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Stalingrad : La Russie se tourne vers son passé pour légitimer sa guerre en Ukraine

Pour les Russes, Stalingrad est devenu synonyme de la victoire sur le nazisme, et la bataille occupe aussi une place centrale dans le patriotisme que promeut le Kremlin

Le centre de la ville de Stalingrad après la victoire soviétique contre les forces de l'Axe, le 2 février 1943. (Crédit : RIA Novosti archive / CC-BY-SA 3.0)
Le centre de la ville de Stalingrad après la victoire soviétique contre les forces de l'Axe, le 2 février 1943. (Crédit : RIA Novosti archive / CC-BY-SA 3.0)

Quatre-vingt ans ont passé, mais le sacrifice des soldats soviétiques face aux nazis lors de la bataille de Stalingrad définit toujours la ville, devenue Volgograd. À présent, le pouvoir russe s’efforce d’inscrire son assaut contre l’Ukraine dans cet héritage.

C’est peu dire que la cité sur les rives de la Volga reste encore marquée par cet affrontement titanesque qui fit plus d’un million de morts côté soviétique en 1942-1943, et marqua le début de la fin pour le régime d’Adolf Hitler. 

Aujourd’hui encore, les steppes entourant la ville rendent chaque année des centaines de corps de soldats des deux camps.

« En 2022, plus de 1 200 militaires de l’Armée rouge ont été retrouvés » et seulement trente identifiés, explique à l’AFP Andreï Orechkine, qui organise des fouilles pour retrouver ces corps et leur donner une sépulture.

Pour les Russes, Stalingrad est devenu synonyme de la victoire sur le nazisme, et la bataille occupe aussi une place centrale dans le patriotisme que promeut le Kremlin.

Dmitry Medvedev au mémorial de la guerre de Mamaev Kurgan, à Volgograd. (Crédit : Volganet.ru / CC BY-SA 3.0)

« Nous combattons le fascisme »

Alors que la Russie s’apprête à célébrer jeudi les 80 ans de cette victoire, le pouvoir veut en profiter pour inscrire dans cet héritage son assaut contre l’Ukraine, lancé il y a près d’un an.

Depuis le début de l’offensive, le président Vladimir Poutine ne cesse de marteler que son voisin doit être « dénazifié », qualifiant les autorités ukrainiennes de « néonazies » déterminées à exterminer les russophones.

Beaucoup en Russie se sont rangés derrière ce message. Parmi eux, Andreï Orechkine.

« Il est évident que nous combattons le fascisme » en Ukraine, dit-il à l’AFP, depuis le cimetière de Rossochka, près de Volgograd, où sont enterrés les morts soviétiques, allemands et roumains de Stalingrad.

Pour lui, l’Occident, en soutenant l’Ukraine, fait d’ailleurs une erreur similaire aux nazis.

« À l’époque, l’Allemagne nazie et ses alliés avaient mésestimé les spécificités de l’Union soviétique, sa puissance et le patriotisme de son peuple », analyse-t-il.  

Et « aujourd’hui, l’Occident espère que la Russie soit faible », conclut M. Orechkine.

Dans les rues de Volgograd, les symboles honorant l’Armée rouge côtoient désormais ceux des troupes engagées en Ukraine, ces lettres « Z » et « V » qui ornent de nombreux véhicules militaires russes.

Le musée de la bataille de Stalingrad n’est pas en reste, accueillant des cérémonies de remise de décorations pour les familles de soldats tués en Ukraine.

« Le message est le suivant : les ancêtres des gens (tués sur le front ukrainien, NDLR) combattaient le fascisme », explique Tatiana Prikaztchikova, une employée du musée, montrant un panorama de la bataille de Stalingrad.

« Ils sont les héritiers de cette tradition, car en réalité ils combattent aussi le fascisme », assure-t-elle.

Si les habitants de Volgograd interrogés par l’AFP sont dans l’ensemble favorable à la tenue jeudi de fastueuses commémorations de la bataille de Stalingrad, avec la présence probable de Vladimir Poutine, beaucoup se montrent beaucoup moins à l’aise pour parler de l’Ukraine.

Ekaterina Sedova, dont l’arrière-grand-père a combattu à Stalingrad, relève qu’elle ne veut pas « mélanger » les choses. Cette étudiante en chimie de 21 ans ajoute qu’elle ne s’informe pas trop sur l’Ukraine « pour ne pas se faire du mal psychologiquement ».

Le président russe Vladimir Poutine lors d’une visioconférence avec les chefs des État-membres du forum économique Eurasie à Bishkek via visioconférence à Moscou, en Russie, le 26 mai 2022. (Crédit : Mikhail Metzel, Sputnik, Kremlin Pool Photo via AP)

« Parallèles inacceptables »

Viatcheslav Iachtchenko, un historien de Volgograd, relève que les cérémonies des dernières années célébrant Stalingrad sont bien plus pompeuses qu’à l’époque soviétique, et il s’inquiète de voir que cette année elles puissent servir à promouvoir l’assaut russe contre son voisin.

« C’est inacceptable de tracer de tels parallèles », dit-il à l’AFP, en dépit de la répression en Russie où critiquer l’offensive russe est passible de prison. 

« Les autorités instrumentalisent des victoires passées et les événements historiques qui les arrangent pour façonner l’image du pays et manipuler la conscience des gens », assène-t-il.

Au cimetière de Rossochka, M. Orechkine, le chef de l’Union des chercheurs bénévoles de vestiges de la Seconde Guerre mondiale, voit les choses très différemment. 

« Les futures générations vont peut-être devoir faire ce que nous faisons », dit-il, montrant des médaillons retrouvés dans la terre argileuse autour de Volgograd.

« J’espère que ceux qui sont au pouvoir auront appris de notre expérience, et que les morts ne seront pas abandonnés sur les champs » de bataille, ajoute-t-il.

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