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Shlomo Filber raconte l’appel « inhabituel » de Netanyahu sur Bezeq

L'ancien directeur du ministère des Communications dit que l'entretien entre les deux hommes avait servi à "contrôler" ce qu'il avait fait en faveur du géant des télécommunications

Shlomo Filber, ancien directeur-général du ministère des Communications lors d'une audience dans le procès de l'ex-Premier ministre Benjamin Netanyahu au tribunal de district de Jérusalem, le 5 avril 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Shlomo Filber, ancien directeur-général du ministère des Communications lors d'une audience dans le procès de l'ex-Premier ministre Benjamin Netanyahu au tribunal de district de Jérusalem, le 5 avril 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Dans son témoignage apporté mardi dans le cadre du procès pour corruption de l’ex-Premier ministre Benjamin Netanyahu, l’ancien directeur du ministère des Communications Shlomo Filber a admis avoir supprimé des messages dans son téléphone au cours de l’enquête réalisée dans le dossier. Il a par ailleurs raconté les détails d’une conversation téléphonique « inhabituelle » qu’il avait eue avec Netanyahu concernant le géant des télécommunications Bezeq.

Filber, ancien confident de Netanyahu qui témoigne aujourd’hui pour le Parquet, a indiqué qu’il avait effacé les messages échangés sur WhatsApp avec l’ancien actionnaire majoritaire de Bezeq, Shaul Elovitch, et avec l’ancienne directrice-générale de la firme, Stella Handler.

Alors que la procureure Yehudit Tirosh lui demandait s’il avait supprimé des correspondances liées à l’affaire en cours alors que l’Autorité des titres avait ouvert son enquête, Filber a répondu par l’affirmative, ajoutant qu’il l’avait fait parce que son téléphone était plein et qu’il avait plus de mémoire.

« J’ai supprimé un grand nombre de correspondances très lourdes », a-t-il dit devant les juges. « La mémoire de mon téléphone était remplie à 96 % et j’ai supprimé mes discussions avec Stella, avec Shaul, avec un groupe de membres de ma famille, avec un groupe de membres de ma communauté – des personnes avec lesquelles j’échangeais en permanence des messages », a-t-il expliqué.

« Ils prenaient beaucoup de mémoire. Je n’ai jamais supprimé un courriel et je n’ai dissimulé aucune preuve », a-t-il asséné.

Les éléments de preuve susceptibles d’être fournis par Filber – ancien responsable qui était, dans le passé, un proche de Netanyahu – sont considérés comme cruciaux dans le procès du Premier ministre, dans l’Affaire 4000.

Le leader de l’opposition Benjamin Netanyahu arrivant pour une audience de son procès, au tribunal de district de Jérusalem, le 28 mars 2022 (Crédit : Ohad Zwigenberg/POOL).

Netanyahu est actuellement traduit en justice dans trois affaires de corruption. Il doit répondre de fraude et d’abus de confiance dans les Affaires 1000 et 2000, et de pot-de-vin, de fraude et d’abus de confiance dans l’Affaire 4000. L’ancien Premier ministre, pour sa part, ne cesse de clamer son innocence, affirmant que ces accusations ont été fabriquées de toutes pièces dans le contexte d’un coup d’État politique dirigé par la police, les médias et les procureurs.

L’Affaire 4000 est la plus grave des trois affaires contre l’ancien Premier ministre. Netanyahu est accusé d’avoir fait avancer des décisions réglementaires en tant que ministre des Communications et Premier ministre qui ont énormément profité à Elovitch, malgré l’opposition de fonctionnaires du ministère des communications. En échange, le chef du gouvernement israélien aurait bénéficié d’un contrôle éditorial important sur le site d’information Walla, propriété d’Elovitch.

La procureure Tirosh avait interrogé Filber, plus tôt dans la matinée, sur un entretien téléphonique avec Netanyahu en 2016, lorsque le Premier ministre occupait également le siège de ministre des Communications. Cet appel entre les deux hommes avait eu lieu plusieurs mois après que Netanyahu, semble-t-il, ait demandé à Filber de faire avancer des réformes régulatoires au bénéfice de Bezeq.

« Il [Netanyahu] m’avait demandé où en étaient les choses concernant Bezeq. Je ne me souviens pas exactement de sa formulation mais il m’avait demandé ce que je faisais au niveau du ministère pour m’occuper de ça », avait raconté Filber. « J’ai fait brièvement le point avec lui. »

Les procureures Judith Tirosh et Liat Ben-Ari arrivent pour une audience dans le procès contre l’ancien Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, au tribunal de district de Jérusalem, le 5 avril 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Poussé dans ses retranchements par les questions complémentaires de Tirosh, Filber avait déclaré que cet entretien téléphonique était « inhabituel ».

Filber avait ajouté que « quand vous recevez un appel de Netanyahu pendant le week-end, ça veut dire que quelqu’un lui a parlé, que quelqu’un lui a mis la pression, que quelqu’un a porté quelque chose à son attention ».

Filber a aussi évoqué un autre appel reçu de Netanyahu suite à la publication d’un article dans le Marker consacré à la relation entre Netanyahu et Elovitch.

« Le Marker avait publié un article sur Bezeq, affirmant que Netanyahu et Filber donnaient des milliards à Elovitch », a dit Filber devant la cour. « Puis j’ai reçu un coup de téléphone de Netanyahu. Il paraissait inquiet et il m’a demandé pourquoi mon nom figurait là. »

Interrogé par le président du tribunal, Moshe Bar-Am, qui lui demandait si Netanyahu semblait préoccupé au sujet de l’article, Filber a répondu : « Oui, il était préoccupé ».

Shlomo Filber, ancien directeur-général du ministère des Communications lors d’une audience dans le procès de l’ex-Premier ministre Benjamin Netanyahu au tribunal de district de Jérusalem, le 5 avril 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La semaine dernière, Filber avait décrit un Netanyahu obsédé par son image.

« Netanyahu n’intervient pas, c’est quelqu’un qui vous laisse faire votre travail, il ne s’implique par dans les détails. Sauf quand il s’agit de quelque chose de très important à ses yeux – comme les médias », avait-il dit.

Filber est actuellement interrogé par le Parquet lors de son contre-interrogatoire, le ministère public cherchant à confronter le témoin aux versions apparemment contradictoires qu’il a données lors de son interrogatoire par la police et lors de son passage devant les juges.

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