Tunisie : l’ambassadeur à l’ONU limogé a commis « une grave erreur »
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Tunisie : l’ambassadeur à l’ONU limogé a commis « une grave erreur »

Moncef Baati siégeait depuis le 1er janvier au Conseil de sécurité de l'ONU où il représente les pays arabes

Moncef Baati, l'ambassadeur tunisien aux Nations unies, au siège des Nations unies à New York, le 30 janvier 2020. (Capture d'écran: YouTube)
Moncef Baati, l'ambassadeur tunisien aux Nations unies, au siège des Nations unies à New York, le 30 janvier 2020. (Capture d'écran: YouTube)

La Tunisie a justifié samedi le limogeage de son ambassadeur à l’ONU en expliquant qu’il avait commis une « grave erreur » en distribuant un document devant servir à rédiger un projet de résolution condamnant le plan américain sur le Proche-Orient « sans consulter son pays ».

Moncef Baati siégeait depuis le 1er janvier au Conseil de sécurité de l’ONU où il représente les pays arabes.

Le ministère tunisien des Affaires étrangères a annoncé vendredi son limogeage, parlant d’un « manque de coordination » avec ce ministère.

Selon des sources diplomatiques à l’ONU, ce rappel est lié à un projet palestinien de résolution condamnant le plan annoncé le 28 janvier par le président américain Donald Trump pour un règlement du conflit israélo-palestinien.

M. Baati a « distribué un document qui devait servir à élaborer un projet qui sera présenté à la prochaine réunion du Conseil de sécurité », a indiqué samedi à la radio privée Shems FM Rachida Ennaifer, conseillère du président tunisien Kais Saied chargée des médias et de la communication.

« C’est une grave erreur diplomatique car le diplomate n’a pas consulté au préalable la présidence de la République ni le ministère des Affaires étrangères », a dit Mme Ennaifer.

Elle a par ailleurs nié qu’il y ait eu des « pressions » de la part de l’administration américaine pour que Tunis rappelle son ambassadeur.

D’après une source diplomatique à l’ONU, M. Baati aurait été plus loin que ne l’aurait voulu Tunis sur le dossier du Proche-Orient en apportant un soutien trop appuyé aux Palestiniens, au risque d’altérer la relation entre la Tunisie et les Etats-Unis.

Le président de l’Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas a multiplié les initiatives diplomatiques pour rallier les oppositions au plan américain.

Le chef de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas s’exprime au Conseil de sécurité des Nations unies à New York, le 20 février 2018. (AFP/Timothy A. Clary)

Après avoir reçu le soutien de la Ligue arabe et de l’Organisation de la coopération islamique, il a prévu de se rendre à un sommet de l’Union africaine dimanche et lundi avant d’aller mardi devant le Conseil de sécurité.

Les Palestiniens veulent à cette occasion soumettre à un vote du Conseil un projet de résolution dénonçant le plan américain.

Mardi, ils avaient fait remettre au Conseil de sécurité par la Tunisie et l’Indonésie un premier projet de texte, selon des diplomates.

Diplomate de carrière chevronné et apprécié de ses homologues, Moncef Baati était retraité lorsqu’il lui avait été demandé en 2019 de reprendre du service pour devenir ambassadeur à l’ONU pour les deux ans de présence de ce pays au Conseil de sécurité.

Des centaines de personnes ont manifesté mercredi dans le centre de Tunis contre « l’accord de la honte », en référence au plan du président américain Donald Trump sur le Proche-Orient, appelant à boycotter les produits américains.

« Boycottez les tueurs d’enfants et le terrorisme économique », ou encore « Boycott Apple », pouvait-on notamment lire sur des banderoles.

Le président tunisien Kaïs Saïed, qui avait arboré le drapeau palestinien le soir de son élection le 13 octobre et martèle depuis des positions farouchement opposées à Israël, avait déjà condamné fermement le plan, le qualifiant d' »injustice du siècle ».

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