Suspension de l’assistance sécuritaire américaine au Pakistan : quels enjeux ?
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Suspension de l’assistance sécuritaire américaine au Pakistan : quels enjeux ?

Washington et Kaboul accusent le Pakistan de soutenir des groupes insurgés responsables d'atrocités comme les talibans afghans

Des manifestants tiennent un drapeau de l'Etat islamique lors d'une protestation contre Israël, au centre de Srinagar, à Cachemire - le 18 juillet 2014 (Crédit : AFP / Tauseef MUSTAFA)
Des manifestants tiennent un drapeau de l'Etat islamique lors d'une protestation contre Israël, au centre de Srinagar, à Cachemire - le 18 juillet 2014 (Crédit : AFP / Tauseef MUSTAFA)

Exaspérés par le laxisme supposé du Pakistan en matière de lutte contre le terrorisme, les Etats-Unis ont annoncé la suspension de centaines de millions de dollars d’assistance sécuritaire. Une telle approche peut-elle fonctionner et quelles conséquences aura-t-elle pour le Pakistan ?

En dépit des démentis répétés d’Islamabad, Washington est convaincu de la duplicité du Pakistan, accusé de soutenir les talibans à l’origine de sanglants attentats en Afghanistan, tout en empochant des milliards de dollars d’aide américaine.

Après des années de relations tendues et de méfiance réciproque, les Etats-Unis ont finalement annoncé jeudi le gel des paiements prévus dans le cadre du « fond de soutien de la coalition » destiné à rembourser au Pakistan ses dépenses liées aux opérations antiterroristes. Ils avaient déjà suspendu le versement de 255 millions de dollars d’aide militaire en septembre 2017.

Que demandent les Etats-Unis au Pakistan?

Washington et Kaboul accusent le Pakistan de soutenir des groupes insurgés responsables d’atrocités comme les talibans afghans et leurs alliés du réseau Haqqani.

Ils estiment que ces derniers disposent de sanctuaires où se réfugier dans les zones frontalières avec l’Afghanistan et entretiennent des liens avec l’armée pakistanaise, qui les utilise en retour pour contrer l’influence de l’Inde dans la région.

Washington exige que ce soutien cesse. Le Pakistan de son côté rétorque avoir éradiqué les sanctuaires et accuse les Etats-Unis d’ignorer les énormes sacrifices humains et financiers consentis par Islamabad dans sa lutte contre le terrorisme.

Il renvoie en outre la balle à Kaboul, accusé d’abriter sur son sol des insurgés responsables à leur tour de sanglants attentats au Pakistan.

Pourquoi avoir tant attendu pour geler cette aide ?

Selon des chiffres américains, le Pakistan a perçu plus de 33 milliards de dollars d’aide depuis 2002.

Elle a été suspendue dans le passé, notamment en 2011 après le raid américain sur la ville pakistanaise d’Abbottabad qui avait coûté la vie au chef d’Al-Qaïda Oussama Ben Laden.

Le choix de sa cachette, à proximité d’une prestigieuse académie militaire, pouvait laisser penser qu’il avait bénéficié des années durant de la protection des services secrets pakistanais.

Mais les Etats-Unis semblent peu désireux de couper complètement les ponts avec le Pakistan, où le sentiment anti-américain est déjà fort.

Ils ont besoin de l’accès à son espace aérien et à ses routes d’approvisionnement vers l’Afghanistan, pays enclavé où ils conservent une présence réduite par rapport à il y a quelques années, mais toujours conséquente.

L’influence du Pakistan sur les talibans est considérée comme cruciale dans la perspective de potentiels pourparlers de paix.

Par ailleurs, le Pakistan est le seul pays musulman à détenir la puissance nucléaire et les Etats-Unis veulent s’assurer qu’elle ne sera pas utilisée contre l’Inde rivale et ne tombera pas aux mains d’extrémistes.

Les Etats-Unis « veulent appliquer une pression graduée sur le Pakistan pour (qu’il) modifie sa politique, plutôt que l’abandonner complètement », souligne l’analyste pakistanais Hasan Askari.

Quel résultat en espérer ?

Certains experts estiment qu’il n’existe pas de véritable moyen de faire pression sur le Pakistan, celui-ci étant plus soucieux d’empêcher l’Inde d’acquérir de l’influence en Afghanistan que de s’en prendre aux insurgés à sa frontière.

Pour M. Askari, le gel de l’assistance sécuritaire pourrait se traduire par une grave perte d’influence américaine au Pakistan, qui pourrait se tourner vers d’autres alliés.

La Chine, impliquée dans un méga-projet d’infrastructures d’une valeur de quelque 60 milliards de dollars au Pakistan – est le candidat le plus évident. Elle a d’ailleurs été le premier pays à prendre sa défense après un tweet critique du président Donald Trump.

Au final, tant que Washington ne s’attaquera pas aux craintes que l’Inde suscite au Pakistan, ce dernier n’aura pas intérêt à changer de politique, estiment des experts.

« Aucune quantité de pot-de-vin ou de menace ne peut pousser les gens à agir à l’encontre de ce qu’ils considèrent comme leur intérêt premier », a tweeté le journaliste Murtaza Mohammad Hussain.

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