En dépit de l’indifférence de Trump, la solution à 2 États n’est pas enterrée… pour le moment
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Analyse

En dépit de l’indifférence de Trump, la solution à 2 États n’est pas enterrée… pour le moment

Netanyahu ne prononcera pas ces termes, et Abbas ne reviendra pas à la table des négociations, mais la solution à 2 États est bien la solution sur laquelle ils ne travaillent pas

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le président américain Donald Trump, à la Maison Blanche, le 15 février 2017. (Crédit : capture d’écran YouTube/White House)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le président américain Donald Trump, à la Maison Blanche, le 15 février 2017. (Crédit : capture d’écran YouTube/White House)

WASHINGTON – Theodor Herzl, le père fondateur du sionisme politique, avait déclaré, au sujet d’une terre d’accueil pour les juifs : « si vous le désirez, ce n’est pas un rêve ».

Près de 70 ans après que la prémonition d’Herzl ne devienne réalité, avec la création de l’État d’Israël, Donald Trump a déclaré mercredi, qui si vous le voulez, l’État juif peut devenir un État judéo-arabe binational. Faites ce que vous voulez.

« Je regarde [la solution à] deux états et [la solution à] un état et j’aime celle que les deux parties aiment », avait déclaré Trump durant la conférence de presse à la Maison Blanche, avec à ses côtés, le Premier ministre Benjamin Netanyahu qui gloussait. « Je peux vivre avec n’importe laquelle des deux. »

Ces propos, sur un ton remarquablement nonchalant, sont en réalité une déclaration dramatique qui vient renverser une politique américaine des Affaires étrangères vieille de plusieurs décennies. En Israël, la droite a jubilé, et la gauche a déploré le glas de la solution à 2 États.

Mais la vérité, c’est que bien que les aspirations palestiniennes à la création d’un État indépendant aient pris un sacré coup mercredi, l’heure d’enterrer la solution à 2 États n’a pas encore sonné. Elle a été gelée. Mais si et quand les circonstances actuelles changeront, elle pourra être ressuscitée, au bon vouloir des Palestiniens et des Israéliens. C’est une cryogénisation diplomatique, à la façon du Moyen-Orient.

Durant un point presse après son entretien avec Trump, un journaliste a demandé à Netanyahu si la solution à 2 États était morte. Il a refusé de répondre clairement, et s’est contenté d’affirmer que ses préconditions n’avaient pas changé : les Palestiniens doivent reconnaître Israël comme un État juif, et accepter que l’armée israélienne garde la main sur le contrôle de la sécurité en Cisjordanie.

S’il a été clair sur le fait que la création d’un État palestinien n’était pas imminente, et qu’il n’y avait donc aucun intérêt à discuter de la solution à 2 États, il a également dit quelque chose qui n’a pas reçu l’attention des médias, mais qui offre un nouvel éclairage sur ses projets pour l’avenir de la Cisjordanie.

« Je ne veux pas annexer près de 2,5 millions de Palestiniens en Israël. Je ne veux pas qu’ils soient nos sujets. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président américain Donald Trump, à la Maison Blanche, le 15 février 2017. (Crédit : Avi Ohayon/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président américain Donald Trump, à la Maison Blanche, le 15 février 2017. (Crédit : Avi Ohayon/GPO)

Durant cette semaine à Washington, Netanyahu a laborieusement évité de prononcer les mots « solution à 2 États » ni « État palestinien ». Cet effort visait à gagner la faveur de la droite et à apaiser les membres bellicistes de sa coalition, mais aussi parce qu’il est certain que la création d’un État palestinien n’est pas pour demain. Mais il a n’a pas non plus adhéré pleinement à une solution d’un État unique, parce que cela aurait condamné la majorité juive d’Israël ou bouleversé son caractère démocratique.

Durant la conférence de presse de mercredi, le Premier ministre a parlé de « chercher des nouvelles façons, des nouvelles idées » pour parvenir à la paix. « Et je pense qu’une opportunité pour la paix réside dans une approche régionale qui impliquerait nos partenaires arabes dans la poursuite d’une paix à grande échelle et d’une paix avec les Palestiniens ».

Netanyahu en parle depuis des années, Israël et les États arabes sunnites ont comme ennemi commun l’Iran, ce qui ouvre la voie à la création de nouvelles alliances régionales. En l’absence de négociations israélo-palestiniennes bilatérales, les amis de Jérusalem au Caire, à Ryad ou ailleurs pourraient faire pression sur Ramallah pour que les Palestiniens fassent les concessions nécessaires pour parvenir à un accord de paix.

Le problème de cette approche, c’est que les dirigeants arabes ont promis qu’ils ne normaliseraient pas leurs relations avec Israël tant que dure « l’occupation » subie par le peuple palestinien.

Trump s’est épanché sur l’idée : « il pourrait s’agir d’un accord bien plus grand et bien mieux que ce à quoi toutes les personnes dans cette pièce s’attendent ». Plus tard, il a ajouté « nous coopérons avec des gens qui, par le passé, n’auraient jamais, au grand jamais pensé à faire une chose pareille. »

Le président a déclaré que cette approche « n’a pas été discutée au préalable ». Il n’avait pas l’air de savoir que Netanyahu en parle depuis longtemps, mais que cette approche a été publiquement rejetée par les dirigeants arabes.

La méconnaissance évidente de Trump sur l’histoire et les détails du conflit israélo-palestinien explique ses propos contestables sur « 2 États et 1 État ».

Il n’a pas vraiment rejeté la solution à 2 États. Il a tout simplement indiqué qu’il se fichait des détails du moment que les Israéliens et les Palestiniens parviennent au « grand accord de paix » qu’il désire tant.

Le président américain Donald Trump, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, et leurs épouses Melania Trump et Sara Netanyahu, à la Maison Blanche, le 15 février 2017. (Crédit : Andrew Harrer-Pool/Getty Images)
Le président américain Donald Trump, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, et leurs épouses Melania Trump et Sara Netanyahu, à la Maison Blanche, le 15 février 2017. (Crédit : Andrew Harrer-Pool/Getty Images)

Cette façon de laisser carte blanche distingue très nettement Trump de son prédécesseur Barack Obama, qui avait une idée très claire de ce qu’il attendait d’Israël, à savoir, le retrait des frontières de 1967 et la création d’un État palestinien, avec un échange de terrains, mais cette approche a spectaculairement échoué.

Plusieurs éléments permettent d’affirmer que l’administration américaine actuellement n’abandonnera pas la solution à 2 États. Pour commencer, Trump lui-même dit avoir pensé « que [la solution à] deux états était la plus facile des deux ». Il ne l’a jamais écartée, mais a simplement dit qu’il sera « content avec celle qu’ils aiment le plus ».

Sur papier, Ramallah et Jérusalem œuvrent pour une solution à 2 États (même si Netanyahu refuse de le dire, pour des raisons liées à sa politique intérieure). Les dirigeants palestiniens ont été clairs là-dessus, après la conférence de presse conjointe, bien que le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas ait longtemps résisté à l’appel de Netanyahu de revenir à la table des négociations. Tant qu’Israël et les Palestiniens ne disent pas le contraire, il n’y a aucune raison que Trump ne soutienne pas la stratégie qu’ils partagent.

De plus, Trump a déclaré que les implantations israéliennes pourraient ne pas aider à parvenir « à l’accord ultime ».

Mercredi, il a demandé à Netanyahu de « faire preuve de retenue pour un moment ». Il n’y aurait aucune autre raison de faire une telle demande s’il ne cherchait pas à garder l’idée d’un futur État palestinien contigu en Cisjordanie. Les partisans de la solution à 2 États maintiennent que l’expansion des implantations rend la séparation et l’accord de 2 États impossible, ce qui est précisément pourquoi les juifs, qui s’opposent à cet accord, veulent conserver la quasi-totalité de la Judée et la Samarie biblique, et encouragent sans cesse la construction dans les implantations

Jeudi, David Friedman, désigné ambassadeur en Israël par Trump, et Nikki Haley, l’ambassadrice des États-Unis à l’ONU ont tous deux déclaré que la Maison Blanche était toujours en faveur de la solution à 2 États. « Nous soutenons absolument une solution à deux Etats, mais nous songeons aussi à des alternatives », a déclaré Mme Haley à l’issue d’une réunion du Conseil de sécurité consacré au Proche-Orient.

Bien que faisant part de son scepticisme, Friedman, durant son audition de confirmation devant le Sénat, a aussi déclaré : « Cela reste la meilleure option pour la paix dans la région ». Il a ajouté, au sujet d’un État unique : Il a ajouté : « Je ne pense pas que quiconque voudrait d’un Etat où différentes classes de citoyens ont des droits différents. »

Pour l’instant, en dépit de l’indifférence que porte Trump aux détails, la solution à 2 États est bien la solution sur laquelle ils ne travaillent pas.

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