Rechercher

Un documentaire sur la « Maison sublime », plus ancien monument juif de France

Le film vise à dévoiler les secrets enfouis de ce monument, qui doit ouvrir prochainement au public : était-il une yeshiva ? une synagogue ? une résidence privée ?

La façade nord de la Maison sublime de Rouen. (Crédit : lamaisonsublime.fr)
La façade nord de la Maison sublime de Rouen. (Crédit : lamaisonsublime.fr)

France 3 Normandie a diffusé la semaine dernière un documentaire sur la Maison sublime de Rouen. L’émission est désormais disponible en replay sur le site france.tv, jusqu’au 28 mars.

Plus vieux monument juif de France, voire d’Europe, il doit rouvrir ses portes durant le premier trimestre 2022. Il est situé sous le palais de justice de Rouen.

Fermé au public en 2001 à la fois en raison de problèmes d’humidité et de craintes d’attentat antisémite, le monument n’avait réouvert que ponctuellement pour de courtes durées. Mais cette fois, après des années de travaux dont le coût total s’élève à plus d’un million d’euros, la réouverture prochaine doit être définitive.

Il sera géré par la Métropole de Rouen, et accessible tout au long de l’année. Les tickets devraient coûter entre 8 et 12 euros, selon Christine de Cintré, présidente de l’office de tourisme de Rouen.

L’édifice, dont l’histoire a été accidentellement découverte en 1976 lors de fouilles, daterait des alentours de 1100.

D’une superficie de 150 m2, ses murs portent des inscriptions telles que « puisse la Torah de Dieu […] exister [à jamais] » ou « Que cette maison soit sublime ».

Des maîtres aussi réputés que Rashbam (Rabbenou Shmouel ben Meïr, petit-fils du commentateur Rashi) auraient enseigné à la Maison sublime.

La ville de Rouen était alors un haut lieu de la vie intellectuelle juive et comptait environ 20 % d’habitants juifs.

Le documentaire de Cécile Patingre vise à dévoiler les secrets enfouis de ce monument.

« Portraits de grands personnages qui ont marqué l’histoire régionale, radioscopie du quotidien, mise en perspective de problématiques contemporaines économiques ou sociétales… le documentaire permet de raconter et d’expliquer le monde dans lequel nous vivons », indique la note d’intention du film.

Le mystère autour de ce lieu repose principalement sur sa fonction : la Maison sublime pourrait être l’unique exemple d’école rabbinique (yeshiva) d’époque médiévale conservée au monde selon certains archéologues, historiens et chercheurs, tandis que d’autres défendent la thèse d’une synagogue ou d’une résidence privée.

Chers amis, je vous invite devant vos écrans Jeudi 24 Février à 22h50 pour la diffusion sur France 3 Normandie de mon…

Posted by Cécile Patingre on Friday, February 18, 2022

Le film interroge notamment Jacques-Sylvain Klein, délégué de l’association Maison sublime de Rouen ; Sonia Fellous, historienne des religions et médiéviste ; ou encore Chmouel Lubeck, rabbin de Rouen.

Selon ce dernier, le terme de « Maison sublime » gravé dans la pierre « ne peut pas être sur une maison d’une personne. Ca ne peut être que sur un endroit saint, c’est-à-dire ou une yeshiva ou une synagogue. Si on écarte l’hypothèse de la synagogue, parce qu’on n’écrit pas sur les murs d’une synagogue, il ne reste que l’hypothèse de la yeshiva (lieu d’étude des textes du judaïsme) ».

« Pour moi c’est un élève. Surtout à la taille où le graffiti se trouve. Il ne l’a pas écrit debout, il l’a écrit assis. Donc il doit être en train d’écouter le cours de son maître devant lui, il est assis, et là il se met à prendre une pierre et à écrire sur le mur son sentiment », a-t-il ajouté.

Selon lui, alors que les Juifs allaient être expulsés du Royaume de France au début du 14e siècle et leurs biens saisis, le graffiti a été réalisé juste avant cette expulsion.

« Bientôt on va devoir quitter ce lieu, [l’élève] discute avec son ami de la situation et il dit ‘on va graver ça dans le mur’ pour que ça reste éternel », explique le rabbin. « On est dans cette théorie où ils sont dans les derniers jours. Ils doivent certainement subir des persécutions. Et donc [cet élève] écrit son souhait qu’il y aura une fin à tout ça. C’est peut-être ça le sens. Il veut qu’il y ait une trace. Qu’une personne vienne, le lise et découvre ce sentiment qu’il avait. Quelque part, ce graffiti, il a été écrit pour nous. On revient mille ans en arrière et on revit ce que cet élève est en train de vivre, au même endroit. C’est toucher l’histoire, c’est quelque chose de très fort. »

La réalisatrice prévoit déjà un prochain film sur le lieu, quand le mystère qui l’entoure aura été résolu – peut-être à la suite de prochaines fouilles archéologiques.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...