Un chef de file des anti-Netanyahu condamné pour l’avoir comparé à Hitler
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Un chef de file des anti-Netanyahu condamné pour l’avoir comparé à Hitler

Sadi Ben Shitrit soutient ses propos selon lesquels le chef nazi s'est comporté "exactement comme" Netanyahu ; pour Miki Zohar, ces mots sont "passibles de prison"

Sadi Ben Shitrit, membre du mouvement de Ministre du crime, lors d'un rassemblement anti-Netanyahu à Rosh Ha'ayin, le 18 novembre 2020. (Capture écran/Twitter)
Sadi Ben Shitrit, membre du mouvement de Ministre du crime, lors d'un rassemblement anti-Netanyahu à Rosh Ha'ayin, le 18 novembre 2020. (Capture écran/Twitter)

Un leader des protestations organisées contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu mercredi a comparé celui-ci à Adolf Hitler, dans une remarque qui a été immédiatement condamnée. Il a ensuite refusé de retirer ce commentaire et a qualifié Netanyahu de « pourriture ».

Lors d’une manifestation mercredi soir à Rosh Ha’ayin – devant la maison du ministre de la Défense Benny Gantz – Sadi Ben Shitrit de l’organisation appelée Ministre du Crime a pris le micro et a fait un discours décriant la réponse de Netanyahu à la pandémie et sa mise en examen pour corruption dans trois affaires.

« Il n’y a pas de pardon pour celui qui est corrompu, il n’y a pas de pardon pour la destruction et l’abus de nous, les citoyens », a-t-il lancé.

S’adressant au Premier ministre, il a ajouté : « Dans les années 30, il y avait un oppresseur de Juifs, il était en Allemagne, et il se comportait exactement comme vous. Semant la division, incitant à la violence et détruisant ».

Le président Reuven Rivlin a condamné cette remarque jeudi.

« Comparer le Premier ministre Netanyahu à Hitler, le persécuteur des Juifs, n’est pas une protestation légitime », a tweeté le chef de l’État. « Un tel discours ébranle les fondations de ce bâtiment que nous avons construit, et nous devons tous le dénoncer. »

Miki Zohar, un fervent fidèle de Netanyahu, a condamné la remarque « laide » et a déclaré qu’elle franchissait une ligne rouge.

« C’est une incitation grave, qui est punie par l’incarcération », a-t-il tweeté. « J’attends de la police qu’elle se penche sur cette grave affaire. »

Le député Likoud Miki Zohar à la Knesset à Jérusalem, le 13 janvier 2020. (Hadas Parush/Flash90)

Zohar a ajouté qu’il avait déjà poursuivi Ben Shitrit pour avoir tenu des propos « diffamatoires » lors d’une manifestation devant sa maison.

Gantz a tweeté qu’il « condamne fermement cette méprisable analogie ».

« Il n’y a pas de place dans la société israélienne pour de telles analogies qui nuisent à la mémoire de la Shoah », a-t-il dénoncé. « Même s’il y a des différences et des désaccords amers avec la politique de Netanyahu, ce n’est pas la façon de l’exprimer ».

Sur Twitter, de nombreux militants de droite et journalistes ont dénoncé la remarque de Ben Shitrit et ont appelé à l’action et à une condamnation plus large.

Certains journalistes et commentateurs qui soutiennent normalement les protestations anti-Netanyahu ont censuré les propos.

Mais Ben Shitrit a fait savoir jeudi matin qu’il « soutenait chaque mot » qu’il avait prononcé.

En parlant avec la Douzième chaîne, il a continué à attiser les flammes : « J’emmerde le Premier ministre, qui il est ? Une pourriture. En Allemagne, dans les années 30, Hitler a pris le pouvoir en utilisant les mêmes méthodes que Netanyahu. Je n’ai pas parlé des chambres à gaz et je n’ai pas parlé des années 40. Qu’a fait Hitler ? Il a semé la division et a incité à la violence, c’est exactement ce que fait Netanyahu ».

L’organisation Ministre du Crime, bien qu’elle ne condamne pas expressément cette remarque, a réagi dans un communiqué : « la police israélienne n’est pas la Gestapo [force de police nazie] et Netanyahu n’est pas Hitler ».

« Le mouvement appelle les citoyens israéliens à ne pas s’abaisser au discours diviseur et incitant à la violence de l’accusé de Balfour et de ses soldats dans l’organisation du crime, qui conduit à la violence envers les manifestants, à la persécution des garde-fous et des journalistes d’Israël et à l’humiliation des soldats de Tsahal tombés au combat », a-t-il ajouté.

Un autre groupe de protestation, Drapeau Noir, a commenté que les propos de Ben Shitrit « méritent toutes les condamnations ».

Des manifestants à l’extérieur de la résidence du Premier ministre brandissent une banderole sur laquelle on peut lire « Crime Minister », alors que les enquêteurs de police arrivent pour interroger Benjamin Netanyahu, 10 juillet 2018. (Yonatan Sindel/Flash90)

L’incident a fait suite à un autre scandale, mercredi, concernant les insultes proférées par des partisans du Premier ministre à l’encontre des voisins de celui-ci, la famille d’un soldat de Tsahal tombé au combat, parce qu’elle avait accueilli chez elle un groupe de manifestants anti-Netanyahu.

« Il y a un Dieu et il l’a punie. Je lui souhaite de perdre un autre enfant », a crié un membre d’un groupe de militants pro-Netanyahu.

« Le fait que vous ayez perdu un fils ne vous donne pas tous les droits », a hurlé un autre manifestant.

Farkash, un pilote de l’armée de l’air, a été tué lorsque son hélicoptère s’est écrasé en 2006 pendant la seconde guerre du Liban. Il était né au Canada et avait immigré en Israël avec sa famille à l’âge de huit ans.

Le capitaine Tom Farkash, tué dans un accident d’hélicoptère en août 2006. (Armée israélienne)

« Il est aussi en deuil », a lancé un militant, faisant référence à Yoni Netanyahu, le frère du Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui a été tué dans l’opération Entebbe en 1976.

La mère de Farkash, Anat, a exprimé son indignation de voir les manifestants maudire quelqu’un dont le fils est mort en défendant le pays.

« Ce soir, ils sont venus nous voir, une famille privée, pour avoir permis aux citoyens de l’État d’Israël de dire au Premier ministre ce qu’ils pensent. Ils sont venus nous attaquer et nous dire, à nous, famille privée, ‘honte’ que nous soyons une famille endeuillée, ‘honte’ que nous croyions en la démocratie, ‘honte’ que nous permettions aux citoyens d’exprimer leurs opinions », a-t-elle écrit.

« Notre fils a donné sa vie pour qu’eux, leurs enfants et tous les résidents de l’État d’Israël aient une vie sûre. Comment en sommes-nous arrivés là ? Honte à la police qui les a laissés se tenir sous nos fenêtres – des citoyens – et n’a rien fait », a dénoncé Anat.

Après les condamnations de mercredi, Netanyahu a répondu à l’incident par un communiqué publié au nom de son parti, le Likud.

« Ayant lui-même connu la souffrance du deuil, le Premier ministre Netanyahu a tout au long de sa vie respecté scrupuleusement le sentiment de perte des familles endeuillées, et d’autres – de gauche comme de droite – doivent se comporter de la même manière », peut-on lire dans le communiqué. « Le Premier ministre condamne sévèrement tout commentaire de ce genre qui est lié à la perte du deuil, y compris les commentaires qui ont été faits à Césarée. »

Dans ce communiqué, le Premier ministre s’est également plaint que les manifestants se réunissaient à moins de 300 mètres de sa maison de Césarée, en violation d’une décision de la Cour suprême.

L’activiste en question s’est finalement excusé.

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