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Les procureurs du procès Netanyahu réinterrogent le témoin de l’État

"Vous cachez quelque chose", lance la procureure lors du contre-interrogatoire de Shlomo Filber, qui était autrefois un élément clé du dossier de l'État

Shlomo Filber, ancien directeur général du ministère des Communications, lors d'une audience du procès de l'ancien Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, au tribunal de district de Jérusalem, le 4 avril 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Shlomo Filber, ancien directeur général du ministère des Communications, lors d'une audience du procès de l'ancien Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, au tribunal de district de Jérusalem, le 4 avril 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

C’est une procureure sceptique qui a interrogé l’ancien directeur du ministère des Communications Shlomo Filber lundi, l’accusant d’avoir modifié la version qu’il a donnée aux enquêteurs lors de son témoignage à la barre dans le procès pour corruption de l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Filber, un proche collaborateur de Netanyahu devenu témoin de l’État, est considéré comme un élément essentiel de l’accusation dans l’affaire 4000, dans laquelle l’ancien premier ministre est accusé d’avoir échangé des faveurs réglementaires pour obtenir une couverture plus favorable sur le site d’information Walla.

Le contre-interrogatoire, mené par la procureure Yehudit Tirosh, visait à confronter Filber aux versions apparemment contradictoires qu’il a données lors de son interrogatoire par la police et lors des délibérations du tribunal.

« Votre description concernant la réduction des coûts et la recherche de moyens de contournement était beaucoup plus légère [au tribunal] que celle que vous avez donnée pendant l’enquête, qui était beaucoup plus accablante », a déclaré Mme Tirosh.

Filber a été accusé d’avoir manipulé les règlements du ministère des Communications au profit de Shaul Elovitch, à l’époque actionnaire majoritaire de Bezeq, la plus grande entreprise de télécommunications du pays, et propriétaire de Walla.

« Vous avez déclaré avoir poussé les choses à l’extrême », a ajouté Mme Tirosh, en référence aux déclarations de Filber à la police, au moment où il faisait lui-même l’objet d’une enquête.

La procureure Judith Tirosh arrive pour une audience dans le procès contre l’ancien Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, au tribunal de district de Jérusalem, le 14 mars 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Tirosh a accusé Filber de faire marche arrière et de minimiser, devant le tribunal, l’implication directe de Netanyahu et son impact sur les actions de Filber qui devaient apporter à Bezeq un avantage non équitable sur ses concurrents. La semaine dernière, le tribunal a rejeté la demande de l’accusation de le traiter comme un témoin hostile plutôt que comme un témoin aidant l’État.

Lorsqu’un témoin est déclaré hostile, les procureurs peuvent le contre-interroger et demander aux juges d’accorder plus de poids à ses déclarations antérieures qu’à son témoignage devant le tribunal.

« Il y a quelque chose que vous ne dites pas [maintenant] et que vous avez dit très clairement dans le passé. La vérité est en train de sortir. Vous avez dit que les anomalies dans le cadre de la séparation structurelle de Bezeq étaient certainement sous les instructions directes de M. Netanyahu, qui a dit que l’attitude positive [au ministère] envers Bezeq devait se poursuivre. Vous avez dit que cela passait « avant tout le reste » », a-t-elle accusé.

Tirosh a ensuite confronté Filber à des déclarations antérieures qu’il avait faites au cours de son enquête et qui montraient clairement comment Netanyahu dirigeait sa politique.

Tirosh a lu une déclaration donnée par Filber le 19 février 2018, qui se lit comme suit : « Mon jugement a été contaminé en raison du fait qu’il était clair qu’en fin de compte, nous devions parvenir à un résultat positif avec Bezeq. »

« Oui, il y a eu des moments où je me suis senti acculé », a répondu Filber.

Image composite de l’ancien premier ministre Benjamin Netanyahu (R) et de l’ancien actionnaire majoritaire de Bezeq, Shaul Elovitch. (Crédit : Ohad Zwigenberg/Flash90)

« Vous avez dit que vous étiez sous leur contrôle, qu’ils avaient la capacité de déterminer si cela se passait ou non. Vous avez dit que vous n’aviez pas l’option de ‘si’ mais seulement du ‘comment' », a martelé Tirosh.

« J’avais le pouvoir de décider quels détails ajouter. En ce qui me concerne, je considère que je n’ai jamais reçu l’option de ne pas le faire », a répliqué Filber.

« Ma position n’a pas changé. C’est vrai. Elovitch a dit que tout ce qu’il voulait avait reçu un appui, et je savais clairement par qui », a ajouté Filber, faisant référence à Netanyahu.

Au début de son témoignage mercredi dernier, Filber a déclaré que son ancien patron lui avait demandé de « mitiger » la concurrence en faveur de l’entreprise de télécommunications Bezeq, une mesure réglementaire valant des centaines de millions de dollars.

Filber a nié toute tentative d’induire en erreur l’accusation ou de fournir un témoignage contradictoire, expliquant les éventuelles différences dans ses déclarations comme étant le résultat de la « complexité de la situation » et reprochant aux interrogateurs de la police d’avoir tenté de simplifier ses déclarations.

« J’ai essayé d’expliquer la complexité [de la situation] aux enquêteurs de la police, mais ils ne voulaient pas entendre », a déclaré Filber à la cour la semaine dernière. « Ils ne voulaient pas que je leur donne une vue d’ensemble de la situation, ils ne voulaient qu’un ‘oui ou un non’. »

Shlomo Filber, directeur général du ministère de la Communication, arrive pour une audience au tribunal de première instance de Rishon Lezion, le 18 février 2018. (Crédit : Flash90)

Lors de son témoignage devant le tribunal, Filber a donné plusieurs versions légèrement différentes des événements par rapport aux versions qu’il avait données aux enquêteurs par le passé. Cela a conduit les procureurs à soupçonner Filber d’essayer de réfuter son ancien témoignage en ajoutant de nombreuses mises en garde aux déclarations précédentes.

Après des discussions entre les avocats et les juges sur la question la semaine dernière, il a été décidé de ne pas déclarer Filber témoin hostile, mais néanmoins de permettre aux procureurs de le contre-interroger à la barre, ce qui aurait été le résultat principal d’une telle déclaration.

Filber avait déclaré aux juges lorsque l’accusation avait formulé sa demande qu’il ne se considérait pas comme un témoin hostile. « Je suis venu ici pour dire la vérité », a-t-il dit, affirmant que « les choses ont été exagérées ». Il a déclaré que le témoignage au tribunal était « difficile pour moi psychologiquement et que c’est une affaire compliquée. »

Il a affirmé qu’une partie de ce qu’il a dit aux enquêteurs était une « analyse » de la situation.

Il a admis que des messages sur son téléphone ont été effacés, mais note que « le téléphone était rempli à 96 % », et dit qu’ils comprenaient des groupes messagerie de famille et de voisinage et « toutes les personnes avec lesquelles je parlais sans arrêt ».

« Mais je n’ai effacé aucun courriel et je n’ai caché aucune preuve », dit-il.

L’affaire 4000 est la plus grave des trois affaires contre l’ancien Premier ministre. Netanyahu est accusé d’avoir fait avancer des décisions réglementaires en tant que ministre des Communications et Premier ministre qui ont énormément profité à M. Elovitch, malgré l’opposition de fonctionnaires du ministère des communications. Netanyahu nie toutes les accusations portées contre lui.

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