Ukraine: un leader juif critique la lettre américaine dénonçant l’antisémitisme
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Ukraine: un leader juif critique la lettre américaine dénonçant l’antisémitisme

Josef Zissels a laissé entendre que Moscou pouvait avoir payé les membres du congrès pour condamner les lois ukrainiennes "qui glorifient les collaborateurs des nazis"

Josef Zissels est un leader communautaire juif qui a passé presque 10 ans dans une prison soviétique et un avocat de la révolution ukrainienne pro-indépendance (Autorisation :   Vaad des Juifs ukrainiens / via JTA)
Josef Zissels est un leader communautaire juif qui a passé presque 10 ans dans une prison soviétique et un avocat de la révolution ukrainienne pro-indépendance (Autorisation : Vaad des Juifs ukrainiens / via JTA)

JTA — Un leader de la communauté juive ukrainienne a suggéré que les critiques récentes de son pays faites par 57 membres du congrès américain faisaient partie d’une campagne orchestrée, peut-être financée par la Russie.

Les propos tenus par Josef Zissels, président de l’Association des organisations et des communautés juives d’Ukraine, le Vaad, ont été rapportés par l’Agence nationale d’information d’Ukraine Ukrinform.

Cette déclaration, datant de la semaine dernière, a entraîné des réactions furieuses de la part des autres leaders communautaires juifs de la région, où la coopération internationale entre groupes juifs souffre en résultat du conflit opposant la Russie et l’Ukraine et des tensions avec les autres pays qui se trouvaient sous la domination de Moscou dans le passé.

Le congrès juif euro-asiatique ou EAJC, branche du Congrès juif mondial pour les pays russophones, a fait savoir qu’il exclurait Vaad de sa liste de groupes membres suite aux paroles de Zissels.

« Certains ont besoin de discréditer l’Ukraine aux Etats-Unis et la raison pour laquelle ils le font est très manifeste », a déclaré Zissels dans ce qu’un responsable de l’EAJC a indiqué être une référence à peine voilée à la Russie. « Je connais plusieurs entreprises de [lobbying] accréditées au Congrès et qui peuvent promouvoir n’importe quoi contre des fonds là-bas. Alors, collecter le nombre de signatures nécessaires n’est pas un problème pour eux », a-t-il commenté.

Zissels se référait à un courrier portant la signature de 57 membres du congrès américain et adressé au vice-secrétaire d’Etat John Sullivan. Dans la missive, ils condamnaient ce qu’ils appelaient une législation ukrainienne « qui glorifie les collaborateurs nazis ». Cette lettre – la réprimande publique la plus dure depuis des années face à l’antisémitisme en Ukraine de la part de responsables élus américains – disait également que le monde assiste à « une recrudescence de cette idéologie haineuse », évoquant le néo-nazisme.

Le Capitole à Washington D.C., siège du Congrès. (Crédit : domaine public)

Zissels a rejeté ce courrier comme étant « fallacieux », disant que certains signataires ne l’avaient même pas lue. « La majorité d’entre eux sont incapables de trouver l’Ukraine sur une carte », a-t-il ajouté.

En Ukraine, l’augmentation de l’hostilité envers la Russie en raison de son annexion de la Crimée en 2014 a fait apparaître des lois et des positionnements approuvés par l’Etat qui paraissent vénérer les alliés de l’Allemagne nazie – et notamment ceux qui ont massacré les Juifs pendant l’Holocauste – parce qu’ils avaient combattu la Russie. A Lviv, la semaine dernière, ce sont des centaines de personnes qui ont défilé, un grand nombre brandissant des symboles nazis, pour célébrer une unité des Waffen SS qui avait compté de nombreux volontaires locaux.

Dans ce contexte, « les allégations infondées de M. Zissels, qui ne sont que les dernières d’une série de déclarations inappropriées de la part d’un délégué membre de l’EAJC, sont intolérables », a estimé un porte-parole du groupe. Il a ajouté que les délégués de plusieurs des 23 pays représentés au sein de l’EAJC s’étaient plaints du soutien apporté par Zissels aux nationalistes en Ukraine alors que les informations attestent d’une hausse de l’antisémitisme dans le pays. Zissels a mis en doute ces informations.

Vyacheslav Likhachev, chef du groupe de contrôle national des droits des minorités et expert de l’antisémitisme affilié au groupe Vaad de Zissels, a noté que ce dernier n’avait jamais affirmé que la lettre du congrès avait été commanditée par « un groupe de pression », disant simplement que c’était « possible ». La réaction de Zissels à la missive a été une « défense contre la calomnie anti-ukrainienne », a ajouté Likhachev.

Zissels a indiqué que son organisation avait pris la décision de quitter l’EAJC sous la gouvernance de Mikhael Mirilashvili il y a quelques mois en raison de la « rupture de sa neutralité géopolitique », selon les termes utilisés par le leader juif ukrainien.

Un porte-parole de l’EAJC a expliqué que l’engagement du groupe envers la neutralité politique était au coeur de sa volonté de se dissocier de Vaad, « qui semble avoir été détourné au service de l’agenda nationaliste de M. Zissels ».

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