Smotrich appelle au boycott de la chaîne de la Knesset suite à une polémique
Rechercher

Smotrich appelle au boycott de la chaîne de la Knesset suite à une polémique

Le député d’extrême droite a exhorté ses collègues à refuser de parler à la chaine après qu’elle a licencié trois employés qui ont diffusé une vidéo de Ofer Shelah en pleine colère

Stuart Winer est journaliste au Times of Israël

Capture d'écran d'une vidéo du député Ofer Shelah, de Yesh Atid-Telem, à gauche, dos à la caméra, lors d'une altercation alors qu'il donnait une interview à la chaîne de la Knesset, en mai 2020. (Ynet)
Capture d'écran d'une vidéo du député Ofer Shelah, de Yesh Atid-Telem, à gauche, dos à la caméra, lors d'une altercation alors qu'il donnait une interview à la chaîne de la Knesset, en mai 2020. (Ynet)

Le député d’opposition Bezalel Smotrich, de l’alliance nationaliste-religieuse Yamina, a appelé jeudi ses collègues législateurs à boycotter la chaîne officielle de la Knesset après le licenciement de trois employés suite à la diffusion d’images montrant un autre député criant sur des journalistes, et quittant une interview en studio.

Les licenciements ont provoqué l’indignation du système médiatique, certains suggérant qu’ils étaient le symptôme de tensions entre les salariés et la direction de la chaine.

Smotrich a ainsi déclaré qu’il n’accorderait plus d’interviews à la chaîne de la Knesset.

Celle-ci a licencié mercredi trois employés à la suite d’une enquête portant sur la fuite d’images d’une interview avec le député d’opposition Ofer Shelah, qui auraient dû être archivées et non pas être diffusées, comme l’a fait le site d’information Ynet plus tôt cette semaine.

Dans la vidéo, Shelah peut être vu quittant le plateau après avoir réprimandé deux présentateurs, qui l’ont interrogé sur ses prétendues critiques du chef du parti Kakhol lavan Benny Gantz par le passé.

La direction de la chaine de la Knesset a ordonné une enquête, exigeant que tous ceux qui auraient pu avoir accès à la vidéo subissent un interrogatoire avec un détecteur de mensonge. Deux femmes et un homme ont par la suite été licenciés. Selon les médias israéliens, l’un de ces salariés était une rédactrice en chef, qui aurait été licenciée pour avoir refusé de dire à sa direction qui avait fait fuiter la vidéo et qui a refusé de passer le test avec le polygraphe.

La rédactrice en chef a déposé plainte auprès du tribunal du travail et le Syndicat des journalistes d’Israël a demandé à se joindre aux poursuites.

Dans un communiqué, Yair Tarchitsky, président de l’Union des journalistes en Israël, a déclaré : « La chaîne est devenue au cours de la semaine dernière un spectacle d’horreur… Il est inacceptable qu’une organisation médiatique se comporte de la sorte. »

Il y a un an, la rédactrice en chef licenciée s’était plainte de harcèlement sexuel au sein de la rédaction, a rapporté le diffuseur public Kan.

Elle a été identifiée dans d’autres médias et sur les réseaux sociaux comme Yehudit Agassi-Damari.

Sur les deux autres salariés licenciés, l’un serait à l’origine de la fuite, ont rapporté les médias.

Le ministre des Transports Bezalel Smotrich s’exprime devant ses militants lors d’un meeting de campagne à Ramat Gan, en 12 août 2019. (Crédit : Gili Yaari/Flash90)

« Il est inacceptable de licencier des employés simplement parce qu’ils ont refusé de révéler qui a divulgué la vidéo du député Ofir Shelah », a tweeté Smotrich jeudi. « Face à cette situation, je ne peux pas me permettre de continuer à donner des interviews à la chaîne. »

Il a appelé les autres députés à se joindre à lui jusqu’à ce que la direction de la chaîne revienne sur sa décision.

Shelah, ancien journaliste, s’est également prononcé contre les licenciements.

« Je n’ai rien à voir avec l’enquête sur les salariés de la chaîne de la Knesset ni, bien sûr, avec leurs licenciements, que j’ai appris dans les médias », a-t-il tweeté.

Shelah a indiqué que, étant donné la situation critique de l’économie et du marché du travail suite à la pandémie de coronavirus, « je pense qu’il est nécessaire de reconsidérer le licenciement d’individus à un tel moment de crise comme celui-ci. Ils peuvent et doivent avoir une autre chance ».

Un certain nombre de journalistes israéliens se sont dits préoccupés par les licenciements. Yair Tarchitsky, dirigeant du syndicat des journalistes, a envoyé mercredi une lettre au président de la Knesset, Yariv Levin, lui demandant de se pencher sur les licenciements, a rapporté The Marker.

La lettre indique que les « mesures punitives prises par la chaîne sont disproportionnées et inacceptables pour le syndicat et pour le secteur des médias. Il est à craindre que l’utilisation d’un polygraphe soit destinée à semer la peur parmi les salariés. Votre implication est nécessaire ».

Selon The Marker, il y aurait des conflits entre la direction et les employés de la chaîne.

Le député Ofer Shelah du parti Yesh Atid assiste à une réunion de la commission des affaires étrangères et de la défense de la Knesset, le 30 avril 2018. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

L’analyste politique de la Douzième chaine, Amit Segal, semblait être d’avis que les licenciements étaient plus importants que la vidéo divulguée, tweetant mercredi : « Shelah n’était pas lié aux demandes de licenciement. Ils ont profité de l’incident. »

Dans un autre tweet, il a ajouté : « Toujours incapable de me calmer après l’incident à la chaîne de la Knesset. »

« Nos fonds publics sont utilisés pour des tests avec polygraphe sur les journalistes », a-t-il poursuivi. « Ce n’est pas ce à quoi ressemble un média, c’est de l’intimidation. »

« Les salariés ont mis fin à leur emploi avec la chaîne de la Knesset en raison d’incidents graves qui ont conduit à une crise de confiance avec eux et entraîné la cessation de leur contrat », a déclaré mercredi la chaîne de la Knesset dans un communiqué.

La chaîne a déclaré que les mesures prises étaient justifiables et ne violaient pas les droits des salariés.

Lors de son interview, enregistré le mois dernier, le député du parti Yesh Atid avait été interrogé sur des allégations de Kakhol lavan selon lesquelles il aurait critiqué le chef de leur coalition, le ministre de la Défense Benny Gantz, avant que les deux partis ne se séparent et que Kakhol lavan entre dans un gouvernement d’unité avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu. Alors que Kakhol lavan a rejoint le gouvernement, ses partenaires d’alliance Yesh Atid-Telem sont entrés dans l’opposition.

Shelah a rejeté l’accusation et a averti les présentateurs Moshe Glassner et Avi Blum de ne pas aller plus loin, ou il leur ferait un procès. Se levant de sa chaise pour mettre fin à l’interview, il leur a crié dessus après que l’un d’eux lui a posé des questions sur ce qu’il a défini comme un « mensonge complet ».

Alors que l’équipe en studio intervenait, Shelah a déclaré : « J’en ai fini avec votre interview, vous n’êtes rien. » Il a ensuite quitté le plateau.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...