Shulem Lemmer, le premier chanteur élevé hassidique à signer dans un grand label
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Shulem Lemmer, le premier chanteur élevé hassidique à signer dans un grand label

Né à Brooklyn, le musicien a sorti son dernier album et réalisé une tournée des stades qui a fait de lui une star

Shulem Lemmer est une véritable vedette dans sa communauté - et en plus un chantre. (Meredith Truax/ via JTA)
Shulem Lemmer est une véritable vedette dans sa communauté - et en plus un chantre. (Meredith Truax/ via JTA)

TA — La carrière de chanteur de Shulem Lemmer a pris un tournant positif au cours de l’année dernière.

De fait, il s’est produit dans plusieurs stades et salles de spectacle importants. Il a joué à guichets fermés au Fenway Park de Boston, au Citi Field de New York et au Vivint Smart Home Arena de Salt Lake City. Pour Shulem — on l’appelle seulement par son prénom comme les autres chanteurs juifs très connus Matisyahu et Drake – il s’agissait de grands succès, même si le public était surtout là pour voir les équipes de baseball des Red Sox, des Mets et l’Utah Jazz, et pas lui.

Les voyages de Shulem étaient le résultat d’un exploit véritablement unique : il est devenu le premier Juif ayant été élevé comme ultra-orthodoxe à signer un contrat avec un grand label, Decca Gold, qui fait partie d’Universal Music Group. (Matisyahu, qui portait autrefois la barbe et des papillotes, a été élevé en tant que Juif reconstructioniste, et s’est ensuite tourné vers l’orthodoxie. Il a maintenant tourné la page.)

Decca Gold a sorti l’album de Shulem, « The Perfect Dream » [Le rêve parfait], à la fin de l’année dernière. Il s’agit d’une reprise de chansons traditionnelles juives et laïques, de « Jérusalem of Gold » à « You’ll Never Walk Alone » de Rodgers et Hammerstein jusqu’au tube de Whitney Houston et Mariah Carey « When You Believe » (de la bande-originale du « Prince d’Egypte »).

Shulem chante comme un ténor passionné avec une voix puissante qui dévoile des traces évidentes de ses racines dans la communauté ultra-orthodoxe Belz et de son activité de chantre. Il occupe d’ailleurs toujours cette position à l’occasion des fêtes majeures à Ahavath Torah, une synagogue orthodoxe moderne à Englewood, dans le New Jersey. Il réalise également de nombreuses performances en tant que chantre dans différentes synagogues tout au long de l’année.

Shulem a grandi à Brooklyn – le plus jeune de huit enfants dans un foyer où la musique était toujours présente, mais pas la chanson : aucun de ses parents ne savait très bien chanter. Et pourtant, Shulem et son frère Yanky – un chantre très apprécié dans la synagogue orthodoxe de Lincoln Square à Manhattan – ont hérité de ce talent.

« Mon père plaisante que tout le talent vient de lui et qu’il nous a tout donné sans rien garder pour lui-même », relate Shulem.

Il s’est construit une réputation localement aussi bien pour ses compétences de chantre que pour ses représentations devant des groupes juifs. Mais c’est une vidéo sur YouTube qui a attiré l’attention de Graham Parker, le président de Decca Records US.

Il s’agit ici d’extraits d’interviews séparées de Graham Parker et Shulem. Elles couvrent une grande variété de sujets, de la signification du succès à l’antisémitisme.

JTA : Comment avez-vous commencé à chanter ?

Shulem: J’ai toujours aimé la musique que l’on écoutait à la maison. Mon père écoutait beaucoup de musique religieuse. Ma sœur aînée, qui est décédée quand elle avait seulement 23 ans, m’a encouragé à chanter et à apprendre des chansons. Lors du mariage de mon frère, elle m’a incité à aller sur scène. À ce moment-là, je me suis senti vraiment à l’aise. J’étais un enfant timide, et ce fut une sorte de révélation.

Mon frère, Yanky, avons réussi à persuader mon père de nous acheter une batterie pour nos anniversaires, que nous avons partagée, et ensuite une guitare. J’ai appris à en jouer par moi-même. Quand je suis parti étudier en Israël, j’y ai rapidement développé des contacts [dans l’industrie de la musique] et j’ai chanté en accompagnement sur plusieurs enregistrements. Quand je suis rentré [aux États-Unis], j’ai rejoint le Shira Choir [chorale orthodoxe à Brooklyn]. J’ai réalisé quelques performances en solo, et on m’a rapidement contacté pour me produire plus souvent. J’ai sorti un album en 2015 [intitulé « Shulem »] et commencé à développer une base de fans non seulement dans le monde juif laïc, mais aussi beaucoup de chrétiens.

Comment avez-vous connu Shulem et quelle a été votre première réaction ?

Graham Parker : J’ai découvert Shulem sur Youtube, et spécifiquement le clip « Chad Gadya » qu’il a réalisé il y a quelques années. J’ai tout de suite compris que Shulem était orthodoxe et hassidique, mais je ne savais pas à quel mouvement du hassidisme il appartenait. C’était la combinaison de sa voix spectaculaire, de sa personnalité et de sa foi profonde qui en faisait une personne forte à découvrir.

Vous êtes Juif. Comment cela a-t-il influencé votre processus de réflexion ?

Graham Parker : Oui, je suis Juif, et mon judaïsme est très important pour moi. D’un point de vue professionnel, ma judéité n’a pas fait pencher la balance pour prendre une décision au sujet de Shulem. Cependant, cela a pu aider que je connaisse déjà les traditions et les pratiques des Juifs pratiquants. J’ai grandi en tant que Juif, j’en ai épousé un qui a été élevé dans la religion, et nous élevons deux enfants juifs. Nous mangeons une nourriture strictement casher à la maison et nous observons le Shabbat et les fêtes juives d’une manière qui fait sens pour nous, en tant qu’individus et famille.

Comment considérerez-vous que ce projet a été une réussite ?

Graham Parker : Faire signer Shulem était un choix assez audacieux. Mon objectif est de voir si Shulem, grâce à sa voix, sa musique et son message de foi, peut toucher un public au-delà de la communauté juive et attirer des fans de toutes les religions et traditions.

Shulem, quelle est votre définition du succès ?

Shulem : Tout d’abord, le succès signifie être capable de subvenir aux besoins de ma famille. [Jusqu’à récemment, Shulem travaillait à temps-partiel comme directeur du marketing d’une startup technologique.] Mais le succès signifie aussi toucher et inspirer autant de gens que possible. La musique est un langage universel, une manière de lancer un dialogue, d’envoyer un message d’unité, de positivité et d’espoir. Je veux partager un message d’amour entre les êtres humains grâce à la musique.

Bien sûr – mais quels sont vos objectifs personnels dans l’industrie de la musique ?

Shulem : Je n’ai jamais rêvé de devenir une star. Je ne cherche pas à devenir quelque chose en particulier. Une opportunité me conduit vers une autre, et je me réjouis de tout ce qui peut venir avec.

Le fait d’être Juif hassidique limite-t-il ces opportunités ?

Shulem : Il y aura des limitations et des défis. Bien sûr, je ne vais pas faire de concert pendant le Shabbat, mais il y a aussi des sujets qui ne sont pas forcément noirs ou blancs. Je demanderai à mon rabbin, en fonction de la situation. Il est précisé dans mon contrat que je peux refuser tout ce qui ne serait pas en accord avec ma pratique religieuse. Je ne ferai pas de duos avec une femme, par exemple. Ils voulaient que je le fasse pour le thème du film « Le Jeu de Quezon » [sur le projet du président philippin Manuel Quezon de sauver des Juifs allemands et autrichiens pendant la Seconde Guerre mondiale ; le film n’est pas encore sorti aux États-Unis]. J’ai refusé, et ils m’ont laissé faire ma version en solo.

Êtes-vous parfois lassé d’être fixé du regard en public ? Est-ce pire maintenant en tant que personnalité publique ?

Shulem : C’est quelque chose qui s’est toujours produit, même quand j’étais petit. Mais cela dépend où je suis. Si je suis dans des endroits relativement près de New York, les gens sont habitués aux Juifs hassidiques. Ailleurs, les gens me dévisagent, et on me demande comment je fais pour avoir mes papillotes.

Le pire, ce sont les gens derrière un écran. J’ai commencé à recevoir beaucoup de messages antisémites. Au départ, je pensais que ce n’était que des mots, mais ensuite il y a eu [la fusillade de] Jersey City et [l’attaque à] Monsey. C’est devenu la réalité, et c’est effrayant. Je sais que ce n’est qu’un tout petit nombre de gens, mais il n’en faut pas beaucoup. Nous avons pris des mesures de sécurité. Je connais beaucoup de monde, des amis et des collègues, qui s’arment. C’est l’atmosphère actuellement.

Comment faites-vous pour avoir des papillotes ?

Shulem : Avec de la mousse, et je les enroule avec mes doigts.

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