Un collectif contre le viol réclame la suspension d’un journaliste de Haaretz
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Un collectif contre le viol réclame la suspension d’un journaliste de Haaretz

Pour Orit Solitiziano, dirigeante de l’ARCCI, les excuses du journaliste chevronné, suite aux accusations d'une consoeur américaine, sont insuffisantes

Le journaliste israélien Ari Shavit (Crédit : YouTube)
Le journaliste israélien Ari Shavit (Crédit : YouTube)

La dirigeante de l’association Rape Crisis Center en Israël, l’ARCCI (collectif contre le viol) a appelé le journal Haaretz à suspendre le journaliste Ari Shavit, après qu’il s’est déclaré comme étant la personne accusée d’avoir sexuellement agressé une journaliste juive américaine en 2014.

Danielle Berrin, auteur et chroniqueuse pour le Los Angeles Jewish Journal, a publié la semaine dernière un article intitulé « Mon agression sexuelle et la vôtre : l’histoire de chaque femme ».

Dans cet article, elle décrit en détail la façon dont un journaliste israélien, dont elle ne dévoile pas l’identité, lui a dit, lors d’une interview, qu’il avait « un arrangement avec sa femme », l’a agressé et a tenté de la persuader de venir avec lui dans sa chambre d’hôtel.

Cette chronique a embrasé les médias israéliens, avec des rumeurs concernant l’identité de l’accusé. Après de longues spéculations, Shavit a confirmé jeudi qu’il était la personne en question, et s’est excusé pour cet incident. Il dit avoir « très mal interprété la situation » avec Berrin, et « n’avait pas l’intention de faire quoi que ce soit d’inacceptable ».

Mais, la dirigeante de l’ARCCI, Orit Solitziano, a déclaré que l’excuse de Shavit, aussi bienvenue soit-elle, n’est pas suffisante.

« C’est encourageant de voir qu’Ari Shavit a admis et s’est excusé pour son comportement, plutôt que de démentir, ou de continuer à se cacher derrière l’anonymat que Berrin lui a octroyé. Mais une simple excuse n’est pas suffisante, et avec ses supérieurs, ils doivent renforcer ses paroles avec des actes. Les hommes doivent comprendre que la réalité a changé », a déclaré Solitziano, au journal Israel Hayom.

« Quand bien même Shavit aurait mal interprété la situation, les dommages causés à la victime ont été commis, et nous devons prendre des mesures pour empêcher que [ces mauvaises interprétations] ne se reproduisent, car elles font du monde du travail un endroit dangereux pour de nombreuses femmes », a-t-elle ajouté.

Berrin a écrit dans sa chronique qu’après s’être rendue à l’hôtel du journaliste à 22 heures, à cause de son emploi du temps chargé, il a commencé à lui poser des questions embarrassantes au sujet de sa vie privée et de son statut marital, et après qu’elle a répondu à une question « d’une façon qui ne lui a pas plu », il « s’est approché de moi comme un animal, m’a attrapée la nuque et m’a poussée contre lui ».

Elle dit avoir protesté, lui faisant remarquer qu’il était marié, ce à quoi il a répondu : « nous avons un arrangement ». Lorsqu’elle a évoqué ses enfants, il a répondu : « oui, j’en ai, et j’en aurai encore ».

Il a ensuite tenté de la convaincre de monter avec lui dans sa chambre d’hôtel, « juste une minute ». Elle a refusé, et il a répliqué : « nous n’avons pas besoin de coucher ensemble, je veux juste vous prendre dans mes bras ».

Danielle Berrin (Crédit : Facebook)
Danielle Berrin (Crédit : Facebook)

Berrin écrit qu’elle a décidé de partir, mais l’homme a insisté pour la raccompagner jusqu’à sa voiture, et a demandé une étreinte pour dire au revoir. « Je vous épargnerais les détails de cette étreinte, mais il ne s’est pas laissé dissuader », a-t-elle écrit.

Hillel International a déclaré jeudi dernier qu’à la lumière de ces accusations, la visite du campus Shavit qui était prévue serait suspendue.

L’organisation a annoncé « qu’en accord avec notre position inébranlable contre les agressions sexuelles, Hillel International a suspendu la visite d’Ari Shavit sur le campus », ajoutant qu’à leur connaissance, « aucune allégation de violences sexuelles n’a été faite à l’encontre de M. Shavit lors de ses visites sur le campus Hillel ».

« Hillel International met son personnel à la disposition des étudiants ou des employés d’Hillel désireux d’évoquer la question en privé », a déclaré l’organisation dans un communiqué.

Posted by Hillel International on Thursday, 27 October 2016

Berrin a refusé de nommer son agresseur présumé, mais a semé des indices sur son identité, le décrivant comme « un journaliste israélien accompli », avec des yeux sombres et des cheveux noirs, qui faisait une tournée de promotion pour un livre qu’il avait écrit.

Dans sa déclaration, Shavit a écrit : « jusqu’à ce que je lise la chronique qu’elle a publié cette semaine, j’ai eu l’impression que nous avions eu un entretien amical, avec un jeu de séduction. Je n’ai jamais, au grand jamais pensé qu’il s’agissait d’une agression sexuelle. Mais ce que j’ai perçu comme de la séduction, Berrin l’a interprété comme un comportement inapproprié, voire une agression de ma part ».

Il ajoute : « En tant que personne respectueuse des femmes et de chaque personne, et écœuré par le harcèlement sexuel, je m’excuse du plus profond de mon cœur pour ce malentendu. Je n’ai jamais eu l’intention de dire quelque chose de déplacé à Berrin, et encore moins de la faire souffrir ou de la blesser ».

Après cette publication, une deuxième journaliste juive aux États-Unis, Avital Chizhik, a publié sur Twitter qu’elle avait également été sexuellement agressée par « une autre personnalité du paysage médiatique israélien », sans cependant dévoiler de détails.

Berrin a écrit qu’elle publiait son histoire pour ajouter son expérience à toutes les femmes qui ont été agressées. Elle dit se sentir obliger de prendre la parole, étant donné les accusations dont le candidat républicain Donald Trump fait l’objet. Elle a souligné qu’elle n’avait pas l’intention d’identifier son agresseur, ni de porter plainte.

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