Un conseiller évangélique de Trump remettra le prix des « Amis de Sion » à Poutine
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Un conseiller évangélique de Trump remettra le prix des « Amis de Sion » à Poutine

Mike Evans, conseiller de Trump sur Israël, dit vouloir notamment remercier le président russe pour le rôle des Soviétiques pendant la Seconde Guerre mondiale

Simona Weinglass est journaliste d'investigation au Times of Israël

Mike Evans au musée des Amis de Sion de Jérusalem, le 16 mai 2017. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)
Mike Evans au musée des Amis de Sion de Jérusalem, le 16 mai 2017. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Un responsable évangélique américain, conseiller du président Trump sur le dossier israélien, a annoncé qu’il remettrait un prix au président russe Vladimir Poutine.

Mike Evans, personnalité appartenant à un groupe informel de conseillers évangéliques auprès du président américain, a indiqué mercredi qu’il remettrait l’un de ses prix des « Amis de Sion » à Poutine pour rendre hommage au rôle tenu par l’Union soviétique dans le sauvetage de Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale.

Le conseiller se trouvait en Israël cette semaine à l’occasion du Forum mondial sur la Shoah.

« Nous voulons lui remettre cette récompense pour les raisons suivantes. Raison numéro un, l’Union soviétique a libéré Auschwitz. Raison numéro deux, 8 660 000 soldats soviétiques sont morts en combattant les nazis », a expliqué Mike Evans au Times of Israel.

« Raison numéro trois, si l’Union soviétique n’avait pas combattu les nazis alors Hitler se serait probablement emparé de toute l’Europe, ce qui aurait impliqué la mort de trois millions de Juifs supplémentaires », a-t-il ajouté.

« Enfin, l’Union soviétique a été le premier pays à reconnaître l’État d’Israël. Il y a de nombreuses raisons de remercier les Russes pour ce qu’ils ont fait », a continué Mike Evans.

Le président israélien Reuven Rivlin escorte son homologue russe Vladimir Poutine à son siège lors du cinquième Forum mondial sur la Shoah au musée mémorial de la Shoah de Yad Vashem à Jérusalem, le 23 janvier 2020. Derrière eux se trouve Moshe Kantor du Forum. (Abir SULTAN / POOL / AFP)

Au cours de son discours prononcé jeudi lors d’une cérémonie du Forum mondial de la Shoah 2020 organisée à Yad Vashem, à Jérusalem, Poutine a souligné le rôle central de l’Armée rouge dans la défaite des nazis ainsi que les pertes humaines colossales enregistrées par l’Union soviétique.

Il a également fustigé la collaboration avec les Allemands « dans de nombreux pays européens ». L’allocution du président russe a été critiquée par certains historiens qui ont déploré de mauvaises représentations de l’Histoire, revisitée en faveur du pays.

Les organisateurs du Forum, dans la matinée de jeudi, ont pour leur part démenti que l’événement ait pu être utilisé pour politiser la Shoah. Les présidents polonais et lituanien n’ont finalement pas participé à la cérémonie, le chef d’État polonais ayant affirmé – à tort – n’avoir pas été invité à s’exprimer à la tribune de Yad Vashem et le président ukrainien, venu à Jérusalem, a pour sa part décidé au dernier moment de ne pas assister à l’événement.

La Russie fait actuellement l’objet de sanctions internationales pour son invasion de l’Ukraine, et l’événement de Jérusalem, qui a été organisé par un oligarque russe proche du Kremlin, a été interprété par certains observateurs comme une tentative par les Russes d’utiliser le génocide pour redorer leur blason à l’international.

La Russie et la Pologne sont actuellement au cœur d’une bataille autour de la Seconde Guerre mondiale et du récit de la Shoah qui ne cesse de s’intensifier. La Pologne accuse la Russie de glorifier des aspects positifs de l’histoire soviétique en effaçant d’autres événements tels que le pacte Molotov–Ribbentrop de 1939, conclu entre l’Union soviétique et l’Allemagne nazie.

Mike Evans a indiqué avoir fait savoir à l’ambassade russe en Israël que Poutine se verrait remettre le prix et que l’ambassade devait maintenant décider du lieu et de la date de la remise de la distinction.

Interrogé sur le message qu’il souhaitait transmettre à Poutine en lui octroyant le prix, Mike Evans a expliqué vouloir « remercier les Russes » et informer Poutine du rôle vital tenu par les Évangéliques américains dans l’élection de Trump.

« C’est notre base évangélique qui a élu le président des États-Unis », a-t-il clamé.

Mike Evans a également déclaré qu’il avait joué un rôle dans la formulation d’un décret signé par Trump, le mois dernier, pour lutter contre l’antisémitisme sur les campus universitaires.

« Quand le président a adopté sa législation sur l’antisémitisme contre les universités, j’étais à ses côtés avec Alan Dershowitz », rapporte-t-il. « Lorsqu’il l’a signée, il m’a donné le stylo qu’il avait utilisé pour le faire. Cela a été sa manière de me remercier ».

Le président Donald Trump signe une ordonnance visant ce que son administration qualifie d’antisémitisme croissant sur les campus des universités américaines, le 11 décembre 2019. Mike Evans est quatrième à droite (Crédit : AP/Manuel Balce Ceneta)

Mike Evans dirige une organisation appelée « Jerusalem Prayer Team », qui enregistre près de 70 millions d’abonnés sur Facebook. L’objectif poursuivi par cette organisation est d’encourager les chrétiens, dans le monde entier, à « prier pour la paix à Jérusalem » ainsi que de les informer sur l’actualité de la politique israélienne à travers un prisme chrétien.

Selon le site internet, Jérusalem est important parce que « presque toutes les prophéties se réfèrent à Jérusalem et à la fin des temps ; la construction du nouveau temple, l’antéchrist, la bataille d’Armageddon et les 144 000 évangélistes. Quand nous prions pour la paix à Jérusalem, nous prions pour la paix du Seigneur. ‘De même le Christ, qui s’est offert une seule fois pour porter les péchés de plusieurs, apparaîtra sans péché une seconde fois à ceux qui l’attendent pour leur salut’. »

C’est Mike Evans qui avait été à l’origine de dizaines d’affiches collées à Jérusalem, au mois de mai 2017, qui recommandaient vivement à Trump de « Rendre sa grandeur à Israël ».

L’objectif poursuivi par cette campagne était alors de rappeler au président américain sa promesse électorale faite aux évangéliques de transférer l’ambassade des États-Unis de Tel Aviv à Jérusalem, explique-t-il au Times of Israel. Trump avait annoncé cette relocalisation quelques mois plus tard, en décembre 2017.

Il est également responsable du centre du patrimoine des Amis de Sion, un musée multimédia du centre de Jérusalem consacré à l’histoire de l’amitié des non-Juifs pour les Juifs et Israël. Il indique que « 100 % » du financement pour le musée provient des évangéliques, et que le centre est en cours d’agrandissement : il comptera bientôt neuf bâtiments.

Ces nouvelles structures accueillent notamment un centre pour les médias, ouvert récemment, et dont l’objectif est d’enseigner aux journalistes l’histoire d’Israël ; un institut qui formera 100 000 « ambassadeurs » chrétiens qui défendront les intérêts d’Israël à l’étranger ainsi qu’un centre de communication qui apprendra aux militants, sur internet, à combattre le mouvement BDS et autres activités perçues comme anti-israéliennes sur les réseaux sociaux.

L’organisation « Jerusalem Prayer Team » a également annoncé, mercredi, de prochaines expositions en l’honneur de la Russie et de Trump.

« Le centre du patrimoine des Amis de Sion va organiser une exposition spéciale en hommage à la Russie pour son sauvetage de nombreux Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Le centre est également en train de mettre en place une exposition en l’honneur du président Trump pour tout ce qu’il a fait en soutien à l’État d’Israël et à la lutte contre l’antisémitisme », a fait savoir Mike Evans dans un communiqué.

Il a expliqué au Times of Israel que le centre des Amis de Sion ne s’impliquait dans aucune activité prosélyte. Il avait, dans le passé, été critiqué pour son zèle à vouloir convertir des Juifs au christianisme.

« Ce n’est pas notre objectif, notre objectif est de combattre l’antisémitisme », martèle-t-il. « Tous les membres de notre personnel sont des Juifs. Je pense que l’antisémitisme est à la racine des problèmes que rencontre Israël avec ses ennemis. Si on peut éradiquer l’antisémitisme, alors on pourra résoudre le problème de l’Iran et celui des Palestiniens ».

Il a souligné que plus d’une dizaine de hauts responsables du monde entier avaient reçu le prix des « Amis de Sion » depuis 2015. Parmi les lauréats, Trump ; l’ancien président américain George W. Bush ; le prince de Monaco, Albert II ; l’ancien président de la Bulgarie, Rosen Plevneliev ; le président brésilien Jair Bolsonaro et la présidente géorgienne Salome Zourabichvili.

Alors qu’il lui était demandé s’il pensait que la remise du prix à Poutine pourrait tromper ses 70 millions d’abonnés en leur faisant penser que les Israéliens soutiennent le président russe – dans les faits, les points de vue des Israéliens à son égard sont plutôt mitigés – il a répondu : « je pense que la manière la plus avisée de créer des amitiés depuis Israël est de trouver les choses positives que font les individus. Notre position, ce n’est pas d’évaluer une personne sur la base d’une éventuelle perfection ».

« Nous ne faisons que dire merci pour les bonnes actions destinées à aider. Parce que si on y pense, si l’Union soviétique avait adopté le positionnement de Chamberlain et n’avait pas combattu les nazis, peut-être toute l’Europe aurait-elle été perdue, ainsi que tout le Moyen-Orient – et qu’il n’y aurait pas d’État juif », a-t-il ajouté.

Interrogé sur ce que la Russie a fait récemment pour afficher son amitié à l’égard d’Israël, Mike Evans a répondu : « cette semaine [au forum mondial de la Shoah] est consacrée à la lutte contre l’antisémitisme. Et le fait est que Poutine a pris le temps, dans son calendrier, de venir ici pour parler de l’antisémitisme – et en particulier parce qu’on peut être sûr que les Palestiniens en sont très mécontents. Le fait est que les Russes ont perdu un très grand nombre de soldats pendant la Seconde Guerre mondiale et qu’ils ont libéré Auschwitz. A notre avis, nous devons les en remercier ».

Le responsable évangélique est l’auteur de plus de cent livres, dont certains sont devenus des best-sellers. Au mois d’août 2016 encore, il critiquait la Russie dans un billet de blog consacré aux accusations de piratage par les Russes du Comité national démocrate dans le cadre des tentatives du Kremlin d’interférer dans les élections américaines.

« Il semble maintenant que les Russes tentent avec audace de mettre le doigt dans le gâteau électoral américain », avait-il écrit. « On verra qui remportera le morceau à la fermeture des urnes, le 8 novembre 2016 ».

Son point de vue sur la Russie a-t-il évolué depuis ? Mike Evans répond, « je ne suis pas impliqué dans les renseignements américains. Je ne sais rien de ce qui a pu filtrer. La seule mission que j’ai, c’est de combattre l’antisémitisme et de construire des passerelles entre les individus ».

La présidente de la Géorgie honorée

Salome Zourabichvili s’exprime lors d’une réception au musée des Amis de Sion de Jérusalem, le 21 janvier 2020 (Crédit : Simona Weinglass/Times of Israel)

Le 21 janvier, le musée des Amis de Sion a accueilli une réception en l’honneur de la présidente géorgienne Salome Zourabichvili, également lauréate du prix des Amis de Sion. Parmi les invités, l’ambassadeur géorgien en Israël Lasha Zhvania ainsi que la ministre israélienne de la Culture et des Sports Miri Regev. Deux autres éminents invités qui devaient s’exprimer lors de l’événement, l’ambassadeur américain David Friedman et l’homme d’affaires israélo-géorgien Mikhail Mirilashvili, ont annulé leur participation à la dernière minute.

Lors de la réception, un grand nombre d’intervenants ont clamé que la Géorgie était, d’une manière unique dans l’Histoire, un pays étonnamment exempt d’antisémitisme.

« Il y a une histoire d’amitié longue de 27 siècles entre les Géorgiens et les Juifs », s’est exclamée la présidente Zourabichvili.

Elle a ajouté que des événements de commémoration de la Shoah comme celui qui a été organisé cette semaine à Jérusalem étaient nécessaires « parce que c’est seulement si les êtres humains peuvent se souvenir des choses intolérables qu’ils pourront en empêcher la répétition. Nous devons avoir la capacité de reconnaître là où nous avons échoué et de nous repentir ».

Un célèbre duo israélo-géorgien, Kolan, a interprété la chanson « Tbilisi. »

Dans une allocution en hommage à la cheffe de l’État, Mike Evans l’a comparée – favorablement – à Trump. Il a raconté une anecdote décrivant la soirée électorale américaine qu’il avait passée en 2016.

« J’étais au David Citadel Hotel, en train de dîner avec le grand rabbin de Moscou, le soir de la victoire de Donald Trump. Le rabbin m’a regardé et m’a dit : ‘Il va gagner’. J’ai répondu : ‘Vous croyez ?’ et il a rétorqué, ‘Je le sais’. ‘Pourquoi ?’, ai-je continué. ‘A cause de la lecture de nos écrits de cette semaine’. Et j’ai demandé ‘Quelle était-elle ?’ Et il m’a dit : ‘L’histoire d’Abraham, des bénédictions et des malédictions. Ce président veut apporter sa bénédiction à Israël, et Dieu va le bénir et lui donner la présidence », a-t-il raconté.

« Cela peut sembler très simpliste, mais je peux vous dire qu’en tant que leader évangélique parmi 25 autres, nous avons accordé la présidence à Donald Trump sous la forme d’un raz-de-marée – et nous le ferons encore en raison de sa clarté morale, de son soutien à l’État d’Israël et de son soutien à nos valeurs. Et c’est la même chose pour vous, Madame la présidente, et nous vous applaudissons. Dieu vous bénisse », a-t-il continué.

Le rabbin Aryeh Lightstone, haut conseiller auprès de l’ambassadeur David Friedman, a encouragé la présidente géorgienne à transférer l’ambassade de Géorgie à Jérusalem.

« Quand il sera temps de choisir les œuvres d’art pour votre ambassade à Jérusalem, Mme Friedman et l’ambassadeur seront impatients de vous y aider », a-t-il continué.

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