Shalom Piniya, « brisé », témoigne du chaos qui règne dans des hôpitaux débordés
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Shalom Piniya, « brisé », témoigne du chaos qui règne dans des hôpitaux débordés

Un malade chute sans personnel immédiatement disponible pour le relever, un cadavre qui reste dans un lit pendant six heures... L'hôpital Soroka est en pleine 3e vague

Photo d'illustration : un employé dans l'unité coronavirus du centre médical Soroka, le 15 septembre 2020. (Crédit :  Yossi Zeliger/Flash90)
Photo d'illustration : un employé dans l'unité coronavirus du centre médical Soroka, le 15 septembre 2020. (Crédit : Yossi Zeliger/Flash90)

Hospitalisé dans l’unité réservée aux malades atteints par le coronavirus au centre médical Soroka de Beer Sheva, Shalom Piniya a raconté être resté, pendant six heures, aux côtés du cadavre de l’homme qui se trouvait dans le lit à côté du sien.

Il a dit également avoir été le spectateur impuissant de la chute d’un autre patient qui tentait de se rendre aux toilettes. Ce dernier est resté à terre, recouvert d’urine, pendant de longues minutes avant que quelqu’un ne puisse lui venir en aide.

Piniya, un avocat âgé de 44 ans originaire de cette ville du sud du pays, a choisi de rapporter ces faits pour attirer l’attention sur la situation critique des hôpitaux au sein de l’Etat juif, actuellement débordés dans le contexte de la troisième vague d’épidémie de coronavirus qui s’abat sur le pays.

« Je me sens psychologiquement brisé », a déclaré Piniya devant les caméras de la Treizième chaîne, mardi soir, dans un entretien par vidéo accordé depuis l’unité. « Je suis pourtant quelqu’un de très fort, je n’ai jamais craqué comme ça mais j’ai l’impression que mon esprit a été taillé en pièces », a-t-il ajouté, en larmes.

Shalom Piniya, malade du coronavirus, s’exprime devant la Treizième chaîne depuis l’unité de coronavirus de l’hôpital Soroka, le 5 janvier 2020. (Capture d’écran)

Il évoque devant les journalistes cet homme qui se trouvait à côté de lui, qui est mort et que le personnel n’a pas remarqué – probablement parce que les employés ne regardaient pas les constantes vitales sur le bon moniteur.

« Je suis resté pendant presque six heures dans une pièce avec un cadavre à mes côtés », dit-il à la chaîne.

Il a aussi filmé une séquence bouleversante montrant un homme âgé tombé au sol alors qu’il tentait de se rendre aux toilettes, recouvert d’urine et appelant à l’aide.

Un malade tombé au sol de l’unité des malades du coronavirus à l’hôpital Soroka (Capture d’écran : Treizième chaîne)

« Economisez votre salive », dit un autre malade qui n’apparaît pas sur les images. « Personne ne vient ».

Le personnel a mis du temps à arriver.

En réponse, l’hôpital a expliqué que dès que les infirmières avaient réalisé que l’homme était tombé, elles lui étaient venues en aide, ajoutant qu’il fallait un certain temps pour que les personnels revêtent la combinaison de protection appropriée avant d’entrer dans l’unité.

« L’unité de coronavirus prend en charge en ce moment des dizaines de patients et les équipes médicales les surveillent 24 heures sur 24 », a fait savoir l’hôpital. « En raison de la réalité qui est particulièrement dure pour les équipes, il faut quelques minutes pour revêtir la combinaison de protection nécessaire ».

Le centre médical a noté que le malade qui était tombé était en bon état de santé.

Piniya a indiqué qu’il souhaitait partager son histoire de façon à ce que les Israéliens réalisent que les hôpitaux étaient débordés, les suppliant de prendre la menace du virus au sérieux.

« Faites attention à vous, j’étais un lion avant d’entrer ici, aujourd’hui je me sens comme un lapereau, brisé par ce virus », s’est-il exclamé. « Ne le sous-estimez pas ».

Les responsables des autres hôpitaux ont eux aussi averti qu’ils étaient sur le point d’être débordés par de nouveaux cas plus graves.

Des employées du centre médical Soroka de Beer Sheva dans l’unité de coronavirus de l’hôpital, le 15 septembre 2020 (Crédit : Yossi Zeliger/Flash90)

« Je suis désolé de le dire mais j’en viens à regretter la seconde vague », a dit le professeur Masad Barhoum, chef du centre médical Galilée à Nahariya à la Douzième chaîne. « Tout ce que j’espérais ne jamais voir se réaliser est en train de se produire actuellement ».

Le docteur Miki Halberthal, à la tête de l’hôpital Rambam de Haïfa, a expliqué qu’en plus d’une augmentation du nombre de malades, il constatait également des cas plus graves de la maladie chez des personnes plus jeunes.

« Ce sont les quinquagénaires et les sexagénaires qui sont le plus gravement malades et nous avons même placé un jeune de 17 ans sous respiration artificielle », a-t-il noté.

Ces mises en garde surviennent alors que les ministres du gouvernement ont voté, mardi soir, le durcissement du confinement national actuel en fermant les écoles et les entreprises non-essentielles pendant deux semaines, avec pour objectif de réduire le nombre de nouvelles infections quotidiennes qui a franchi les 8 000.

Des Israéliens passent devant un centre de vaccination à Jérusalem, le 4 janvier 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Ces mesures rentreront en vigueur dans la nuit de jeudi à vendredi à minuit et elles resteront effectives pendant au moins 14 jours, selon le bureau du Premier ministre et le ministère de la Santé.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a estimé que c’était la variante britannique du coronavirus qui était responsable de cette multiplication des nouvelles contaminations dans le pays.

« Nous sommes au beau milieu d’une pandémie mondiale qui se propage à une vitesse record après la mutation du virus qui a été initialement constatée en Grande-Bretagne. Aujourd’hui, elle est arrivée en Israël et elle a coûté de nombreuses vies. Nous sommes dans l’obligation d’imposer un plein confinement sans délai. Je n’ai aucun doute sur le fait que le gouvernement approuvera cette décision et la Knesset doit immédiatement lui donner son feu vert », a-t-il continué. « Chaque heure perdue signifie que la maladie se propage plus vite ».

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