Sumatra : Une brigade féminine de gardes-forestières se bat pour l’environnement
Rechercher

Sumatra : Une brigade féminine de gardes-forestières se bat pour l’environnement

L'équipe d'une trentaine de femmes affronte des stéréotypes sexistes et des autorités souvent indifférentes à l'exploitation illégale du bois et l'extension des plantations de café

Un groupe de femmes gardes forestières patrouillant dans la forêt de Bener Meriah, dans la province d'Aceh, le 25 novembre 2020. (Crédit : CHAIDEER MAHYUDDIN / AFP)
Un groupe de femmes gardes forestières patrouillant dans la forêt de Bener Meriah, dans la province d'Aceh, le 25 novembre 2020. (Crédit : CHAIDEER MAHYUDDIN / AFP)

Levée à l’aube, Sumini nourrit sa famille nombreuse et termine ses tâches domestiques avant de commencer son autre travail : garde forestière pour protéger la jungle luxuriante de Sumatra.

Cette Indonésienne de 45 ans dirige une brigade de femmes qui lutte contre la destruction de la forêt tropicale et le braconnage des tigres, des pangolins et d’autres espèces menacées.

Les coupables sont surtout des hommes, parfois des voisins ou les maris de certaines femmes de l’équipe qui vit dans le village de Damaran Baru sur l’île de Sumatra, à l’ouest de l’archipel d’Asie du Sud-Est.

L’équipe d’une trentaine de femmes affronte des stéréotypes sexistes, bien ancrés dans cette province d’Aceh qui pratique un islam ultra-conservateur, et des autorités souvent indifférentes à l’exploitation illégale du bois et l’extension des plantations de café.

« La forêt a toujours été associée aux hommes », note Sumini, qui comme de nombreux Indonésiens ne porte qu’un nom.

« Mais nous voulons changer cela et souligner que ça concerne aussi les femmes. Les femmes sont en colère face à la destruction de l’environnement et ont décidé d’agir pour résoudre ce problème. »

Une femme garde forestière portant son petit-fils après une patrouille dans la forêt de Bener Meriah, dans la province d’Aceh, le 25 novembre 2020. (Crédit : CHAIDEER MAHYUDDIN / AFP)

En colère

Le groupe, qui inclut à présent l’un des fils de Sumini et son épouse, s’est formé en 2015 après une inondation qui a détruit des dizaines de maisons dans le village d’un millier d’habitants.

Le mari de Sumini, après s’être longtemps fait prier, a accepté de l’accompagner en amont pour comprendre pourquoi les eaux venues des pentes d’un volcan à proximité charriaient autant de bois et de débris.

« Quand on est arrivés là-bas, j’ai vu que la forêt sur la montagne avait été rasée », dit-elle.

« J’ai dit à mon mari : ‘Eh bien, voilà la cause. La forêt a été détruite par les hommes.’ J’étais en colère et depuis ce moment, je me suis dit que j’allais agir pour protéger la forêt. »

Deux fois par mois, Sumini, met un chapeau sur son hidjab, des bottes en caoutchouc, et part pour cinq jours d’exploration en forêt à travers des terrains raides et accidentés.

Avec sa brigade elle cherche le moindre indice de braconnage ou de destruction de la forêt, libère des animaux des pièges et répertorie les espèces endémiques.

L’équipe laisse aussi des panneaux mettant en garde contre toute activité illégale qu’elle signale aux autorités.

Les femmes replantent aussi des arbres par milliers avec l’aide de volontaires.

Au début, leur initiative n’a pas été bien accueillie à Aceh, province ultra-conservatrice du nord de Sumatra, qui est la seule à appliquer la charia en Indonésie.

« Les gens pensaient que les femmes pouvaient se livrer à des actes immoraux en forêt parce que d’habitude c’est un homme qui nous guide », explique Sumini.

« Et certains demandaient ‘pourquoi les femmes protègent-elles la forêt ? Ce n’est pas leur affaire’. »

Sumini, 45 ans, garde forestière indonésienne, mène un groupe de femmes volontaires qui lutte contre la déforestation et le braconnage de la faune dans les forêts où elles vivent, à Bener Meriah, dans la province d’Aceh, le 25 novembre 2020. (Crédit : CHAIDEER MAHYUDDIN / AFP)

« Erreurs du passé »

Mais à présent, certains bûcherons ou braconniers sont passés de leur côté et devenus volontaires.

Après avoir chassé des pangolins pendant des années, Bustami, 54 ans, a arrêté de braconner ces mammifères menacés très prisés pour leur viande ou leurs écailles, notamment dans la médecine traditionnelle chinoise.

« Je ne me rappelle même plus du nombre de pangolins que j’ai tués », dit-il. « J’ai gagné beaucoup d’argent, mais ça n’a pas duré. »

« Maintenant je protège l’environnement pour compenser mes erreurs du passé. »

Quand il a rejoint l’équipe comme guide, et encouragé les autres chasseurs et bûcherons à abandonner leur activité, il s’est attiré les moqueries de certains hommes du village.

« Mais je n’ai pas honte d’être dirigé par une équipe de femmes parce que ce qu’elles font pour l’environnement est noble », rétorque-t-il.

Annisa, l’une des femmes de l’équipe, est déterminée à changer les mentalités. Et même son mari qui a fait de la prison pour avoir coupé des arbres illégalement.

« Notre village connaîtrait d’autres catastrophes naturelles s’il n’y avait pas les gardes forestières », explique la femme de 40 ans à l’AFP.

Son mari, Muhammad Saleh, a aussi abandonné le braconnage pour rejoindre le groupe.

« J’avais honte que ma femme travaille à protéger l’environnement quand je le détruisais. »

« Mon plus grand regret, c’est que certaines espèces que je chassais ne sont plus visibles dans la forêt », dit-il, comme des espèces de toucans.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...