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Analyse

Trump – Abbas : alors que la paix semble s’éloigner, l’espoir fait vivre

L'enthousiasme débordant des dirigeants sur un accord de paix ne permet pas de dissimuler le fait que l'un d'entre eux n'a rien proposé de nouveau, et que le second n'a rien proposé du tout

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le président américain Donald Trump avec le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, le 3 mai 2017. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)
Le président américain Donald Trump avec le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, le 3 mai 2017. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)

Malgré un étalage d’enthousiasme non-dissimulé rarement manifesté au sujet de l’un des conflits les plus intraitables du monde, le spectacle qu’à donné le président américain Donald Trump aux côtés de son homologue de l’Autorité palestinienne risque de ne pas être très efficace pour convaincre le monde qu’il réussira à négocier un accord de paix là où de nombreux autres ont échoués.

Trump a manifesté un optimisme sans limites sur sa faculté à parvenir à un accord, et sur le fait que résoudre ce conflit ne semble pas être aussi difficile que d’autres ont pu le faire croire. Il n’a cependant pas pu cacher le fait qu’il n’a pas été capable d’énoncer une seule politique, ou un principe, ou une idée qui pourrait orienter le processus de négociation vers le progrès, sans même parler de signer un traité de paix.

Aaron David Miller, ancien négociateur de paix américain, qui a travaillé pour des administrations républicaines et démocrates, a publié sur Twitter : « Je n’ai jamais entendu un président américain aussi confiant avec si peu de projets ».

Malgré le fait qu’il ait prétendu qu’il « il y a de très, très grandes chances » que l’on arrive à un accord de paix, même après qu’il a reçu les deux dirigeants, et qu’il a envoyé son conseiller Jason Greenblatt dans la région pour rencontrer les décideurs, on ne sait toujours pas comment il compte résoudre le conflit israélo-palestinien.

Le président américain Donald Trump et le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas lors de la conférence de presse à la Maison Blanche le 3 mai 2017 à Washington (Crédit : Olivier Douliery-Pool/Getty Images via JTA)
Le président américain Donald Trump et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas lors de la conférence de presse à la Maison Blanche le 3 mai 2017 à Washington (Crédit : Olivier Douliery-Pool/Getty Images via JTA)

De plus, les déclarations conjointes de Trump et d’Abbas depuis la Maison Blanche mercredi n’ont rendu cet espoir que plus lointain.

Une fois de plus, Trump a évité de soutenir la création d’un État palestinien, ni même le concept de « deux états pour deux peuples » et tout juste proposé d’aider les deux parties avec « ceux qu’elles voudront».

« Les Palestiniens et les Israéliens doivent travailler de concert pour parvenir à un accord qui permettra aux deux peuples de vivre, de pratiquer leur religion et de prospérer en paix », a déclaré Trump, devant un drapeau palestinien. « Et je ferais tout ce qui est nécessaire pour faciliter et accord, je servirais de médiateur, d’arbitres, ce qu’ils voudront. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le président américain Donald Trump, à la Maison Blanche, le 15 février 2017. (Crédit : Saul Loeb/AFP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le président américain Donald Trump, à la Maison Blanche, le 15 février 2017. (Crédit : Saul Loeb/AFP)

Un état, deux états, peu importe. Le monde a été sous le choc, quand, en février, durant sa conférence de presse avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu, Trump a balayé d’un revers de main le consensus international.

Mais s’il est sérieux quant à la négociation de la paix, Trump devra finir par adhérer à la solution à deux états, avaient conclu de nombreux analystes, dont celui-ci. Si l’administration venait à faire de la création d’un état palestinien un objectif politique, cela ne s’est pas produit mercredi.

Et si Trump n’a pas prononcer les mots « solution à deux états » alors qu’il recevait le dirigeant palestinien à la Maison Blanche, il est peu probable qu’il le fasse une fois qu’Abbas aura quitté les lieux.

Peut-être que le président fera cette déclaration lorsqu’il arrivera dans la région à la fin du mois. Peut-être pas. Mais l’effet de surprise semble faire partie intégrante de sa politique étrangère, après tout.

Les sympathisants de Trump rabâchent que le fait qu’il ne soit pas expert politique sera peut-être justement ce qui lui permettra de dénouer le nœud gordien du Moyen Orient.

Le président est peu orthodoxe, imprévisible et a, une fois de plus, défié toutes les attentes, disent ses partisans.

Le secrétaire d'État américain John Kerry, la ministre israélienne de la Justice et négociatrice en chef Tzipi Livni et le négociateur en chef palestinien, Saeb Erekat, le 30 juillet 2013 (Crédit département d'Etat des Etats-Unis/domaine public)
Le secrétaire d’État américain John Kerry, la ministre israélienne de la Justice et négociatrice en chef Tzipi Livni et le négociateur en chef palestinien, Saeb Erekat, le 30 juillet 2013 (Crédit département d’Etat des Etats-Unis/domaine public)

Après des décennies qui ont vu des experts maitriser le sujet de la paix, mais pour autant ne pas parvenir à un accord, c’est peut-être un ancien magnat de l’immobilier, qui réfléchit de manière inconventionnelle, qui parviendra à négocier « l’accord ultime ».

Mais faire la paix au Moyen Orient n’est en rien semblable à l’achat d’un bien immobilier à New York, et Abbas a assuré qu’il ne souhaitait pas acquérir le Brooklyn Bridge de Trump.

Le chef palestinien a lu une liste interminable, campé sur ses positions, tout en répondant poliment à l’optimisme de Trump.

« Notre choix stratégique est de faire venir la paix grâce à deux États, avec un état palestinien stable, avec Jérusalem Est pour capitale, qui vit en paix aux côtés de l’État d’Israël dans les frontières de 1967 », a-t-il dit.

Le chef palestinien a parlé de « la question des réfugiés », mais au lieu de signaler qu’il abandonnait son exigence au « droit de retour », un élément rédhibitoire pour le gouvernement israélien, il a indiqué que le problème sera réglé « selon les dispositions du droit international » et sur la base de « diverses références et termes de référence pertinents à cet égard, et en fonction de ce qui est stipulé dans les traités et accords antérieurs ».

Il a parlé de l’Initiative de paix arabe et de résolutions de l’ONU, il a démenti le fait que les enfants palestiniens sont élevés dans la haine des Israéliens, il a refusé de reconnaître Israël comme l’État juif, et il a déploré le fait que les Palestiniens « sont le seul peuple au monde à vivre encore sous occupation ».

En d’autres termes, Abbas et Trump ont tous les deux affirmés qu’ils voulaient la paix, et qu’ils considèrent que c’est une possibilité, mais ont servi la même vieille formule, qui s’est révélée être un échec à chaque fois, et qui continuera à échouer : l’un propose un accord de paix, et l’autre n’a rien proposé du tout.

« Nous y arriverons. Nous travaillerons dur pour y arriver », a conclu Trump.

Peu après, quand Trump a affirmé que la résolution du conflit n’était pas aussi compliquée qu’elle en avait l’air, l’ancien envoyé américain en Israël Dan Shapiro a tweeté : « Je suis de nature optimiste, mais pour l’amour du ciel ! »

Le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, arrivant au siège de l'Autorité palestinienne dans la ville de Ramallah en Cisjordanie pour des réunions avec des responsables palestiniens le 24 novembre 2015 (Crédit : AFP / ABBAS MOMANI)
Le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, arrivant au siège de l’Autorité palestinienne dans la ville de Ramallah en Cisjordanie pour des réunions avec des responsables palestiniens le 24 novembre 2015 (Crédit : AFP / ABBAS MOMANI)

John Kerry, ancien secrétaire d’État et supérieur de Shapiro avait judicieusement démontré, avec son échec en 2013, que le travail et le fervent désir de révolution ne suffisent pas.

L’administration Obama n’était pas parvenue à avancer dans l’arène israélo-palestinienne parce qu’elle aussi s’était dogmatiquement accrochée à certains paradigmes, notamment celui de la politique de tolérance zéro à l’égard des constructions, mettant sur un pied d’égalité les avant-postes reculés de Cisjordanie et les quartiers de Jérusalem.

Mais le refus catégorique de Trump a dessiner les contours d’un statut final vague qu’il souhaite tellement faciliter n’inspire pas vraiment confiance en ses capacités à faire la paix.

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