mais vous seriez surpris », a déclaré Avi Gruber, maire de la banlieue très chic située au nord de Tel-Aviv. « Même pour les jeunes de Ramat HaSharon, payer 70 000 shekels pour une voiture d’occasion, avant d’ajouter les frais d’assurance et d’entretien, et travailler toute la journée pour la payer, c’est difficile. C’est beaucoup plus sympathique de se lever le samedi matin, de se rendre sur une rue principale et de prendre un bus gratuit en direction de la plage, sans chercher de place de parking et autres tracas ».

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Posted by Benny Buchnik on Friday, July 21, 2023

En moyenne, au cours d’un week-end, plus de 30 000 passagers utilisent les services Bussofash, selon les données officielles. Outre Ramat HaSharon, les villes où les lignes du Shabbat sont les plus populaires sont Givatayim (environ 5 000 trajets en moyenne par week-end) et Kiryat Ono (environ 2 500), suivies de Modiin, Hod HaSharon et Kfar Saba (environ 1 500 chacune).

Bien que la plupart des 10 villes et autorités locales actuellement membres du réseau se trouvent dans la région du Gush Dan entourant Tel-Aviv, la demande s’étend également à d’autres régions.

Début juin, la ligne 715 reliant Tel-Aviv à Mevasseret Zion, une grande banlieue à l’ouest de Jérusalem, a été inaugurée, Depuis lors, entre 400 et 500 passagers l’utilisent chaque week-end.

« Nos bus étaient pleins dès la première semaine », a dit Amir Kochavi, maire de Hod HaSharon. « Il y a de la demande pour davantage de bus, mais c’est très cher. »

Cependant, bien que la loi n’interdise pas les transports en commun le Shabbat, elle interdit de faire payer le trajet aux passagers, ce qui rend le financement du service difficile pour les diverses initiatives à but non lucratif qui ont d’abord été pionnières dans les initiatives de transport du Shabbat.

Cela a changé avec Bussofash, qui a mis en relation les autorités locales pour financer le projet à partir de leurs fonds propres. Chaque municipalité paie les frais de kilométrage dans sa juridiction, ainsi qu’une partie du kilométrage entre les villes. En tant que plaque tournante, Tel-Aviv a le plus grand fardeau financier, mais d’autres villes affirment que le coût peut être un problème.

Le maire de Tel Aviv Ron Huldai prend la pose lors du lancement des nouveaux bus de la ville qui circuleront pendant Shabbat, dès ce week-end, le 20 novembre 2019. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

Gruber, de Ramat HaSharon, a déclaré que l’absence de soutien budgétaire aux frais d’exploitation signifiait que les bus devaient encore fonctionner à des fréquences assez limitées.

« En principe, je pense que cela a du sens de facturer 5 shekels pour un trajet qui vous emmène au cinéma ou à la plage le Shabbat, mais nous n’avons pas le droit », a-t-il déclaré. « Dans l’ensemble, c’est un bon service qui se rapproche de ce que devrait être les transports en commun ».

Le maire a noté que Ramat HaSharon paye environ 1,2 million de shekels pour Bussofash, sur un budget municipal total s’élevant à 530 millions de shekels.

Dîners en famille ou sorties à la plage

En raison de son fonctionnement, le service de bus du Shabbat s’est fait une réputation de bus pour les jeunes qui se rendent en ville pour faire la fête le week-end, mais ses partisans municipaux notent que les lignes desservent toutes sortes de personnes pour toutes sortes de raisons.

« L’utilisation est très diversifiée », a déclaré Lehavi de Tel-Aviv. « Il y a de jeunes gens qui vivent à Tel-Aviv sans voiture et qui vont chez leurs parents en dehors de la ville pour le dîner du vendredi soir. Dans l’autre sens, les étrangers qui travaillent comme aides-soignants à domicile voyageront depuis la périphérie pour passer le week-end chez des amis à Tel-Aviv ».

Photo fournie par une militante favorable aux transports publics pendant Shabat. (Crédit : Roni Rahmani/Naeh T’nua)

Kochavi, de Hod HaSharon, a appelé les étudiants de sa ville à avoir recours à ce service pour rentrer chez eux le week-end.

« Je leur ai dit : ‘Revenez à la maison’ », a-t-il déclaré. « Je ne voulais pas que cela soit exclusivement étiqueté comme une ligne pour sortir s’amuser à Tel-Aviv. Dans les faits, elle est utilisée par toutes sortes de personnes. J’ai beaucoup de retours d’informations de personnes âgées ».

Cependant, à mesure que le service de bus a évolué, il a également été de plus en plus menacé par des personnalités politiques désireuses de mettre un frein aux transports du week-end, l’un des nombreux points de friction entre l’Israël libéral et la coalition du Premier ministre Benjamin Netanyahu, composée de partis de droite, d’extrême-droite et de partis religieux.

Au début de l’année, trois députés du parti ultra-orthodoxe Shas ont proposé une loi qui aurait conduit à la fermeture du service, mais la législation n’a pas avancé.

Photo non-datée d’un bus à Tel Aviv, à Shabbat. (Crédit : municipalité de Tel Aviv)

En travaillant en coulisses et en évitant les combats médiatiques, le service a réussi à continuer de fonctionner, voire à s’étendre, sans se heurter au gouvernement.

La ligne de Mevasseret en est un exemple. Lors de son lancement, certains résidents religieux de la ville ont protesté et le bus a dû sauter des arrêts. Mais le chef du conseil local, Yoram Shimon, a géré la question discrètement et l’agitation s’est apaisée.

« Si vous faites les choses discrètement, sans leur mettre le doigt dans l’œil juste pour faire un gros titre ou pour gagner des points avec les électeurs, les religieux savent fermer les yeux », a déclaré un responsable de l’une des municipalités participantes.

Mais avec des pourparlers en cours pour étendre l’initiative à plusieurs villes en périphérie du Gush Dan, le gouvernement aura probablement plus de mal à ignorer ce service grandissant, ce qui augmentera les risques d’une bataille de grande ampleur. Si la coalition au pouvoir tente de mettre au rebut les lignes de bus du Shabbat, elle se heurtera à une opposition virulente d’une coalition grandissante de villes du bastion libéral d’Israël déjà largement opposées au gouvernement et à son programme d’extrême droite et ultra-orthodoxe.

Kochavi a déclaré que toute tentative du gouvernement visant à fermer le service, surtout si cela se produisait avant les élections municipales d’octobre, serait une « lutte énorme ». « J’aimerais les voir essayer de l’arrêter », a-t-il menacé.

Lehavi a noté que les villes du Gush Dan avaient déjà montré qu’elles pouvaient travailler ensemble sur d’autres projets d’infrastructure interurbaine.

« Maintenant, en matière de transports, ce projet est devenu un symbole de l’alliance des villes et une preuve qu’elles peuvent agir ensemble pour le bien de ses habitants », a-t-elle déclaré. « Les incroyables manifestations [contre la refonte judiciaire controversés] de ces derniers mois ne font que prouver que personne ne réussira à empêcher Israël d’être libre et libéral ».

Cet article a été initialement publié sur Zman Israël, la version en hébreu du Times of Israël.

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