Taekwondo : Kimia Alizadeh s’entraîne aux Pays-Bas après avoir quitté l’Iran
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Taekwondo : Kimia Alizadeh s’entraîne aux Pays-Bas après avoir quitté l’Iran

Kimia Alizadeh a critiqué le gouvernement iranien pour son "hypocrisie" sur Instagram ; elle ne sait pas encore quel pays elle représentera lors des prochains jeux

L'Iranienne Kimia Alizadeh est heureuse d'avoir remporté la médaille de bronze dans une compétition de taekwondo féminin de 57 kg aux Jeux olympiques d'été de 2016 à Rio de Janeiro, au Brésil, le 18 août 2016. (AP Photo/Andrew Medichini)
L'Iranienne Kimia Alizadeh est heureuse d'avoir remporté la médaille de bronze dans une compétition de taekwondo féminin de 57 kg aux Jeux olympiques d'été de 2016 à Rio de Janeiro, au Brésil, le 18 août 2016. (AP Photo/Andrew Medichini)

La taekwondoïste Kimia Alizadeh se trouve aux Pays-Bas, où elle s’entraîne en vue des JO 2020 de Tokyo après avoir quitté son pays, a déclaré lundi son nouvel entraîneur.

Seule femme médaillée olympique dans l’histoire du sport iranien, Kimia Alizadeh, qui a annoncé sa défection sur Instagram ce week-end, « s’entraîne avec nous depuis le 18 décembre. Elle est arrivée aux Pays-Bas avec un visa, accompagnée de son mari », a déclaré auprès de l’AFP Mimoun El Boujjoufi, entraîneur de taekwondo à Eindhoven (sud).

La jeune femme de 21 ans s’est exprimée sur son compte Instagram, alors que l’Iran est toujours sous le choc de la catastrophe aérienne du Boeing 737 d’Ukraine International Airlines – abattu mercredi à Téhéran par un tir de missile iranien – dans laquelle ont péri 176 personnes, en majorité iraniennes et canadiennes.

La sportive qui a décroché le bronze aux JO 2016 de Rio, ce qui lui avait valu les éloges de ses compatriotes, dont ceux du président iranien Hassan Rouhani et des conservateurs de la République islamique, a délivré une charge au vitriol contre les autorités de son pays, où le taekwondo est l’un des sports majeurs.

Conformément à la coutume musulmane stricte en Iran, Kimia Alizadeh, alors âgée de 18 ans, a participé à la compétition en portant un foulard sur son uniforme de taekwondo et un équipement de protection.

Elle n’a pas l’intention de combattre sous les couleurs de l’Iran.

Elle a annoncé son départ définitif de l’Iran en invoquant « l’hypocrisie » d’un système qui, selon elle, humiliait les athlètes tout en les utilisant à des fins politiques.

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با سلام آغاز کنم، با خداحافظی یا تسلیت؟ سلام مردم مظلوم ایران، خداحافظ مردم نجیب ایران، تسلیت به شما مردم همیشه داغدار ایران. شما مرا چقدر می‌شناسید؟ فقط آنطور که در مسابقات، در تلویزیون، یا در حضور مقامات دیده‌اید. اجازه دهید حالا آزادانه، هویت سانسور شده‌ام را معرفی کنم. می‌گویند کیمیا پس از این چیزی نخواهد شد. خودم از این هم فراتر می‌روم و می‌گویم قبل از این هم چیزی نبوده‌ام: «من کیمیا علیزاده، نه تاریخسازم، نه قهرمانم، نه پرچمدار کاروان ایران» من یکی از میلیون‌ها زن سرکوب شده در ایرانم که سال‌هاست هر طور خواستند بازی‌ام دادند. هر کجا خواستند بردند. هر چه گفتند پوشیدم. هر جمله‌ای دستور دادند تکرار کردم. هر زمان صلاح دیدند، مصادره‌ام کردند. مدال‌هایم را پای حجاب اجباری گذاشتند و به مدیریت و درایت خودشان نسبت دادند. من برایشان مهم نبودم. هیچکداممان برایشان مهم نیستیم، ما ابزاریم. فقط آن مدال‌های فلزی اهمیت دارد تا به هر قیمتی که خودشان نرخ گذاشتند از ما بخرند و بهره‌برداری سیاسی کنند، اما همزمان برای تحقیرت، می‌گویند: فضیلت زن این نیست که پاهایش را دراز کند! من صبح‌ها هم از خواب بیدار می‌شوم پاهایم ناخودآگاه مثل پنکه می‌چرخد و به در و دیوار می‌گیرد. آنوقت چگونه می‌توانستم مترسکی باشم که می‌خواستند از من بسازند؟ در برنامه زنده تلویزیون، سوال‌هایی پرسیدند که دقیقاً بخاطر همان سوال دعوتم کرده بودند. حالا که نیستم می‌گویند تن به ذلت داده‌ام. آقای ساعی! من آمدم تا مثل شما نباشم و در مسیری که شما پیش رفتید قدم برندارم. من در صورت تقلید بخشی از رفتارهای شما، بیش از شما می‌توانستم به ثروت و قدرت برسم. من به اینها پشت کردم. من یک انسانم و می‌خواهم بر مدار انسانیت باقی بمانم. در ذهن‌های مردسالار و زن‌ستیزتان، همیشه فکر می‌کردید کیمیا زن است و زبان ندارد! روح آزرده من در کانال‌های آلوده اقتصادی و لابی‌های تنگ سیاسی شما نمی‌گنجد. من جز تکواندو، امنیت و زندگی شاد و سالم درخواست دیگری از دنیا ندارم. مردم نازنین و داغدار ایران، من نمی‌خواستم از پله‌های ترقی که بر پایه فساد و دروغ بنا شده بالا بروم. کسی به اروپا دعوتم نکرده و در باغ سبز به رویم باز نشده. اما رنج و سختی غربت را بجان می‌خرم چون نمی‌خواستم پای سفره ریاکاری، دروغ، بی عدالتی و چاپلوسی بنشینم. این تصمیم از کسب طلای المپیک هم سخت‌تر است، اما هر کجا باشم فرزند ایران زمین باقی می‌مانم. پشت به دلگرمی شما می‌دهم و جز اعتماد شما در راه سختی که قدم گذاشته‌ام، خواسته دیگری ندارم.

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« Dois-je commencer par un bonjour, un au revoir ou des condoléances ? » écrivait-elle sur Instagram alors que l’Iran était sous le choc de la destruction accidentelle d’un avion de ligne ukrainien qui a tué les 176 personnes à bord.

Critiquant le système politique iranien pour « hypocrisie », « mensonge », « injustice » et « flagornerie », elle a déclaré qu’elle ne voulait rien d’autre que « le taekwondo, la sécurité et une vie heureuse et saine ».

Boujjoufi a dit que c’était Alizadeh qui l’avait approché pour rejoindre son équipe.

« Elle est mondialement connue en taekwondo. C’est une grande motivation pour l’équipe. Elle se sent bien ici », a précisé Boujjoufi.

Alizadeh n’a pas l’intention de représenter l’Iran aux Jeux olympiques de Tokyo et cherche un autre pays à représenter.

« Elle va devoir demander l’asile ici, une procédure longue et compliquée, si elle veut représenter les Pays-Bas. Mais elle souhaite d’abord reprendre ses esprits avant de penser à la suite », a déclaré M. El Boujjoufi.

La probabilité qu’elle soit naturalisée néerlandaise avant l’ouverture des JO-2020 (24 juillet-9 août) est pratiquement nulle, mais elle pourrait demander à intégrer l’équipe olympique des réfugiés qui est apparue à Rio, en 2016, pour la première fois à l’instigation du Comité internationale olympique (CIO).

La championne s’entraîne quotidiennement au club Taekwondo Eindhoven, et souhaite rester en retrait de l’attention médiatique.

« Elle a tout quitté et laissé sa famille en Iran. La situation est très difficile pour elle, ça se ressent à l’entraînement. Mais c’est une professionnelle », a souligné l’entraîneur, louant les qualités de la sportive : « Sa taille, son discernement. Et elle est passionnée ».

Alizadeh n’est pas la première athlète iranienne à quitter l’Iran ces derniers mois.

L’année dernière, Saeid Mollaei, le champion du monde des poids lourds en titre, s’est enfui à Berlin après avoir exposé et critiqué la pression exercée par Téhéran sur lui pour qu’il perde délibérément aux championnats du monde à Tokyo l’été dernier afin d’éviter un éventuel combat contre un adversaire israélien.

Mollaei, qui était champion du monde des poids lourds en titre, a ensuite obtenu le statut de réfugié en Allemagne.

L’Iranien Saeid Mollaei (en blanc) se bat contre le Belge Matthias Casse, le 28 août 2019. Il a affirmé avoir reçu l’ordre de perdre délibérément un combat de championnat du monde et pourrait participer sous le drapeau des réfugiés aux Jeux olympiques de Tokyo en 2020, ont déclaré des responsables le 1er septembre. (Charly TRIBALLEAU / AFP)

La Fédération Internationale de Judo a apporté son soutien à Mollaei, et s’est engagée à l’aider à participer aux Jeux Olympiques d’été 2020 à Tokyo.

L’Iran ne reconnaît pas Israël et les passeports iraniens rappellent aux détenteurs en rouge gras qu’ils « n’ont pas le droit de voyager en Palestine occupée ».

Peu après l’incident, la FIJ a confirmé une interdiction provisoire de l’Iran pour avoir refusé que ses sportifs affrontent les judokas israéliens.

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