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Un ballon israélien pionnier de la captation abordable – et évolutive – du carbone

High Hopes Lab, dans le centre d’Israël, capture le carbone gelé en altitude et vise à capturer 1 000 tonnes par ballon et par jour, pour un coût inférieur à 50 dollars la tonne

Ballon de captage du carbone de High Hopes Lab. (Crédit : Autorisation de High Hopes Lab)
Ballon de captage du carbone de High Hopes Lab. (Crédit : Autorisation de High Hopes Lab)

Le ciel est tout sauf la limite pour cette entreprise israélienne qui développe des ballons pour capturer le carbone avec ce qui, selon elle, constitue la première méthode abordable et évolutive pour capturer le carbone de l’atmosphère.

La population mondiale émet environ 50 milliards de tonnes de gaz à effet de serre (GES) chaque année, principalement en brûlant des combustibles fossiles tels que le charbon, le pétrole et le gaz naturel. C’est la principale raison du réchauffement de la planète et du changement climatique.

La course est lancée non seulement pour réduire l’utilisation de ces carburants, qui polluent également l’air, mais aussi pour éliminer l’excès de CO₂ de l’atmosphère et le stocker à long terme.

Le mois dernier, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat des Nations unies a clairement indiqué qu’il était essentiel de réduire ces émissions si le monde voulait atteindre les objectifs climatiques de l’Accord de Paris et les gouvernements et entreprises, respecter leurs engagements « net zéro ».

Mais « l’existence de barrières technologiques, économiques, institutionnelles, écologiques, environnementales et socioculturelles » fait que les progrès ne sont pas assez rapides, a-t-il regretté.

Selon Nadav Mansdorf, PDG de High Hopes Lab, basé à Ramat Gan dans le centre d’Israël, la moitié environ des GES sont absorbés par la nature chaque année. Le reste doit être éliminé par l’humanité pour ne serait-ce que maintenir le rythme du changement climatique au niveau actuel.

Entrez dans le ballon de capture du carbone, conçu par le directeur de la technologie de l’entreprise, Eran Oren, physicien, ancien élève du programme d’élite Talpiot de l’armée et « résolveur de problèmes » autoproclamé.

La semaine dernière, l’Office des brevets et des marques des États-Unis a informé le laboratoire que l’innovation d’Oren allait être brevetée.

« Le carbone gèle à environ moins 80 degrés Celsius », a expliqué Mansdorf, qui créé des entreprises à impact social et environnemental depuis 14 ans.

Nadav Mansdorf, PDG d’High Hopes Lab. (Crédit : Capture d’écran, YouTube)

« Ces températures se rencontrent à 15 kilomètres au-dessus de la Terre. »

Oren a créé un ballon fait d’un matériau spécial, qui, rempli d’hydrogène, peut atteindre cette altitude, avec une charge utile.

Lorsque le vent souffle à travers la charge utile, le carbone qu’il contient est séparé et stocké dans une sorte de compartiment congélateur.

Le poids du carbone ramène ensuite le ballon sur terre, le carbone solide se transformant en dioxyde de carbone gazeux lors de la descente. La totalité du trajet dure environ deux heures.

(Crédit : Laboratoire High Hopes)

Le dioxyde de carbone peut ensuite être vendu à l’industrie, pour des processus allant de la production de plastique à la création de boissons gazeuses. Il peut également être enterré (séquestré) sous terre, à haute pression, où il finira par se transformer en calcaire.

La plus grande charge utile testée jusqu’à présent ne pesait que quelques kilogrammes, a déclaré Mansdorf. « L’essentiel, c’est que nous savons désormais que cela fonctionne. »

La première étape, qui devrait être franchie au cours de la prochaine année, sera de capturer 50 à 300 kilogrammes de carbone par jour et par ballon.

Le deuxième jalon « changera radicalement la donne, et les chiffres montrent que nous pouvons le faire. Nous serons en mesure de capturer une tonne de carbone, par ballon et par jour ».

Le calendrier de réalisation de cet objectif va dépendre du financement disponible, a déclaré Mansdorf.

« La physique fonctionne et les aspects scientifiques sont validés. Demeure une question d’ingénierie qui dépend du niveau de ressources dont nous disposerons. »

Installation de captage d’air direct de Climeworks en Islande. (Crédit : Capture d’écran YouTube)

La société à battre est Climeworks, dont l’installation de capture directe de l’air en Islande utilise des ventilateurs pour capturer l’air ambiant avant de séparer le dioxyde de carbone, le mélanger avec de l’eau et l’injecter sous terre, où il finira par se transformer en roche.

L’usine peut ainsi capturer 1 000 tonnes de carbone chaque année, pour environ 1 000 euros la tonne.

« Pour notre premier jalon, nous visons 100 à 250 dollars la tonne », a déclaré Mandsdorf. « Pour la deuxième étape, nous espérons passer sous la barre des 40 à 50 $. »

« Il ne s’agit pas de savoir comment attraper le carbone. La particularité de notre solution est que nous pouvons le faire à grande échelle, à très faible coût », a-t-il précisé.

Ce coût est celui de la capture, pas du stockage, bien que Mansdorf ait déclaré qu’il y avait déjà de nombreux endroits adaptés à la séquestration du carbone et que les ballons pouvaient être utilisés à proximité.

L’objectif principal est, au final, de recycler le carbone en le vendant à l’industrie.

« Nous pensions à la capture du carbone depuis longtemps », se souvient Mansdorf.

« Eran m’a téléphoné à 4h30 un matin, pour me dire qu’il avait trouvé la solution, et à partir de là, ça a été une course folle avec des hauts et des bas », dit-il.

Eran Oren, directeur technique d’High Hopes Lab. (Crédit : Autorisation de High Hopes Lab)

« Nous avons rencontré beaucoup de monde et leur avons demandé de nous dire si nous avions tort, ou en quoi c’était une idée stupide, mais tout le monde – absolument tout le monde – nous a dit : ‘Vous êtes complètement fous, mais nous voulons en être. Que pouvons-nous faire ?’ »

Au tout début, persuadés que leur idée était trop décalée pour attirer des investissements, Mansdorf et Oren ont utilisé des fonds propres.

Mais après avoir mené des expériences et réalisé que l’idée fonctionnerait, les investissements ont commencé à affluer. Le premier tour leur a permis de collecter 1 million de dollars en l’espace de trois semaines, selon Mansdorf. Le second tour a rapporté 5 millions de dollars. La société est actuellement au milieu d’un troisième cycle de financement majeur et, selon Mansdorf, l’intérêt pour leur technologie est « énorme ».

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